Blogue de Catherine Voyer-Léger Détails et dédales RSS

Directrice du Regroupement des éditeurs canadiens-français en poste à Ottawa. Passionnée d'arts, de culture, de littérature et de journalisme. Intéressée par l'espace public, j'interroge souvent les sens communs sur lesquels nous nous reposons et les raccourcis qui nous arrangent. (La première mouture de ce blogue peut toujours être visitée au cvoyerleger.com)

La tolérance: un humanisme conditionnel?

20 février 2012 · Société · Catherine Voyer-Léger
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Au début des années 2000, je vivais avec mon oncle au moment où le débat sur le mariage gay faisait rage. Mon oncle est gay. Pour la petite histoire, je n’avais pas 10 ans quand quelqu’un me l’a dit pour la première fois et j’ai senti monter en moi un réflexe pour le « défendre ». En quelques secondes, pourtant, l’idée avait fait son chemin. C’était une illumination: comme quand on apprend quelque chose qu’on sait depuis longtemps sans s’y être arrêté. J’étais même assez satisfaite: je connaissais un gay! Check! Une fois adulte, j’ai été surprise de constater avec quel froid mon oncle accueillait ce débat, un peu comme si ça ne le concernait pas. Il ne niait pas l’accès aux droits, mais était un peu déçu de voir sa « communauté » courir, bras ouverts, vers ce qu’il assimilait à une institution traditionnelle et bourgeoise. Mon oncle fait sans doute partie de ces gens qui ont senti que leur différence était plus qu’une simple préférence, qu’elle venait avec un choix de vie. Question de personnalité, mais question d’époque aussi. C’est cette époque que dépeint Aleksi K. Lepage dans un texte paru dans le numéro d’Urbania consacré aux lesbiennes. Cette époque [...]

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Métier = Critique / no6 – Jean Fugère

15 février 2012 · Livres, Médias, Métier = critique · Catherine Voyer-Léger
Métier = Critique / no6 – Jean Fugère

Formation: École nationale de théâtre et maîtrise en Études allemandes Fait de la critique depuis… 1992 Titre: Chroniqueur littéraire, principalement à la radio de Radio-Canada Citation: « Un chroniqueur, c’est une courroie de transmission. Une courroie de transmission qui peut être plus ou moins neutre, ou plus ou moins vibrante. Mais c’est juste ça. Ce n’est pas plus que ça. » Voix bien connue du public radio-canadien, Jean Fugère donne dans les communications depuis plusieurs années. C’est  en 1992, au micro de Christiane Charette, que commence son aventure de chroniqueur littéraire. Au commencement… … le jeune Jean Fugère, pensionnaire au collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, s’éveille aux lettres dans un climat protégé, loin de la ville, loin de l’agitation. Il évoque le souvenir de M. Toussaint, un enseignant dont la « passion calme mais très vibrante » l’a marqué et de l’abbé Thériault qui leur faisait chanter Léo Ferré. Il commence des études universitaire en Lettres, mais s’en désintéresse rapidement et rentre à l’École nationale de théâtre. Même s’il travaille quelques années dans ce domaine, il n’en tire pas la satisfaction escomptée.  »Je ne croyais pas plus que ça en mon [...]

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Lise Ravary et le journalisme de la nuance

12 février 2012 · Humeur, Société · Catherine Voyer-Léger
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Je veux d’abord dire que ma mère est une praticienne des médecines douces. Je le dis pour qu’on sache d’où j’écris, mais aussi pour préciser que cela ne signifie pas que j’écris pour la défendre. Elle et moi n’avons pas toujours le même point de vue sur ces questions, loin s’en faut. J’ajoute que j’ai une formation en massage shiatsu mais je n’ai jamais pratiqué. Fin de la parenthèse « conflit d’intérêt ». J’ai été un peu sidérée que le premier billet de la journaliste Lise Ravary sur le Huffington Post Québec se vante « de tout mettre dans le même paquet ». Voilà un étrange principe journalistique. Sidérée aussi de voir que beaucoup de gens ont applaudi à son retour sans soulever de doute sur sa démarche. Mme Ravary mène un combat contre les « médecines douces » (qu’elle ne définit pas) en défendant la science contre le charlatanisme. Son propos s’inscrit dans le sillage de l’éprouvante émission Enquête qui racontait l’histoire sordide de cette femme ébouillantée dans un bain de boue. Mme Ravary m’a confirmé, en commentaire, mettre toutes les « médecines douces » (chiropratique, ostéopathie, massothérapie, chakras, reïki, naturopoathie et compagnie) dans le même panier même si son article parle d’une certaine reconnaissance [...]

