Autechre : Techno cérébral
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Autechre : Techno cérébral

Chef de file de l’«intelligent techno» britannique, le duo de Manchester Autechre a acquis une réputation de magiciens de scène autant que de studio. En dehors des tendances éphémères, le groupe sort son cinquième album sans faire de compromis. Innovation ou masturbation intellectuelle? Objet de culte ou  fumisterie?

Sean Booth et Rob Brown se connaissent depuis l’adolescence. Ils partagent alors plusieurs passions, depuis le graffiti et le breakdancing jusqu’au BMX! Les deux amis ont aussi des goûts musicaux en commun; leurs collections de disques sont similaires. Et les nouveaux courants émergent; le hip-hop, le techno, l’acid house, le funk industriel de Meat Beat Manifesto et Renegade Soundwave…

Ils s’amusent à bricoler, à partir d’un magnéto à bobines légué par un grand-père, de tables-tournantes, d’un échantillonneur pour enfants et d’une boîte à rythmes préhistorique, leurs premières élucubrations bruitistes. C’était il y a un peu plus de dix ans maintenant…
Après la sortie d’un premier single, ils courtisent sans succès les étiquettes de disques britanniques. Séduits par l’approche musicale du groupe LFO, ils envoient un démo au label WARP, qui développe entre autres le courant du techno songé avec sa série de compilations Artificial Intelligence. Si bien qu’en 92, Autechre figure aux côtés des Aphex Twin et autres Black Dog Productions… Et «l’élève» ne mettra pas de temps à s’imposer. La critique encense et le public suit.

Mais le tandem ne s’arrête pas là; alors que la plupart des groupes ne passent pas la rampe de l’épreuve du spectacle, la prestation live d’Autechre surprend les sceptiques qui doutaient encore du potentiel scénique des artistes techno.

Joint en Angleterre où se poursuivait la tournée européenne qui les a menés en Suisse, en Autriche, en Pologne, en Allemagne, en Belgique et au Danemark, Sean Booth nous a précisé la «méthode» d’Autechre: «Le spectacle est différent de ce qu’on retrouve sur les albums. Et il est conçu de telle sorte qu’on puisse s’adapter à l’environnement dans lequel on performe. Si nous jouons dans une soirée avec D.J., devant des milliers de personnes, qui répondent directement en dansant, nous allons jouer ce que nous aimerions entendre dans un club. Parfois, nous sommes nous-mêmes les D.J. Mais si on se retrouve dans une galerie d’art, l’approche ne sera pas la même. Notre installation technique nous permet de réagir, en modifiant les séquences, les boucles, les échantillonnages…»

Le duo n’en sera pas à ses premières armes sur la scène montréalaise. A un point tel que le groupe avait même intitulé un de ses morceaux Montreal, à la suite de ce passage. «Quand nous sommes venus à Montréal lors de notre première tournée nord-américaine, nous avons senti une différence dans l’accueil qui nous était réservé. Nous avons eu la sensation qu’il était plus facile pour nous d’entretenir une relation avec les gens au Canada qu’aux États-Unis. Quand nous avons composé cette pièce, nous savions su que Montreal était un bon titre.»

C’est bien connu, l’impérialisme culturel américain supporte mal de se soumettre à l’envahisseur; cela explique sans doute la résistance permanente de l’industrie du disque US à l’égard de la musique techno, et ce, malgré son importante influence sur le genre de plusieurs pionniers de Détroit ou de Chicago. Le marché de l’Oncle Sam est toujours difficile à pénétrer pour les artistes européens. Pour tenter le diable, WARP a signé, pour Autechre, une entente avec l’étiquette Nothing, dirigée par Trent Reznor, Monsieur Nine Inch Nails en personne. Même si 5, le petit dernier du duo britannique, flirte avec les sonorités d’une certaine musique industrielle, on se rapproche davantage de l’électroacoustique et de l’expérimental. Tout en émettant un doute, Sean Booth demeure bon joueur: «Sauront-ils comment travailler le type de produit que nous leur proposons? Difficile de prévoir.» Chose certaine, la grosse machine multinationale qui endosse NIN n’a pas encore compris. Même qu’on serait surpris que le disque soit disponible au moment où le groupe sera parmi nous. Le genre de mauvais timing qui en dit long sur les priorités…

Creuset des nouveaux sillons qui réinventent la musique populaire, l’Angleterre nous semble, vue d’ici, le principal indicateur des nouvelles directions. «En Amérique du Nord, on nous demande toujours quel est le nouveau courant qui se dessine. L’histoire, c’est que plus souvent qu’autrement, les phénomènes musicaux sont davantage des créations des médias. Je pense que c’est très diversifié; et la ville où nous sommes installés, Sheffield, se prête bien à la musique. C’était une ville industrielle, mais les usines sont fermées. Et on peut se retrouver à la campagne en dix minutes!»

Le 31 juillet
Avec Derrick Carter, DJ Chantal, Dave Christian et DJ Luv
Au Medley
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