Gary Evans : La surface des choses
Arts visuels

Gary Evans : La surface des choses

Avec des toiles sachant allier habilement la figuration et l’abstraction, le Torontois GARY EVANS est une figure de proue de la peinture au Canada. Esthétiquement très belle, son oeuvre n’arrive toutefois pas à stimuler l’intellect.

À quoi sert l’art? Simple objet de délectation pour les sens, ou outil de réflexion sur le monde? C’est le type de question que le spectateur est en droit de se poser devant les tableaux de Gary Evans présentés à la Galerie Liane et Danny Taran du Centre Saidye Bronfman.

Poulain de la Galerie Paul Petro de Toronto, Evans n’est pas un inconnu du public montréalais. Déjà plus tôt cette année, on a eu droit, dans l’édifice Le Belgo, à une série de ses tableaux intitulée High Street, et qui a reçu un bon accueil de la critique. Cet artiste fait l’objet d’un engouement certain à travers le Canada avec des peintures sachant allier habilement la figuration et l’abstraction. Sur ses toiles se mélangent des zones plus nettes, plus "réalistes", et des parties plus floues, parfois de grands halos, comme des fantômes, cernés de dégoulinades de peinture. Le tout donnant le sentiment d’une vision trouble.

Avec Seeing Things, Evans continue à interroger le fonctionnement de notre regard. Stuart Reid, commissaire de l’expo et conservateur de l’Art Gallery of Mississauga (où l’événement doit se rendre en février 2001), explique dans le catalogue de l’expo que "la pratique artistique de Gary Evans franchit les limites de la simple représentation, atteignant un état analogue à notre perception intérieure. Ces oeuvres ne donnent pas à voir avec exactitude ce que l’artiste lui-même voit: elles enregistrent plutôt l’acte de regarder, avec les fouillis de données que, ce faisant, nous accumulons".

Au XXe siècle, beaucoup d’artistes ont tenté de montrer comment notre expérience du monde dépassait la simple réception froide et stable que nos yeux nous proposent lorsqu’on scrute les choses dans le but de les décrire fidèlement. Ainsi la vision nette et ordonnée du monde, mise en place depuis la Renaissance, a été remise en question. Tout comme une certaine vision du réalisme.

Les cubistes, les futuristes (et bien d’autres artistes) ont alors voulu inclure le temps dans la peinture pour montrer comment l’être humain appréhendait le monde dans la durée. Et cela, en parlant parfois de sujets telles les prostituées, la guerre, l’anarchie… Les surréalistes, quant à eux, ont voulu faire voir le vrai, le réel mécanisme du vécu grâce à l’inconscient en donnant, par exemple, une plus grande place à une réflexion sur la sexualité et, en particulier, les identités sexuelles. On pense à La Clé des songes ou à Ceci n’est pas une pipe de Magritte avec ses tensions visuelles. Plus récemment, les photomontages de David Hockney ou les peintures de David Salle ont poursuivi cette idée en parlant là encore très souvent de sexualité.

Le projet d’Evans s’inscrit dans une recherche plus que justifiée: celle de permettre à la peinture et à l’art de mieux rendre compte de la réalité que nous expérimentons.

Malheureusement, le spectateur a du mal à ressentir la pertinence de son propos. Bien sûr, les coulées de peinture et le morcellement de la surface du tableau nous disent que notre perception du réel est fragmentée et que nous connaissons le monde et les gens à travers le temps dans une sorte de collage mnémonique. La perception que nous avons se fait grâce à une accumulation de souvenirs plus ou moins flous.

Mais cette idée a été mieux expliquée par bien d’autres artistes. Et en véhiculant un contenu parfois plus dérangeant. Certes, le spectateur pourra voir dans les zones floues de ses tableaux comme des bactéries ou des parasites… Mais on voit mal le contenu ainsi présneté. Dans les paysages, a-t-il voulu nous dire que la belle nature était aussi créatrice de maladies? Cela n’est guère convaincant.

Bien sûr, le travail d’Evans est très beau et très bien exécuté. En particulier, ses tableaux qui traitent de la nature et dont la facture évoque les toiles sombres de Courbet ou de Cézanne. Mais ce n’est pas vraiment satisfaisant intellectuellement. Cette manière de peindre semble détachée d’un contenu plus profond et nouveau. On a souvent le sentiment de rester à la surface des choses.

Jusqu’au 14 janvier
Au Centre Saidye Bronfman

Nomination au Centre Saidye Bronfman
Puisqu’il est question du Centre Saidye Bronfman, signalons la récente nomination de Sylvie Gilbert au poste de directrice de la Galerie Liane et Danny Taran. Madame Gilbert n’est pas une nouvelle venue dans le milieu de l’art. Dans les années 80, elle a travaillé pour plusieurs importantes institutions du milieu de l’art dont le Musée d’art contemporain de Montréal, le Centre international d’art contemporain de Montréal, et le Conseil des arts du Canada, à Ottawa. Entre 1989 et 1994, elle a été conservatrice à la Walter Phillips Gallery, du Banff Centre for the Arts.

Elle remplace David Liss, en poste depuis le printemps 1995. Ce dernier vient d’être nommé à la direction du Museum of Contemporary Art (MOCA) de Toronto. Il était une des forces importantes du milieu de l’art montréalais; il est regrettable de le voir quitter le Québec. On lui doit l’organisation et la venue à Montréal de toute une série d’expos vraiment excitantes dont: Léon Golub, Yehouda Chaki, Heavyweight Art Installation, l’événement Compulsion… Il fut aussi, avec Marie-Michèle Cron (ainsi que Katia Meir et John Massier), le maître d’oeuvre des événements Artifice en 1996 et 1998.

Nouveaux locaux pour Les Modernes
La Galerie Les Modernes – dont on se rappelle, en début d’année, l’excellente présentation de dessins politiques de l’artiste afro-américaine Laylah Ali – déménage. Pas très loin de ses anciens locaux du 460, rue Sainte-Catherine Ouest, puisque c’est à la porte d’à côté (au 372), dans le local 424 de l’édifice Le Belgo, qu’elle vient d’établir ses quartiers. Une salle continue d’y être dédiée à l’art contemporain; mais, petite nouveauté, une autre salle est désormais consacrée à l’art inuit. Et, heureusement, pas à un art inuit folklorique, mais plus contemporain.

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