Blogue de Jérôme Lussier Brasse camarade RSS
Blogue iconoclaste sans sucre ajouté, plus porté vers la politique que la politicaillerie. www.twitter.com/jeromelussier
Les maths du bonheur
8 mai 2011 · Divers · Jérôme LussierIl n’y a pas, a priori, de lien entre les maths et le bonheur.Le calcul — politique, comptable, social — ne rend pas particulièrement heureux. Et les gens qui croient à une solution mathématique ou scientifique à tous les conflits et problèmes de l’humanité font généralement dans le scientisme, cette idéologie stupide si chère aux extrémistes de tout acabit.* * *Cela dit, on m’a récemment rappelé la formule simple (et simpliste) voulant que le bonheur soit égal à la différence entre les conditions de vie d’une personne et ses attentes. Sous forme d’équation: Condition – Attentes = Bonheur.L’équation n’a rien de véritablement scientifique ou sérieux, mais elle codifie quelque chose d’instinctivement vrai. Quand un athlète est favori pour remporter une course mais qu’il termine deuxième, c’est une déception. Mais quand un type qu’on n’attendait pas sur le podium termine troisième, c’est la jubilation. (Les parallèles électoraux seraient faciles à faire ces jours-ci…) Même chose au plan personnel : quand une personne se marie par amour en rêvant d’une vie de couple éternellement palpitante, elle a plus de chances d’être déçue que celle qui entre dans le mariage (même
L’objectivité est morte. Vive la transparence.
3 avril 2011 · Divers · Jérôme LussierAujourd’hui je troque mon clavier de blogueur pour celui de traducteur. Et pour la modique somme de 0$, je loue cet espace virtuel à David Weinberger, dont le formidable essai « Transparency is the new objectivity » me semble plus d’actualité que jamais, même s’il a déjà presque deux ans. Weinberger est docteur en philo, chercheur senior au Berkman Institute for Internet & Society de Harvard, co-directeur du Innovation Lab de la bibliothèque de Harvard, et fellow au département d’État américain. Rien de tout ça ne prouve qu’il a raison, évidemment, mais ce n’est pas exactement le dernier venu et on peut présumer qu’il a un peu réfléchi à son affaire. Pour moi, cet essai de 855 mots devrait être une lecture obligatoire pour tous les aspirants journalistes, et tous ceux (ils sont nombreux) qui n’ont pas encore compris que le paradigme médiatique a changé. Voici, en traduction libre:
Au cours des prochaines semaines, il est possible que vous entendiez des promesses et des arguments en faveur d’un parti politique ou un autre. Ça arrive, pendant les élections. Selon les candidats et les journées, on fera appel à votre raison (officiellement) ou à vos sentiments (sans le dire). On avancera des chiffres et des comparaisons, des références historiques et des projections futures. Toutes ces choses sont intéressantes et méritent qu’on s’y attarde. Mais elles occultent une dimension essentielle de la politique: son côté viscéral et émotif, imperméable à toute rationalisation. Ces prémisses philosophiques ou identitaires existent partout — à droite et à gauche, chez les souverainistes, les fédéralistes et les autres — et à mon avis elles déterminent les comportements politiques bien davantage que toutes les considérations nominalement “rationelles”. Ci-dessous un petit voyage au coeur de deux émotions politiques puissantes. * * *
Oui, il faut répliquer aux critiques
29 mars 2011 · Divers · Jérôme LussierPassage intéressant d'un article du Devoir d'aujourd'hui sur l'éternelle question de savoir s'il faut répondre ou non à des critiques ou des attaques médiatiques: Les publicités [négatives] sont généralement efficaces. Elles frappent les esprits… et exigent une réplique, disent les experts. «On ne peut pas laisser passer un message négatif sans réagir, affirme Denis Monière, qui enseigne à l'Université de Montréal. Qui ne dit mot consent. La règle, c'est de contre-attaquer.» Stephen Ansolabehere abonde dans le même sens. Il rappelle que le candidat démocrate à l'élection de 1988, Michael Dukakis, a négligé de répliquer aux publicités agressives des républicains de George Bush. L'image d'un leader hésitant s'est alors imprégnée dans l'opinion publique. «C'est ce qui arrive sans une réplique, dit le chercheur. Vous avez l'air faible, et personne ne veut d'un président faible.» C'est ce que j'ai toujours cru aussi. À mon sens l'époque du "répliquer c'est leur donner de l'importance" est révolue, si elle a déjà existé.
Plus tôt aujourd’hui j’ai posé la question suivante sur Twitter: "À part isoler le Québec et maintenir les Conservateurs au pouvoir, à quoi ça sert de voter pour le Bloc au fédéral?"La question était un peu baveuse mais de bonne foi, et le déluge n’a pas tardé. On m’a rappelé les principes de la démocratie. On a tiré sur le messager. On m’a averti qu’au Québec, apparemment, on n’a pas le droit de poser ce genre de questions. Mais j’ai envie de la poser quand même.Ce qui m’intéresse dans cette question (comme dans d’autres) c’est de comprendre pourquoi les gens votent comme ils votent, et pourquoi ils pensent ce qu’ils pensent. Les motivations politiques, autrement dit, qu’on ignore trop souvent dans la couverture politique obsédée par les sondages et le spin.Gaston vote-t-il pour les Conservateurs pour promouvoir un agenda religieux, pour favoriser les libertés individuelles ou pour défendre l’Arctique? Vote-t-il pour les Libéraux par nostalgie des années 90, pour l’amour de la Charte canadienne, ou parce que Denis Coderre est sympathique? [...]