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L’intimité de s’écrire 2/2

10 février 2012 · Divers, Livres, Société · Catherine Voyer-Léger

On a beau ne pas vouloir parler de soi-même. Il faut parfois crier. Blaise Cendrars* La question de l’intimité me poursuit de façon constante. Elle est au coeur de ma réflexion, sans doute parce qu’elle n’est pas le moindre de mes paradoxes. La semaine dernière, comme je terminais l’essai de Michel Dorais sur La sexualité spectacle, je mettais la touche finale à un texte d’une radicale impudeur. Un texte qui tuerait ce qui est sans doute le plus grand omertà de ma vie. Une charge émotive lourde et un dénuement. Un texte avec certaines images irrationnelles, loin de l’argumentaire. Des images douloureuses. Pourquoi faire cela? Ne suis-je pas en train de nourrir le monstre que je dénonce? Que l’écriture (et la création) puisse soulager des douleurs, personne n’en doute. Mais l’écriture et la publication sont deux actes très différents. Entre les deux s’insère le travail d’écriture. Longtemps, j’ai écrit comme on vomit. Le travail d’écriture est plus complexe: je tente de garder la même charge que lors de ce trop-plein tout en lui donnant plus de consistance. Je tente de porter la parole hors de moi. De transformer l’anecdote (ce que Nicolas Dickner appelait la semaine dernière la facebookisation [...]

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L’intimité en question 1/2

7 février 2012 · Livres, Société · Catherine Voyer-Léger
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Dans son essai La sexualité spectacle paru récemment chez VLB éditeur, Michel Dorais dresse un portrait de la place de la sexualité (et plus largement de l’intimité) dans l’espace public de nos sociétés occidentales. L’ouvrage vaut le détour, mais si j’avais à lui faire un reproche, ce serait d’avoir tenté de couvrir très large au détriment de certaines nuances. S’il va de soi que des ponts peuvent être tissés entre les multiples occurences de l’intimité sexuelle dans l’espace public, on peut difficilement se permettre de faire l’économie des facteurs qui les motivent et des démarches qui les accompagnent. L’ouvrage de Michel Dorais traite à la fois de mode, de pub, de pornographie, de télé-réalité, d’art, d’histoires de moeurs, etc. Est-il possible d’aborder toutes ces réalités comme si elles relevaient d’un seul et même courant? Je terminais tout juste l’essai de Michel Dorais quand le dilemme m’a frappé. Il faut savoir que je suis un peu obsédée par la cohérence et je déteste me rendre compte qu’il y a des failles dans mes raisonnements. Il est indéniable que je suis plutôt d’accord avec la thèse de Michel Dorais: je critiquais récemment l’intimité en jeu dans la télé-réalité, je déteste la dictature du [...]

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Une télé-réalité, deux paradigmes

3 février 2012 · Société, Télévision · Catherine Voyer-Léger
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Vendredi dernier à C’est juste de la TV, Marc Cassivi a été assiégé (je reprends le terme du journaliste André Duchesne sur Twitter) lors de la discussion autour de L’amour est dans le pré, une nouvelle télé-réalité présentée à V. C’était une posture difficile à tenir puisque le journaliste semble ne pas partager les mêmes prémisses que ses collègues. J’irais jusqu’à dire qu’il s’inscrit dans un paradigme différent et, malheureusement, le dialogue entre des gens qui ne partagent pas le même paradigme est souvent vain parce que leur point de départ est trop éloigné. La paradigme dominant veut que la télé-réalité soit un phénomène incontournable. On ne peut rien faire contre, il faut vivre avec et, même, y prendre le plaisir qu’on peut. À partir de ce moment, la préoccupation des analystes sera d’évaluer la télé-réalité à la lumière de ce qu’elle est. Est-ce une bonne émission de télé-réalité? Quelles sont ses qualités techniques? Est-elle moins vulgaire que d’autres? Plus pertinente que d’autres? C’est exactement ce que Liza Frulla et Anne-Marie Withenshaw ont défendu comme point de vue. Plusieurs téléspectateurs, comme le démontrait le fil de discussion, ont aussi trouvé l’émission réussie, bien réalisée, pas trop racoleuse. Une télé-réalité de qualité qui [...]

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Bulletin de la critique et de la chronique – janvier 2012

31 janvier 2012 · Bulletins de la critique et de la chronique, Médias · Catherine Voyer-Léger
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Chaque fin du mois, je reviens sur ce qui a attiré mon attention dans l’univers médiatique. Je vous invite à me partager vos coups de coeur et vos coups de gueule. Notez que je ne tolérerai pas de commentaires diffamatoires et que je me donne le droit de modérer des commentaires violents qui feraient dérailler le débat (cela inclut des attaques personnelles envers les journalistes dont nous analysons le travail). Pour avoir accès aux bulletins de 2011, consultez la catégorie de mon ancien blogue. CRITIQUES: Meilleure critique: Merci au blogueur Samuel Larochelle qui a attiré mon attention sur un papier d’Elsa Pépin paru dans le Voir que je trouve magnifique. Je n’ai pas vu la pièce Tristesse animal noir, mais il y a un souffle certain dans ce que la journaliste en tire. « Cette prose dense et charnelle décrit l’action de l’intérieur, utilisant la deuxième personne, interpellant le spectateur dans son propre rapport au danger, transmettant l’horreur physique à travers des mots d’une puissante évocation. » Clin d’oeil du mois: Philippe Couture critiquant dans Le Devoir une pièce intitulée Musique pour Rainer Maria Rilke, en profite pour faire un clin d’oeil aux propos bien connus de l’auteur sur [...]

