Étonnamment, Serge Murphy a seulement aujourd’hui son premier solo dans un musée montréalais. Une expo placée sous le signe de la déconstruction des modèles anciens.

Le Musée d’art de Joliette lui avait ouvert ses portes pour un solo (en 2003), mais aucun musée de Québec, Toronto ou même Montréal (ville où il vit et travaille) ne lui avait fait cet honneur… Et ce, même si le vidéaste, poète et sculpteur Serge Murphy avait reçu le prix Ozias-Leduc en 2007.

Pourtant, bien avant que l’expo Unmonumental, présentée au New Museum de New York en 2008, ne glorifie le presque rien, le collage d’éléments hétéroclites et fragiles, le travail de Murphy s’intéressait à cette remise en question des matériaux nobles et solides en sculpture. Entreprise par l’art moderne, cette reconsidération a pris une ampleur importante depuis les années 60 (avec le minimalisme, le post-minimalisme, l’Arte Povera…), déconstruisant les quelques restes de l’esprit du monument qu’il pouvait encore y avoir en sculpture contemporaine. Depuis plus de 25 ans, Murphy explore lui aussi le collage, les matériaux fragiles, pauvres, récupérés et non traditionnellement associés à la sculpture.

Ces jours-ci au Musée des beaux-arts (MBA), dans son expo intitulée La forme des jours, il utilise des morceaux de bois, mais aussi et surtout du "carton, fils, broches de toutes sortes" pour composer une multitude de petits autels chambranlants à la gloire du quotidien. Finie la glorification des héros, finie la célébration de matériaux nobles ou même industriels (comme chez les minimalistes tels que Richard Serra ou Carl André). Le solide et le mou, les formes nettes et précises et l’informe se mélangent en une déroutante polyphonie (cacophonie sophistiquée?) d’ordre visuel. Les pièces ont des airs d’excroissances, de parasites, de mutations…

Malgré la finesse et l’échelle réduite de ses pièces, Murphy occupe avec élégance le Carré d’art contemporain du MBA, espace gigantesque et qui aurait pu ne pas sembler si adéquat pour son oeuvre.

Nous aurions certes aimé un texte explicatif plus étoffé et un catalogue pour accompagner cette expo. Mais il s’agit néanmoins d’une oeuvre importante proposée par le conservateur Stéphane Aquin qui, soulignons-le, appuie le travail de Murphy depuis de nombreuses années.

À voir si vous aimez /
Thomas Hirschhorn

Formidable patente à gosses Critique par - 2011-06-30
Cote: 3.5


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