L’équipe de «Ce samedi il pleuvait» sur la banlieue et la gemellité…

3 avril 2013 15h25 · Théâtre Aux Écuries

photo: Jérémie Battaglia

ANNICK LEFEBVRE, auteure

BANLIEUE

J’ai grandi à Saint-Bruno-de-Montarville, sur le Rive-Sud de Montréal. Dans une maison cerclée d’une haie de cèdres. Dans une maison avec un gazebo, du gazon vert-vert-vert pis une piscine hors-terre dans sa cour. J’ai déjà possédé un Grand Danois. Le reste n’est que fiction.

GÉMELLITÉ

Je n’ai pas de jumeau ni de jumelle. J’écris donc à travers mon chapeau. Mais quand on me demande qui est le mieux placé pour devenir mon alter ego scénique, je réponds : «Marie-Ève Milot»!

Je rêve du jour où mes enfants percuteraient un poteau, en roulant en sens inverse, sans permis de conduire, sur une autoroute, à l’heure de pointe.

 

photo: Jérémie Battaglia

MARC BEAUPRÉ, metteur en scène

BANLIEUE

Je n’ai jamais vécu en banlieue, je mets donc en scène à travers mon chapeau. En fait, Joliette était assez éloignée de Montréal pour qu’elle fut considérée comme provinciale et qu’une virée dans la métropole fut vue comme une aventure. Il n’y a, à Joliette, aucune famille dysfonctionnelle, désolé.

GÉMELLITÉ

J’ai un frère jumeau. Identique. Jusqu’à la balafre sur l’arcade sourcilière gauche, faite le même jour, cousue par le même chirurgien, avec le même nombres de sutures. Twilight zone…

Trio sandwich Mctofu, méga-aspartame-coke, macédoine-de-légumes-dans-l’ketchup, récente association de Ronald-le-clown pis des clowns de Green Peace.

photo: Jérémie Battaglia

MAXIME DAVID, jumeau

BANLIEUE

J’ai grandi à feu Saint-Hubert, ville avalée par Longueuil dans l’aléa des fusions. J’ai fumé mes premières cigarettes au Cousineau, le centre d’achat du coin. Et on louait souvent des films d’horreur au Vidéo VN. VN, c’était pour Viêt-Nam.

GÉMELLITÉ

J’ai un frère jumeau. Identique. Mais j’aurais préféré avoir une petite sœur. Ça aurait été moins compliqué pour plein de raisons. Je remercie Annick et Marc de me faire vivre au moins la moitié de mon souhait avec Ce samedi il pleuvait.

Quand je vais être capable de parler sans l’autre, je vais arrêter de subir les allusions fantômes qui me pèsent sur les épaules comme le viaduc de la Concorde effondré sur une carcasse de char.

photo: Jérémie Battaglia

SÉBASTIEN DAVID, jumelle

BANLIEUE

J’ai habité la Rive-Sud de Montréal jusqu’à 22 ans, plus précisément à Saint-Hubert. Sur la rue Tremblay, la dernière maison sur la gauche. Maison brune et blanche située à côté de l’autoroute 116, d’une track de chemin de fer avec trains fréquents qui faisaient vibrer la maison pis un aéroport assez fonctionnel dans les années 80-90. Ça fait que… les moyens de transport, je connais ça. Je conserve de la Rive-Sud deux souvenirs précis : les gratte-ciel du centre-ville de Montréal que j’apercevais au loin, du fond de ma cour, pis aussi l’autobus d’une demi-heure, la 8, qui me permettait d’aller titiller en vrai lesdits gratte-ciel pis prendre une bouffée de smog. Mais surtout de liberté. J’ai jamais le désir de retourner sur la Rive-Sud.

GÉMELLITÉ

J’ai un frère jumeau. Identique. On est nés par césarienne pis on a scrapé le ventre de ma mère. On dit que mon frère est né en premier, mais comme c’est une césarienne, j’imagine que le médecin avait le choix de sortir qui y voulait en premier. En tout cas, c’est ce que je me suis toujours dit. Bref, quand j’étais petit pis que mes parents devaient trancher sur un avantage que mon frère et moi voulions tous deux, y sortaient toujours le même argument de marde : ton frère est né en premier. C’est lui qui a eu la chambre dans le sous-sol quand le grand-frère est parti de la maison. La vie est injuste.

Notre mère voudrait nous prendre dans ses bras pis sentir qu’elle existe, mais je lui sauterais sauvagement dans face si elle osait m’étreindre.

photo: Jérémie Battaglia

ALEXANDRE FORTIN, Ludovic (père des jumeaux)

BANLIEUE

J’ai cessé de grandir assez rapidement à Fleurimont, feu banlieue fuck all fleurie de Sherbrooke. J’y ai passé les années 80 et une bonne partie des années 90. J’y ai vu mon père porter la moustache longtemps, pas ma mère, j’y ai vu mes parents porter le même suit de jogging en même temps, ma sœur se gaufrer les cheveux en faisant du ballet jazz, j’y ai porté moi-même le jogging, j’ai eu une coupe Longueuil, j’ai eu un polar moitié bleu moitié jaune fluo, j’ai voulu m’y tuer pour honorer Kurt Cobain, et m’y suis déviergé à tous les niveaux. Aujourd’hui, je suis très heureux de ne plus être vierge de grand-chose et de ne pas avoir honoré Kurt.

GÉMELLITÉ

Pas de jumeau/jumelle. Ça doit être spécial…

Je voudrais que Ludivine arrive en chantant, qu’elle mette des vieux hits d’Aerosmith dans les speakers, qu’on arrête de se faire chier à écouter William Deslauriers qui reprend du Fred Fortin à Rouge FM…

photo: Jérémie Battaglia

MARIE-ÈVE MILOT, Julie (mère des jumeaux)

BANLIEUE

J’ai grandi à Danville, banlieue d’Asbestos. Banlieue dans le sens de dépendant de son hôpital, de sa polyvalente, de son cinéma, de son centre d’achat pis de sa mine d’amiante, qu’on appelle or blanc pour se rappeler ses belles années. Asbestos, c’est un trou. Un des plus grand trou à ciel ouvert. Au monde. J’y ai passé mon enfance et mon adolescence.

GÉMELLITÉ

Je n’ai partagé l’utérus avec personne. Par chance. Pour elle ou lui.

Je refuse de me mettre en maillot. Mais j’ai envie d’une bombe. Une qui éclate au milieu de la quiétude apparente. Une qui dévaste tout. Sans pitié pour ses victimes.

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