Dans le cadre d’un débat, il faut faire flèche de tout bois. Si vous avez 37 arguments potentiels, vous les utiliserez tous, en espérant qu’un ou plusieurs colleront suffisamment pour rallier le juge ou l’opinion publique. Pour répliquer à votre adversaire, vous attaquerez le principe, les détails, le timing, les objectifs, les conséquences, le fond, la forme et le messager. C’est dommage, mais c’est ça la game. Évidemment, tous les arguments n’ont pas la même force. Certains sont trop prévisibles ou intéressés. D’autres sont simplement boiteux, absurdes ou peu convaincants. Les arguments qui m’intéressent aujourd’hui sont ceux que j’appellerais les arguments « de façade ». On reconnaît les arguments de façade parce qu’ils violent le principe de réfutabilité — pour autant qu’on l’applique aux débats d’idées. En science, le principe de réfutabilité veut qu’une affirmation soit « scientifique » si elle peut être prouvée fausse. Autrement dit, si vous affirmez quelque chose d’impossible à infirmer – les chakras de votre auréole sont dépotentialisés! – vous ne faites pas de la science. Pour être valides et acceptées, les [...]
Pour un prix Yglesias québécois
9 mars 2011 · Divers · Jérôme LussierChaque année, l'auteur et commentateur britannique Andrew Sullivan décerne un "Yglesias Award", nommé en l'honneur du blogueur/commentateur américain Matt Yglesias. Le prix Yglesias est attribué à un "auteur, politicien, chroniqueur ou commentateur qui critique effectivement son propre camp, qui se fait des ennemis parmi ses alliés politiques, et qui prend généralement des risques pour défendre ses convictions." En gros, l'honneur récompense l'intégrité, la bravoure intellectuelle et l'indépendance politique.Des suggestions pour un équivalent québécois? J'ai quelques idées mais il me semble que ça ferait une bonne discussion.
Dans la foulée du lancement de la Coalition pour l’avenir du Québec, on a beaucoup parlé de la pertinence de continuer à débattre de la souveraineté — une question qui a accaparé une part considérable de l’attention politique du Québec depuis une quarantaine d’années. Tel qu’annoncé depuis des mois, MM. Legault et Sirois proposent d’évacuer la question — sous prétexte que le débat est stérile et qu’il sape trop de talent et d’énergie depuis trop longtemps — pour se concentrer sur des défis plus tangibles et immédiats. Sans surprise, le PQ, le Bloc et leurs chiens de garde ne sont pas d’accord et croient qu’il faut continuer la lutte, même sans “conditions gagnantes”. Bernard Drainville a essentiellement traité l’ex-péquiste Legault de traître à la nation.Il est vrai que, pour François Legault, l’abandon de la lutte active pour la souveraineté du Québec marque un virage politique important. Certains y ont vu une trahison ou du défaitisme; d’autres y verront sans doute de l’opportunisme ou du carriérisme quelconque. Personnellement, au risque [...]
Monty Python sur les droits symboliques…
25 février 2011 · Divers · Jérôme LussierEncore une fois désolé pour le clip en anglais (british, en plus), mais j'ai rarement vu une critique aussi drôle et efficace du pelletage de nuages:
La question de la crédibilité (notamment médiatique) m’intéresse. Je vous avais dit que j’y reviendrais. Ce n’est sans doute pas la dernière fois. Le Vol. 1 s’intéressait à la crédibilité des déclarations trop prévisibles ou intéressées. Cette fois-ci, la question concerne l’anonymat: Est-ce que les textes anonymes ou pseudonymes sont moins crédibles que les textes signés? Personnellement, j’ai toujours eu l’impression que l’anonymat n’enlevait rien à la crédibilité d’un texte. Au contraire: en masquant l’identité de son auteur, le texte anonyme peut même gagner en crédibilité parce qu’il élimine la possibilité de tirer sur le messager et qu’il force (en principe) le lecteur à s’attaquer au contenu. Sur un autre forum, j’ai déjà donné quelques exemples historiques et contemporains d’une utilisation judicieuse et utile de l’anonymat. En bref: Aux États-Unis, les « Federalist Papers » — qui plaidaient pour la ratification de la Constitution et qui demeurent son principal outil d’interprétation — ont tous été publiés anonymement par trois auteurs distincts (dont James Madison et Alexander Hamilton). Un des essais les plus déterminants pour la politique étrangère américaine des 60 dernières années a été publié anonymement en 1947 dans la revue Foreign Affairs. (Le véritable auteur, identifié par la suite, était George [...]
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