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Médias sociaux: passer à côté de la vie?

26 janvier 2012 · Société · Catherine Voyer-Léger
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De passage à l’émission La Sphère il y a une quinzaine de jours, j’ai fait une fleur à mon ami Hugo. J’ai bien peur d’avoir manqué de temps et de mots pour bien exprimer mon point. Des amis rencontrés en ligne, j’en ai plusieurs. Contrairement au philosophe Pierre Desjardins qui faisait paraître une lettre ouverte sur la question en début d’année, j’estime que des sentiments, sur Internet, il s’en brasse des tas: colère, séduction, tendresse, rivalité, etc. Le seul absent, pour le meilleur et pour le pire, c’est le corps. Les médias sociaux sont désincarnés dans la plus pure acception du terme. Ils permettent des relations d’abord centrées sur l’expression écrite. Ce sont des relations qui ne sont pas fondamentalement différentes, mais elles doivent jouer de codes différents pour se déployer. À ce sujet, je vous suggère un passionnant entretien avec François Bon à l’émission Du jour au lendemain sur France Culture. L’auteur croit que l’acte d’écrire a moins changé qu’on veut le croire malgré la pression technologique. L’animateur demandera si on peut être assez seul pour écrire lorsqu’on est entouré de stimulations virtuelles. La réponse de François Bon fuse: l’entourage concret ne dit rien [...]

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La virilité en question

24 janvier 2012 · Société · Catherine Voyer-Léger
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si en chemin je rencontre du feu, je brûle sans me demander si ce brasier est homme ou si cette flamme est femme Louky Bersianik, Pique-nique sur l’Acropole (1979) « La virilité est-elle en crise? » demandait l’équipe de Bazzo.tv à ses invités la semaine dernière. Ayant déjà écrit sur la question, j’ai voulu passer tout droit. Il faut dire que ça se termine bien: on nous exhorte à sortir de la distinction masculin/féminin et on nous rappelle que la définition historique de la virilité repose sur des concepts idéologiques. Le problème c’est qu’en admettant d’emblée de discuter de la virilité comme si c’était un concept incontournable, cette discussion aura fait exactement l’inverse, soit réitérer des généralités sur le féminin et le masculin. Le concept de virilité ne peut être que comparatif puisqu’il cherche à définir l’essence de ce qu’est l’homme, le vrai. Cela implique de l’opposer à la femme puisque si les caractéristiques peuvent leur appartenir à tous les deux, elles sont « humaines » et non pas « viriles ». Or, le concept de virilité classique (force physique, puissance sexuelle, contrôle des émotions, rationalité, etc.) étant considéré dépassé, on lui cherche une définition moderne. Mais les vieux fantômes reviennent au galop… Dans cette volonté de [...]

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Les gentils, les méchants

19 janvier 2012 · Humeur, Société · Catherine Voyer-Léger
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Le Mal n’est pas l’inhumain, bien sûr… Ou alors c’est l’inhumain chez l’homme… [...] Le Mal est l’un des projets possibles de la liberté constitutive de l’humanité de l’homme… De la liberté où s’enracinent à la fois l’humanité et l’inhumanité de l’être humain… Jorge Semprun, L’écriture ou la vie Il y a quelques semaines, l’intimidation était encore sur toutes les lèvres. Ce n’était pas facile, dans le tumulte, de soulever des doutes. Comme tout le monde (!), j’ai plutôt le profil d’une victime que d’un bourreau. Pourtant, en pensant aux intenses vacheries entendues pendant mon enfance et mon adolescence, je ne trouvais pas trace d’intimidation. Comme Simon Jodoin l’a expliqué, pour qu’il y ait intimidation, il faut qu’il y ait de la peur. C’est moins facile à définir qu’il n’y paraît. Dans un texte inspirant, la blogueuse Nadia Seraiocco évoquait le bourreau en soi. J’avais déjà écrit à propos du rejet tranquille: cette façon que j’ai (et vous aussi, peut-être) de laisser passer l’humiliation sans réagir. Cette façon de n’être jamais tout à fait fautive, mais jamais tout à fait concernée non plus. Mais un bourreau en moi? *** À une certaine [...]

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