Départ de David Lavoie

19 décembre 2012 15h27 · Théâtre Aux Écuries

David Lavoie, membre fondateur et ancien directeur général du Théâtre Aux Écuries, ne fait décidément rien comme les autres. Voici qu’il quitte les Écuries pour attiser d’autres feux, allumer d’autres brasiers. Vendredi soir dernier, il nous lisait un mot d’au revoir qui nous chavire tant et si bien que nous avons décidé de le publier. Nous voulons partager avec vous et ce, dans ses mots, pourquoi il nous a été – et nous est toujours – si cher.

Les mots me viennent comme des images.

Être fou. Chercher l’équilibre. Accepter de se perdre. Chercher. Aimer. Une meute. Notre meute.

Que puis-je faire devant l’immensité ?

Nous pouvons construire des châteaux de sable ou des théâtres.

Qu’est-ce que le petit, qu’est-ce que le grand ?

Rêver de grandeur et travailler sans relâche. Travailler pour défier l’impossible, pour défier le vide. Pour être. Être. Être dépossédé de tout, de soi. Toucher ses limites. Piétiner les limites. Mordre. Mordre la poussière. L’infinie poussière qui flotte autour de nous.

Les mots me viennent comme des mirages.

Être fou. C’est ce que j’ai affirmé en 2007 aux Seconds états généraux du théâtre. J’avais cinq minutes sur scène et l’ébauche d’un fabuleux projet collectif entre les mains. Mais personne ne savait – pas même nous – la fabuleuse aventure qui nous attendait.

Nous l’avons surnommée Écuries. Utopie. Utopie d’un territoire que nous espérions. Utopie d’un lieu. À mille lieues de ce que nous avions imaginé dans un ancien bar punk L’X.

Nous étions réunis depuis moins de six mois, que déjà, nous avions un c.a. crédible, exemplaire, attentif, des lettres d’appuis du milieu, une soixantaine de projets artistiques dans des enveloppes brunes, de l’argent des conseils des arts, un lac-à-l’épaule annuel, et d’innombrables défis à relever. Toujours. Tout le temps.

Une obsession. Une obsession compulsive. Une bête à nourrir. Une bête qui prend forme et qu’il nous faut apprendre à dompter. Une bête fascinante que les mots ne peuvent contenir. Et je ne peux me résoudre à lui mettre des brides, subjugué par son instinct sauvage. Libre et sauvage. La beauté. La force. La créativité. L’audace. La vie. L’amour.

Le plus difficile pour moi, à l’heure de quitter les Écuries, c’est de m’éloigner de vous. J’en perds un peu la voix. Un peu la tête. Quelle triste idée !

Il y a un an à peine, nous émettions un manifeste. Francis avait raison d’écrire qu’il ne s’agissait que d’une ébauche. Une belle ébauche.

Je n’ai pas vécu ici ce que je me promettais d’y vivre. Le temps est trop court. L’espace est trop grand. Je devrai revenir boire à cet oasis. Ce lac joyeux. Cette mer. Ce monde des possibles.

Cet univers dont l’âme est l’art et qui a avant tout besoin de ses artistes.

Voilà mon souhait, à l’heure de mon départ : que ceux qui demeurent ici tracent le chemin à venir. Librement. Solidaires. Et qu’un feu de joie nous ramène tous ici, de saisons en saisons. Toujours plus nombreux.

Amis.

Alliés.

Fous alliés.

Francis. Marcelle. Olivier. Pierre. Isabelle. Mayi. Olivier. Marilyn. Annie. Renée. Samuel. Valérie. Amélie-Claude. Frédéric. Stéphanie. Marie-Paule. Jeanne. Daniel. Paula. Michel. Annick. Alain Filion et tous les autres que je méconnais :

On ne fonde pas une famille pour la voir éclater. On ne fonde pas un théâtre pour trop tôt le quitter. Cette famille est en moi. Ce théâtre est en nous. Ce théâtre, n’est rien d’autre que nous.

Ce que nous avons à vivre ne peut être confiné à un lieu. La lune est à portée de main pour qui sait user de ses mains et de sa voix.

Voilà ce que les Écuries m’ont appris, à défaut de m’apprendre la mesure.

La juste mesure des choses. L’équilibre. Que je cherche. Que je chercherai toujours je l’espère. Et qui n’arrivera jamais à me satisfaire. Insatiable quête.

Je m’en vais couper du bois. Ramener des bûches.

Faites lever le vent.

Le brasier est à venir.

Merci d’être ici. Merci mes ami(e)s.

Je n’aurais pas voulu faire ceci sans vous.

J’ai tant aimé marcher ce chemin avec vous.

David Lavoie
7285 rue Chabot, Montréal, le vendredi 14 décembre

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