Blogue de Catherine Voyer-Léger Détails et dédales RSS

Directrice du Regroupement des éditeurs canadiens-français en poste à Ottawa. Passionnée d'arts, de culture, de littérature et de journalisme. Intéressée par l'espace public, j'interroge souvent les sens communs sur lesquels nous nous reposons et les raccourcis qui nous arrangent. (La première mouture de ce blogue peut toujours être visitée au cvoyerleger.com)

Tout le monde aime la tarte aux pommes (sauf ma mère)

24 mai 2012 · Humeur · Catherine Voyer-Léger
3

J’ai appris ça très tard. Le genre de vérité anecdotique qui fait sens quand on vous la présente: ma mère n’aime pas la tarte aux pommes. Il n’y a jamais eu de tarte aux pommes à la maison. Comme quoi même les proverbiaux plaisirs unanimes ont leurs détracteurs. (Avouons que c’est un des grands bonheurs des réseaux sociaux que de se trouver des alliés même dans nos plus improbables penchants.) Tout ça pour dire: je n’aime pas l’été. C’est un truc qui apparaît presque immoral dans une société comme la nôtre, perpétuellement en attente des beaux jours. Quelqu’un qui chiale tout l’hiver est considéré sain d’esprit et va rapidement affirmer, dès que le printemps se pointe « Que j’en vois un se plaindre de la chaleur! ». Bon, ceux qui aiment l’hiver ont enduré ses gémonies contre la neige sans le rabrouer, mais cette personne a pour elle le poids du consensus. Quasi-consensus. Soyons clairs, je ne déteste pas l’été. De toute façon, détester quelque chose d’aussi immuable qu’une saison m’apparaît assez vain. Mais disons que c’est ma pire saison. L’été me rend mal. La chaleur me donne des migraines et m’amortit d’une telle façon que ne peuvent comprendre ceux qui y sont bien. [...]

Lire le billet →

Lettre à mes anciens compatriotes

21 mai 2012 · Humeur, Société · Catherine Voyer-Léger
9

Jusqu’à aujourd’hui, j’ai affiché mes couleurs rouges par solidarité, mais je n’ai rien écrit. D’abord parce que tout ce qui blogue au Québec écrivait déjà. Ensuite parce qu’il faut assumer ses choix et être conséquente: j’ai quitté le Québec. Je suis solidaire, mais en tant que citoyenne, ce débat n’est pas le mien. Sauf que là… Je pourrais essayer de raisonner ceux d’entre vous qui en appellent à l’armée, qui souhaitent plus de douleur encore devant la photo d’une étudiante blessée. Je pourrais parler d’atavismes de violence et tenter (sans doute en vain) de vous expliquer que ce que vous associez toujours aux barbares d’ailleurs (la violence, la guerre, la haine), vous êtes malheureusement la preuve que nous n’en sommes pas exemptés. Il m’arrive de lire dans certains commentaires quelque chose comme une trace fossile de la guerre civile: la haine de l’autre. Ça fait peur… Mais j’ai besoin de croire que vous êtes une minorité, d’un côté comme de l’autre d’ailleurs, à souhaiter du sang, de la vengeance et des autodafés. Je vais donc tenter, maladroitement, de vous ignorer pour ne pas sortir de tout cela morcelée. Je m’adresse plutôt à vous qui avez dit au sondeur qu’il fallait [...]

Lire le billet →

Ces femmes qui font des projets sans homme

17 mai 2012 · Humeur, Société · Catherine Voyer-Léger
2

Ça se passait dans le cadre d’une table-ronde sur le tourisme procréatif en Inde à l’émission L’après-midi porte conseil le 30 avril dernier. Les deux experts exploraient les aspects humains, éthiques, médicaux, légaux, sociologiques qui se superposent dans cette troublante affaire. Commentant la notion du « droit à l’enfant », Alain Roy, professeur à la Faculté de droit de l’Université de Montréal, a affirmé: « On permet, ici au Québec, à une femme seule d’avoir un enfant sans avoir à s’encombrer d’un père. L’enfant est alors privé de filiation paternelle parce que le père ne fait pas partie du carnet de commandes de la mère. » (Vers 11m50 dans l’entrevue.) J’ai eu des frissons dans le dos. Pourtant, comme lui, je crois que le droit à l’enfant n’existe pas et j’étais assez froide face à la nouvelle législation québécoise. Mais il y a, dans cette phrase, tant de mépris pour le parcours de certaines femmes, j’en ai été estomaquée. Ça m’aura d’ailleurs pris plus de deux semaines avant de pouvoir répondre. D’abord, je suppose que M. Roy n’est pas très chaud à l’homoparentalité si je me fie à son argument sur la filiation paternelle. Pour ma part, j’ai bien du mal avec [...]

