Stéphane Aquin nous parle avec passion de son Warhol Live, expo traitant des interactions entre la création du pop artiste et la musique ainsi que la danse.

Andy Warhol était-il un dandy? Un dilettante qui a gaspillé son temps au Studio 54 et dans d’autres endroits branchés? Warhol, un manipulateur de talent qui ne faisait pas ses oeuvres et qui en supervisait à peine la réalisation? Rappelons qu’à sa mort en 1987, plusieurs se demandaient, à la blague, si sa disparition ferait vraiment diminuer sa production… L’oeuvre de Warhol serait pourtant beaucoup plus complexe. Stéphane Aquin, commissaire de l’expo Warhol Live (débutant le 25 septembre au Musée des beaux-arts), discute du Warhol qu’il a appréhendé dans l’élaboration de cet événement réunissant plus de 600 oeuvres.

LE BRUIT DU MONDE

Stéphane Aquin: "C’est une expo qui permettra de conforter une certaine image de l’artiste multidisciplinaire, mais surtout de voir Warhol autrement, de découvrir ce que nous ne connaissions pas de lui, de revoir son rôle dans l’histoire de l’art."

Voir: C’est-à-dire?

Stéphane Aquin: "On imagine toujours un Warhol pop, en opposition à l’art abstrait, qui est venu casser la baraque avec une peinture-choc, reflétant la société commerciale environnante. C’est une dimension, mais en fouillant, on réalise que ce qui fonde son esthétique pop, sérielle, c’est davantage sa connaissance de la nouvelle musique, la philosophie de John Cage et de Fluxus… Warhol est très ami avec Rauschenberg. Il connaît le danseur et chorégraphe Merce Cunningham, dont il peint le portrait. Il suit et connaît le compositeur La Monte Young. Il assiste aux chorégraphies d’Yvonne Rainer au Judson Church. Il est branché sur les mouvances les plus avant-gardistes de son époque. Il y a chez Warhol une attention au bruit du monde et au silence de l’auteur… Son travail repose sur des principes compositionnels propres à la nouvelle musique: la répétition, la sérialité et ce que La Monte Young appelait sustained tones, la note continue. Le film Empire de Warhol, qui dure huit heures, est comme une note continue. Warhol est une figure centrale et fédératrice d’une multitude de courants de cette époque."

Mais justement, n’y aurait-il pas deux Warhol? Un Warhol plus connu, qui veut épater la galerie, faire de l’argent, et un Warhol moins célébré, plus intelligent? Y a-t-il un Warhol opportuniste qui vend des portraits très cher à des célébrités pour financer ses recherches parallèles, entre autres dans le domaine du cinéma?

"Il y a plusieurs Warhol. Il a la profondeur et la complexité d’un artiste comme Picasso. On pourrait monter 25 expos sur lui: Warhol et l’art abstrait, Warhol érotique… Son oeuvre est irréductible aux petits scandales pop. Certes, tout n’est pas du même niveau. Le Warhol portraitiste des années 70 a eu très mauvaise presse. Mais c’est mieux que ce qu’on a pu en dire. Il est, avec Lucian Freud, un des plus grands portraitistes de son temps. Il y a ce que l’on dit de Warhol et il y a la réalité de Warhol."

Pourquoi, en art contemporain, ne dressons-nous pas la liste des collaborateurs qui ont rendu l’oeuvre possible, comme au cinéma? Peut-on arrêter de penser en termes de génie individuel?

"Il y a des raisons commerciales à cela. Warhol, on connaît ses assistants: Gerard Malanga, Ronnie Cutrone (un des danseurs du Velvet Underground)… Warhol a fait du travail photographique avec Bob Colacello à la Factory qui a été signé Warhol. Celui-ci a même écrit des livres pour Warhol qui les relisait, ajoutait quelques commentaires et les signait. Le livre POPism a été écrit avec Pat Hackett. Il y a un vrai ouvrage à faire sur les collaborations… Comme dans l’atelier de Rubens. Il y eut bien des ateliers comme ça chez les maîtres classiques."

Ce fut une expo difficile à réaliser?

