Chuck Samuels traite de nos relations au cinéma, à la télévision et à la photo. Dans ses images, nos identités tentent de s’incarner. Par imitation ou projection?

Before Photography est une expo qui pourra sembler légère, presque badine, mais qui, si l’on prend le temps de s’y immerger, se révélera une réflexion profonde sur la photo ainsi que sur l’image en général comme outil d’invention de soi. Je m’explique.

Plusieurs des images présentées donneront le sentiment d’un jeu distrayant, presque comique. Dans les 108 photos composant la série Chuck Goes to the Movies, Samuels semble s’amuser à incarner, tel un caméléon, tel Zelig de Woody Allen, divers personnages de films et séries télévisées réalisés avant 1967 (année où son père lui apprit la photo). Ici, il apparaît à côté de Marcello Mastroianni dans La Dolce Vita, là, à côté de Vanessa Redgrave, il prend la place de David Hemmings dans Blow-Up. Plus loin, son visage remplace celui de Gloria Swanson dans la célèbre scène de l’escalier de Sunset Boulevard. Chaque fois, il s’agit de films où la photographie joue un rôle important. Et derrière ce jeu de rôle se cache une structure profonde. Dans nos vies (et pas seulement enfants ou adolescents), les représentations artistiques nous ont souvent aidés à ré-imaginer la représentation de nous-mêmes et de nos liens aux autres. Samuels souligne comment image (produite mécaniquement) et image de soi sont complices dans le désir de créer une représentation.

Mais Samuels va encore plus loin. En se limitant à un événement de sa vie de 1967 (d’où le titre de cette expo), il énonce comment, pour lui, la photo est liée à son père (qui est présent un peu partout dans la présentation). Il constitue d’ailleurs le sujet d’un vidéo très poignant, intitulé Last Words on Photography. Samuels y met en scène les dernières paroles de son père, à la fois drôles et incisives, sur l’image de son fils (je vous laisse découvrir le punch, que Samuels a rendu volontairement difficile à entendre). Disons que son père lui résume la fine relation entre l’intime et le public, entre ce que l’on montre et ce que l’on cache… Samuels parle de l’héritage complexe que nous laissent nos parents dans la constitution de nos identités.

Depuis 30 ans, Chuck Samuels travaille sur les supports photo et cinématographique comme outils identitaires. Son travail, qui s’est approprié bien des images célèbres (de Mapplethorpe, Man Ray, Weston, Newton, Hitchcock…), se trouve ici augmenté d’une belle suite.

À voir si vous aimez /
Zelig de Woody Allen

Photos d'identité Critique par - 2010-01-28
Cote: 3


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