Lire le billet →

Métier = Critique / no9 – Christian Saint-Pierre

15 mai 2012 · Médias, Métier = critique · Catherine Voyer-Léger
3
Métier = Critique / no9 – Christian Saint-Pierre

Formation: Baccalauréat en littérature, baccalauréat en théâtre (critique et dramaturgie), scolarité de maîtrise en théâtre Fait de la critique depuis… 12 ans Titre: Directeur et rédacteur en chef de la revue Jeu Citation: « Le critique est un journaliste, mais au même titre que le chroniqueur ou l’éditorialiste, il doit  assumer sa partialité. Je suis de gauche, je suis altermondialiste, je suis végétalien, je suis gai. J’écris avec tout ça. » Après plus de sept ans chez Voir, Christian Saint-Pierre a accepté il y a moins d’un an de prendre les rênes de la revue Jeu avec qui il collabore depuis plus de douze ans. Nous nous sommes rencontrés pour discuter de l’état de santé de la critique théâtrale au Québec. Qui de mieux, en effet, que le président de l’Association québécoise des critiques de théâtre (AQCT) pour faire le point. Au commencement… … il y avait un enfant banlieusard rapidement frappé par un désir compulsif pour les arts. Après des études en sciences humaines, il quitte la région montréalaise pour aller faire un premier baccalauréat en littérature à Rimouski. L’appel du théâtre étant de plus en plus pressant, il s’inscrit au baccalauréat en critique [...]

Lire le billet →

La critique culturelle: affects et analyse

10 mai 2012 · Médias · Catherine Voyer-Léger

Samedi dernier, Nathalie Petrowski signait un article passionnant pour quiconque s’intéresse à la critique culturelle. Touchée par le film La Dame de Luc Besson sur Aung San Suu Kyi, la journaliste remettait en question la tiédeur des critiques, trop préoccupés par les aspects formels du film et pas assez par ce que porte l’oeuvre comme message et comme information. Nathalie Petrowki me déconcerte souvent par ce ton catégorique qu’elle emploie et qui laisse croire qu’il n’y a qu’une bonne façon d’aborder une oeuvre, la sienne. Ce « … tant pis pour eux » qu’elle lance aux critiques qui n’auraient pas compris est pour le moins saisissant… Mais au-delà du ton, cette chronique soulève des questions fondamentales. La critique se doit-elle toujours d’être formelle? Jusqu’à quel point un critique peut-il départager un point de vue plus analytique d’une impression plus personnelle? Est-ce qu’un thème ou un propos peuvent, par leur importance, rendre secondaires les qualités cinématographiques d’une oeuvre au regard de la critique? Que doit faire un critique quand son affect par rapport à une oeuvre l’éloigne d’une analyse plus distanciée? (Je me pose d’autant plus la question que je me sais incapable de jeter un regard critique sur les oeuvres qui [...]

Lire le billet →

Mea culpa

6 mai 2012 · Humeur, Médias · Catherine Voyer-Léger
2

Il fut une époque où je m’adonnais à la photographie. J’ai un bon oeil, mais je n’ai aucun réel talent. Une légère dyslexie numérique m’a toujours empêchée d’intégrer les notions d’ouverture et de vitesse et de vraiment m’améliorer. Plusieurs proches, trouvant mes photos très belles, m’encourageaient à les vendre sur des sites. J’ai toujours refusé. À mes yeux, la photographie est un métier. Si j’accepte de vendre mes photos potables à des prix dérisoires (ce que font des milliers d’amateurs maintenant), je fais baisser la valeur des photos professionnelles sur le marché. Je dévalorise le savoir-faire. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à cela la semaine dernière devant la vague de mauvaises nouvelles qui frappait le milieu des médias au Québec. Après la fin de la parution papier du Nightlife, Rogers annonçait la fin de Branchez-vous! et de ses sites affiliés et Voir Communications la fin du papier pour Hour Community, Voir Saguenay/Alma et Mauricie. Je me suis sentie un peu coupable. Je vous entends protester jusqu’ici… Rassurez-vous, je ne pense pas que c’est mon blogue qui affecte de nombreux médias! Mais je m’interroge tout de même sur une mouvance à laquelle j’appartiens. Depuis un an et demi, j’écris [...]

Lire le billet →

Vancouver (tranche d’une belle vie)

2 mai 2012 · Humeur, Sur la route · Catherine Voyer-Léger

Je vous écris de Vancouver où je n’avais pas mis les pieds depuis près de 15 ans. Nous étions en août 1998, je n’avais pas encore 19 ans, je préparais mon entrée à l’université. Mais j’étais à Vancouver. Et pas exactement pour un voyage d’agrément. J’étais à Vancouver parce que j’étais de la finale des qualifications pour la Course destination monde. Pour ce qui serait la dernière saison de la Course, mais ça nous ne le savions pas encore. Radio-Canada nous avait fourni une enveloppe pour aller dix jours, où on voulait, faire deux films de qualification. Je ne sais plus trop comment je me suis retrouvée ici. Je voulais faire un film sur des enfants sourds qui parlent la langue des signes. C’est un peu gênant à admettre, mais j’étais complètement fascinée par un clip de Florent Pagny où il chantait en langue des signes. (Gênant, mais pas très surprenant. La lecture de mon dossier de candidature confirme que j’avais une culture générale très mince et essentiellement populaire.) Je rêvais donc de faire ce film poétique que j’aurais pu faire n’importe où. Mon principal souvenir de Vancouver, c’est d’avoir pris le Sky Train pour visiter un organisme d’aide aux [...]