"C’est un des plus beaux projets que j’ai eu à faire. C’est une idée originale et je suis fier que nous ayons réussi à architecturer nos appuis avec patience. Paul Maréchal nous a passé sa collection de disques, puis la Galerie Thaddaeus Ropac nous a appuyés et ensuite ce fut la collection Mugrabi, qui regroupe 800 Warhol, le Warhol Museum, la Fondation Warhol… Nous avons obtenu des prêts formidables. Musicalement, ce sera aussi extraordinaire, avec quelques enregistrements rares. Emma Lavigne [conservatrice au Centre Pompidou à Paris], qui a travaillé à la Cité de la musique, a une grande expérience dans le domaine de la spatialisation du son… Ce sera une expérience pour le spectateur."

ÉVENEMENTS EN PARALLELE

Une série d’activités seront à surveiller, dont plusieurs conférences: le 23 septembre (à 16 h), le MBA recevra Thomas Sokolowski (directeur du Warhol Museum de Pittsburgh); le lendemain, Stéphane Aquin parlera de l’importance de la musique chez Warhol; le 1er octobre, Paul Maréchal traitera des pochettes de disques réalisées par Warhol entre 1949 et 1987… Le 24 septembre, seront projetés les films Screen Tests de Warhol avec Marcel Duchamp ainsi qu’Andy Warhol’s TV – épisode 2. (N.M.)

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WARHOL FOREVER

Pendant cinq jours seulement, le fantôme d’Andy Warhol viendra hanter les murs du loft de l’Eastern Bloc! Un hommage au roi du pop art, créé dans l’esprit de sa célèbre Factory.

Les Productions Out et le Studio 303 présentent Factory Project, un événement inventif et festif où plusieurs dizaines d’artistes multidisciplinaires canadiens se réapproprient Warhol et l’image de Warhol à leur manière, bien installés entre les murs montréalais du loft désaffecté de l’Eastern Bloc. Ce happening artistique aura lieu les 20, 24, 25, 26 et 27 septembre.

Cet hommage à la Silver Factory de Warhol réunira donc des artistes de partout au pays, qui ont créé des performances et des installations explorant l’esprit de la Factory dans une perspective contemporaine par le théâtre, les arts visuels et le multimédia. Co-commissionné par David Allan King et Miriam Ginestier, cet événement présentera un salon lounge central entouré d’un labyrinthe logeant des expositions interactives.

La Factory fut le célèbre atelier qu’Andy Warhol ouvrit à New York en 1963. Si ce lieu de travail a été le berceau de production de ses célèbres sérigraphies, il a aussi servi à produire du mythe en abondance. Galerie d’exposition, studio de tournage, salle de projection, salle de spectacle et boîte de nuit, tous les événements étaient prétextes à la réunion de la jet set new-yorkaise de l’époque, qui venait joyeusement s’y acoquiner avec tous les marginaux, créateurs et toxicos dont Warhol aimait tant s’entourer.

Programmation complète au www.factoryproject.ca. (N.G.)

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INSIDE OUT

Du 2 octobre au 18 décembre, la Cinémathèque québécoise en met plein la vue avec Andy Warhol – Homme de télé, véritable complément à l’exposition Warhol Live, autour de trois séries télévisées qui portent sa griffe.

La production télévisuelle d’Andy Warhol reste l’un des aspects les moins connus de son parcours, et pourtant, sa passion pour la télévision est l’histoire de toute une vie. Il faudra par contre attendre le tournant des années 80 pour que ses ambitions télévisuelles se concrétisent, avec trois séries télévisées de son cru. À cette époque, il dispose de sa propre boîte de production – Andy Warhol T.V. Productions – et de son propre studio professionnel.

La première série, Fashion, est centrée sur l’univers de la mode. Chaque épisode porte sur un sujet donné (le maquillage, le mannequinat ou la photographie) ou sur une personnalité (Betsey Johnson ou Kansai Yamamoto). La série vivra le temps de 10 épisodes, présentés en 1979 et 1980. Peu après, Warhol récidive avec la série Andy Warhol’s T.V., essentiellement une émission d’entretiens combinant la culture populaire et l’underground. Y défile toute la faune des années 80 comme Steven Spielberg, Duran Duran, l’Opéra de Pékin, Cindy Sherman et Pee-Wee Herman, pour ne nommer que ceux-là. En 1985, MTV offre à Warhol une vitrine plus large avec Fifteen Minutes, qui reprend la formule d’entrevues et de variétés d’Andy Warhol’s T.V. et où l’artiste continue d’accueillir en vrac ceux qui font l’actualité mondaine ou artistique. Sa mort en 1987 mettra fin à la série après cinq épisodes. Autant pour les inconditionnels que pour les néophytes, à voir absolument. www.cinematheque.qc.ca (N.G.)

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