Blogue de Jérôme Lussier Brasse camarade RSS
Blogue iconoclaste sans sucre ajouté, plus porté vers la politique que la politicaillerie. www.twitter.com/jeromelussier
La fin des inégalités illégitimes
13 novembre 2011 · Divers · Jérôme LussierLe mouvement Occupons Montréal — fils de Occupy Wall Street, cousin des Indignados d’Espagne, descendant des révolutions arabes — entame son deuxième mois cette semaine. Ce qui a commencé il y a bientôt un an par une révolte populaire en Tunisie — déclenchée par le suicide d’un jeune à qui on demandait un permis pour vendre des légumes — a fait tache d’huile pour devenir un mouvement global de contestation. L’indignation s’est adaptée: en Égypte on se battait pour la démocratie, l’ouverture et l’emploi, contre une dictature vieille 40 ans. À Madrid on se bat contre un taux de chômage de 46% chez les jeunes. À Wall Street, on dénonce plusieurs choses, mais surtout les inégalités fulgurantes et la disparition du rêve américain, kidnappé par une oligarchie toute puissante. (Un problème qu’on retrouve partout: le chômage des jeunes.) * * * On l’a dit et redit: la situation québécoise n’a rien à voir avec la situation égyptienne, espagnole ou même américaine. Le Québec est un des endroits les plus égalitaires de l’Amérique du Nord. Mais, ici aussi, on dénonce un système qui ne fonctionne plus. Depuis le début, les Occupants ont présenté leur absence de [...]
Pour les amateurs (et les nostalgiques) de débats à la télé…
7 novembre 2011 · Divers · Jérôme LussierDébat entre Jeffrey Sachs (gauche, Columbia) et Niall Ferguson (droite, Harvard) la semaine dernière, à propos des inégalités aux États-Unis: Ça m’a rappelé ce légendaire débat entre Noam Chomsky (anarcho-syndicaliste) et William F. Buckley (conservateur). Partie 1: Partie 2: Deux commentaires rapides: 1) Les commentateurs de droite — Ferguson et Buckley — sont tellement insupportablement hautains et prétentieux qu’on arrive difficilement à les écouter par moments (surtout Buckley). Chomsky et Sachs, qu’on soit d’accord avec eux ou non, discutent de manière beaucoup plus respectueuse. 2) Serait-il possible de voir des débats de fond du genre plus souvent à la télé? PS. Une dernière suggestion de Vicki Fragasso. Discussion entre Chomsky (encore) et Michel Foucault. Partie 1: Partie 2: Ouf.
Je n’ai besoin de personne en Chevrolet Suburban
3 novembre 2011 · Divers · Jérôme LussierLa semaine dernière j’ai donné un coup de main à une amie qui devait rapporter des trucs chez IKEA. Elle n’a pas de voiture et les items en question étaient énormes — une trentaine de boites, dont une de 36 pieds carrés. Fallait louer une van, ou quelque chose dans le genre. Sauf qu’on était dimanche, que c’était complètement improvisé et que, vérification faite, aucune van n’était disponible, nulle part. J’ai fini par appeler une place au centre-ville pour demander ce qu’ils avaient de plus gros de disponible. Ils m’ont dit qu’ils avaient un Chevrolet Suburban pour quelques heures. J’ai dit Ok. Le Chevrolet Suburban est doté de 642 cylindres et de 7974 chevaux-vapeurs, il pèse 200 tonnes et mesure 34 pieds de long par 22 pieds de large. C’est la fusion entre une limousine, un porte-avion et un match de baseball. Cela dit, la caractéristique essentielle du Suburban n’a rien à voir avec sa puissance, sa taille ou sa consommation d’essence. Le Suburban, c’est un état d’esprit. Dans un autre véhicule — voiture, vélo, ou autre – vous faites partie du trafic. Vous êtes dans la ville, sur la route, ou pris dans un embouteillage — un parmi d’autres, avec tout [...]
Ottawa a annoncé la semaine dernière qu’un nouveau pont Champlain serait construit pour remplacer celui qui s’effondrera bientôt. La construction se fera en PPP, elle durera apparemment 10 ans et coûtera quelques milliards de dollars. La structure devrait accommoder une forme de transport en commun. Et, sur ce pont du futur, on installera apparemment un péage. Il reste plusieurs choses à régler mais tout le monde s’entend sur un certain nombre de points: on espère que le pont sera construit dans les délais, à coût raisonnable, et qu’il sera intelligemment conçu — idéalement une référence tant fonctionnelle qu’esthétique. Le question qui a suscité un certain débat est celle du péage: Faut-il un pont gratuit ou un pont payant? Autrement dit: Faut-il appliquer le principe d’utilisateur-payeur à cette nouvelle infrastructure routière reliant la ville à la banlieue? Premier constat. Dans une perspective « verte », l’étalement urbain est une abomination: plus de terres rasées pour construire des maisons unifamiliales toujours plus grandes, avec piscine, gazon et entrée de garage, qui surconsomment eau, énergie et tout le reste. L’étalement urbain, c’est plus de déplacements en voiture, sur de plus grandes distances, avec plus de congestion, et une logistique de transport en commun de [...]