Lire le billet →

Mon corps étranger préféré

30 avril 2012 · Scène, Télévision · Catherine Voyer-Léger

Comme d’autres, j’étais devant mon écran de télévision la semaine dernière pour regarder le documentaire « Aux limites de la scène » présenté sur Artv. Un moment rare de télévision. Parce que si la danse a parfois la réputation d’être surmédiatisée, ce n’est certainement pas cette danse de création qui était enfin mise en valeur. Excusez le cliché, mais ce documentaire vous fait passer du rire aux larmes devant des moments de pure beauté. Et j’ai compris pourquoi la danse était sans doute mon art préféré. Bon, peut-être juste après la littérature. Mais la littérature c’est un peu différent, c’est mon art à moi. J’ai une relation intime avec l’écriture que je n’ai pas avec la danse. La danse est mon corps étranger préféré. L’important est le mot corps. La danse est radicalement, toujours, un corps. Un, deux, trois, quatre, dix, quinze corps. Pour une cérébrale de mon espèce, il y a une fascination à approcher tout ce qui s’exprime par le corps. J’ai parfois dit que la danse contemporaine est aux arts de la scène ce que la poésie est à la littérature. Je parlais, en fait, d’un certain rapport à l’inconscient. C’est ce qui est si confrontant pour tous [...]

Lire le billet →

Apprendre le désir

24 avril 2012 · Société · Catherine Voyer-Léger
3

« On peut avoir (ou pas) des préceptes moraux, éthiques ou religieux et connaître toutes les techniques sexuelles, mais on n’apprend guère à désirer. » Michel Dorais, La sexualité spectacle, p. 93 J’ai lu il y a plusieurs semaines l’essai de Michel Dorais et j’ai gardé cette phrase en mémoire. Elle m’a fait sursauter. J’avais bien l’impression, au contraire, d’avoir appris le désir. Bien sûr, il y a quelque chose du désir qui est inné. Mais si la faim est innée, ça n’empêche pas que notre rapport à elle soit plus appris qu’inné (trois fois par jour, il n’y a rien d’inné là-dedans!). N’est-ce pas un peu pareil avec le désir? Sans nier qu’il y ait une pulsion, il me semble difficile d’isoler quelque chose comme un désir qui serait vierge de toute influence. Olivia Rosenthal publie dernièrement un livre qui a comme prémisse les films qui changent votre vie. On la remercie au passage de rappeler qu’un film (comme un livre d’ailleurs) n’a pas besoin d’être un chef d’oeuvre pour faire basculer les choses. Profitant de son passage à Montréal la semaine dernière, plusieurs médias vous auront posé la question: quel film a changé votre vie? La question donne le vertige [...]

Lire le billet →

Penser hors de soi

23 avril 2012 · Humeur, Société · Catherine Voyer-Léger

Quand il est question d’individualisme, on parle surtout du règne de l’opinion. Mais cela me semble moins significatif que l’étiolement d’une pensée qui s’articulerait en termes d’enjeux sociaux. Car, quoi qu’on en dise, le « je » du chroniqueur n’est pas le « je » limité du vécu. Je peux tout à fait avoir une opinion personnelle et qui soit informée d’autre chose que de mon expérience individuelle. C’est plutôt la multiplication de ce deuxième « je » qui me plonge dans un grand désarroi. Ça me frappait déjà quand j’enseignais au milieu des années 2000. Les cours sur le féminisme étaient toujours les plus révélateurs à cet égard, peut-être parce que par sa nature même le sujet renvoie à une identité intime. Toujours est-il que les commentaires du type: « Mais moi il est gentil mon chum… » étaient matière courante. Il fallait recommencer du début. Premièrement, le patriarcat ne parle pas de gentillesse ou de méchanceté. Il décrit un système d’aliénation, souvent intériorisé par les hommes comme par les femmes, qui encastrent les identités sexuelles dans des idées reçues et souvent au détriment de l’épanouissement des femmes. Deuxièmement, on n’analyse pas un phénomène social en se basant uniquement sur son parcours individuel. Dans cette ère qui [...]

Lire le billet →
Page 1 sur 41234

S’abonner au blogue

@cvoyerleger

+ @cvoyerleger →

Catégories

Archives