Les habitants d’Ottawa sont gâtés cet été. Quatre expositions – dont deux majeures – y tiennent l’affiche. Il y en a pour tous les goûts: de l’art des plus anciens à la photographie contemporaine, en passant par la peinture moderniste. Une visite s’impose.

Commençons par la présentation la plus attendue, et qui est à la hauteur de nos espérances. La rétrospective de Philip Guston (Quarante décennies de peinture) au Musée des beaux-arts d’Ottawa est un événement.
Guston est reconnu comme l’une des figures majeures de l’art américain de l’après Deuxième Guerre mondiale. Peu savent, néanmoins, que Philippe Goldsteim (de son vrai nom) est montréalais de naissance et qu’il a d’ailleurs passé au Québec les six premières années de sa vie.
Son oeuvre est particulièrement importante, elle symbolise une charnière de l’histoire de l’art. Ami de Jackson Pollock, il a été une des personnalités marquantes de l’expressionnisme abstrait. Mais il fut aussi perçu comme un traître à l’art moderne en route vers l’abstraction la plus totale. Dans les années 60, il abandonna ce nouvel académisme pour revenir à la figuration. Et cela non pas en s’inspirant de la grande tradition picturale, de la culture bourgeoise, mais bien d’un imaginaire plus populaire: celui de la bande dessinée. Avec le Pop Art de Warhol, ce fut un changement de cap majeur dans l’art américain et occidental. Guston n’hésita pas à dénoncer l’orthodoxie de l’art abstrait. Sur un des murs de l’expo, un de ses commentaires retranscrit donne le ton de sa pensée: «Il y a quelque chose de ridicule et de mesquin dans le mythe livré par l’art abstrait que la peinture est autonome, pure et détachée».
Par la suite, pour beaucoup artistes des années 80 et 90, qui eux aussi ont fait un retour à la figuration, il a été une source d’inspiration. L’art du Français Jean-Charles Blais lui doit beaucoup. Tout comme la transavantgarde italienne, ou plus récemment le travail «impur» de Donald Baechler.
Voilà donc une rétrospective qui représente une occasion exceptionnelle de plonger jusqu’aux racines de l’art actuel. À ne pas rater, d’autant plus qu’Ottawa est la seule escale en Amérique du Nord de cette exposition organisée par le Kunstmuseum de Bonn en Allemagne.

Jusqu’au 30 juillet
Au Musée des beaux-arts d’Ottawa

Du côté des impressionnistes
L’amateur d’art pourra poursuivre cette visite au MBAO avec Monet, Renoir et le paysage impressionniste. Encore les impressionnistes! direz-vous. D’accord. Or, voici une expo qui, si elle ne révolutionne pas le genre, est néanmoins bien orchestrée. Le spectateur n’y est pas simplement convoqué à la contemplation esthétique. Le Musée a donné un contexte historique assez complet aux chefs-d’oeuvre très prisés de l’impressionnisme. Une grande attention a été portée aux détails. Des panneaux explicatifs bien faits servent de guide dans chaque salle. De courts textes accompagnent les tableaux et donnent un ton plus profond à l’ensemble. Voilà une expo qui satisfera autant un large public qu’un amateur un peu plus éclairé. Des grands noms (bien sûr Monet, Renoir, mais aussi Degas, Cézanne, Van Gogh…) y sont présents, avec plusieurs tableaux importants (en provenance des Musées des beaux-arts de Boston et de Nagoya); mais aussi une série de maîtres aujourd’hui moins prisés (Boudin, Daubigny …) et qui méritent d’être reconsidérés. Rien de très nouveau, mais au moins on y verra un travail de muséologie plus fouillé que dans la majorité des blockbusters.

Jusqu’au 27 août
Au Musée des beaux-arts d’Ottawa

Musée canadien de la photographie
La ville de Vancouver a produit au moins deux des meilleurs artistes canadiens: Jeff Wall et Stan Douglas. Du premier, nous avions pu l’an dernier avoir une vision globale du travail avec l’excellente rétrospective au Musée d’art contemporain de Montréal. Du second, il faut aller admirer les récents tirages au Musée canadien de la photographie. Ces images captées à Detroit participent à cette esthétique postindustrielle (presque postnucléaire) présente aussi dans certaines images de Wall. Le Centre canadien d’architecture nous avait, l’an dernier, permis de saisir l’ampleur internationale de cette esthétique grâce à une série d’images de sites industrils de Venise prises par plusieurs photographes italiens (Castella, Barbieri, Guerrieri…). Douglas discute dans ses clichés de la fin des utopies modernes et de la ville comme lieu de réalisation de projets héroïques. Cela ressemble parfois au regard corrosif de Lynch sur la ville dans Blue Velvet. Plusieurs de ses images sont de véritables réussites.
On en profitera pour jeter un coup d’oeil à une petite expo d’accompagnement intitulée Mouvance et Mutation. Celle-ci présente des photographes de la relève. Une occasion de revoir les nus de Joanne Tremblay (qui furent un événement l’an dernier chez Occurrence). Le travail de Janieta Eyre vaut à lui seul le détour. Ces étranges images sont tout simplement extraordinaires.

Jusqu’au 17 septembre
Au Musée canadien de la photographie à Ottawa

À signaler
Il vous reste jusqu’à demain pour aller visiter l’installation de Pascal Grandmaison. Il a aménagé l’espace du Vidéographe avec un décor modulaire et modulable (que l’artiste a changé à plusieurs reprises) digne des années 70 et d’une polyvalente. Chaises de plastique orange, motifs géométriques aux couleurs primaires sur les murs, structures en forme de cube servant de supports à des tables de verre, tiennent lieu d’environnement rétro pour consulter une série de vidéos très originaux.

Jusqu’au 23 juin, à l’Espace Vidéographe.
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