Dans l’arène politique, plusieurs groupes s’affrontent. Il y a les idéologues — de droite ou de gauche, nationalistes ou anti-nationalistes, religieux ou athées. Il y a les groupes d’intérêts — syndicaux, patronaux, communautaires ou autres. Puis il y a les cliques — les artistes, les sportifs, les hipsters, les intellos, les jet-sets, les business, les gothiques, les cyclistes, les granos, les urbains, les ruraux, alouette. Les idéologues s’affrontent parce que leurs idées se contredisent. Les groupes d’intérêts parce que leurs intérêts sont opposés. Les cliques, elles, s’affrontent avant tout parce qu’elles n’aiment pas le style de l’autre. Les chicanes de cliques comportent beaucoup de caricatures et d’attaques personnelles et peu d’idées ou de débats de fond. Le principe essentiel est de renforcer son appartenance au bon groupe et de se distinguer des autres losers: tout ce qui est associé à ces gens-là — les morons de l’autre clique — est automatiquement étiqueté et rejeté sans appel, sans considération pour la justesse des propos ou la valeur des principes. Entre les vélosolidaires du Plateau et les douchebags de la banlieue, point d’entente possible, sur quoi que ce soit. Même chose entre les jet-sets et les gothiques, les intellos et les athlètes, [...]
Deux mots qui font une différence
13 septembre 2011 · Divers · Jérôme LussierVoici l’article 81 de la Loi électorale du Québec dans sa forme actuelle: 81. Le directeur général des élections détermine annuellement une allocation aux partis autorisés. Voici l’article 81 de la Loi électorale du Québec dans une forme imaginaire: 81. Le directeur général des élections détermine annuellement une allocation aux députés élus. Je ne suis pas spécialiste en financement politique, mais il me semble que cette petite modification (et les autres amendements qu’elle nécessiterait) pourrait changer bien des choses. Des réactions éclairées?
“Il n’y a, au Québec, qu’un problème politique vraiment sérieux: c’est le français. Juger que la langue et la culture françaises valent ou ne valent pas la peine d’être sauvées (et comment), c’est répondre à la question fondamentale de la politique québécoise. Le reste — s’il faut privatiser Hydro-Québec ou la SAQ, s’il faut la souveraineté ou le fédéralisme assymétrique — vient ensuite.” Voici sans doute ce qu’écrirait Albert Camus s’il se réincarnait en analyste de la politique québécoise. * * * La survie du français au Québec est une question grave pour deux raisons: le français, et le Québec. Le français parce que c’est une langue complexe, scrogneugneuse, “protégée” par de poussiéreuses instances et de souvent réactionnaires ayatollahs, réticents à embrasser la modernité galopante. Puis le Québec: une curiosité francophone dans une Amérique qui parle anglais et [...]
Des idées pour une politique rajeunie
19 juin 2011 · Divers · Jérôme LussierSoudain, tout le Québec parle de rajeunir la politique. Tant mieux. Battons le fer pendant qu’il est chaud, la douche froide viendra bien assez vite.Au cours des dernières semaines on a d’abord assisté à une chicane “générationnelle” entre Québec Solidaire et le Parti Québécois, elle-même conséquence du balaiement du Bloc Québécois par les (souvent jeunes) poteaux du NPD, le 2 mai dernier. Puis vint le schisme au PQ: démission de trois (plutôt vieux) députés d’un parti devenu apparemment “irrespirable”, suivie de la réplique de douze “jeunes” députés péquistes adressée au “vieillard malfaisant”, suivie de sa réponse dans laquelle, entre autres, il leur refuse leur statut de “jeunes”. Tout ceci avec, comme vacarme de fond, la visibilité croissante de Québec Solidaire, du Réseau Liberté-Québec, et de la Coalition Legault-Sirois — tous perçus, à tort ou à raison, comme des alternatives “jeunes” aux “vieux partis”. * * *Mais à quoi donc pourrait ressembler cette politique rajeunie dont tout le monde parle?
La démagogie se porte bien au Québec. Des accusations de trahison à la nation aux condamnations en bloc des maudits syndiqués ou capitalistes, la nuance ne semble pas avoir la cote. Perchés sur leur Bixis, les stupides gauchistes lancent de la bouette aux morons drettistes dans leurs pick-ups au charbon, et vice-versa. Le phénomène est-il nouveau? Aucune idée. (De toute façon, il n’y a pas que la nouveauté d’intéressant.) Mais l’émergence récente d’un axe politique gauche-droite au Québec a sans doute donné une visibilité accrue aux arguments les plus “faciles” des deux camps, avec les hauts cris qu’ils suscitent. À cet égard les chroniques récentes de Nathalie Elgrably sur la culture, auxquelles j’ai répliqué comme bien d’autres, méritent qu’on s’y attarde avec un peu de recul. Selon Wikipédia (une source aussi fiable que Britannica), la démagogie est une argumentation politique qui “fait fréquemment appel à la facilité voire la paresse intellectuelle en proposant des analyses et des solutions qui semblent évidentes”.
Toute la planète est maintenant au courant des deux chroniques de Nathalie Elgrably-Lévy sur le financement de la culture, ainsi que des nombreuses répliques qu’elles ont suscitées (incluant celles de Simon Jodoin sur ce site). Les réponses que j’ai lues étaient bonnes, et faisaient toutes plus ou moins la démonstration que, contrairement à ce que prétend Mme Elgrably, la culture est ou peut être un investissement rentable pour l’État. On a aussi fait remarquer que Mme Elgrably avait elle-même indirectement bénéficié de subventions culturelles, et qu’elle les cautionnait (toujours indirectement) via son siège au conseil d’administration du Groupe TVA. Tout ça méritait d’être écrit et lu. Et pourtant je reste sur ma faim. Ce qui m’agace, c’est l’impression qu’on a concédé trop de terrain à Mme Elgrably en essayant de faire la démonstration que la culture est une activité rentable, et qu’il est légitime de la subventionner pour cette raison. * * *
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