31 janvier 2012 22h04 · Catherine Voyer-Léger
Chaque fin du mois, je reviens sur ce qui a attiré mon attention dans l’univers médiatique. Je vous invite à me partager vos coups de coeur et vos coups de gueule. Notez que je ne tolérerai pas de commentaires diffamatoires et que je me donne le droit de modérer des commentaires violents qui feraient dérailler le débat (cela inclut des attaques personnelles envers les journalistes dont nous analysons le travail).
Pour avoir accès aux bulletins de 2011, consultez la catégorie de mon ancien blogue.
CRITIQUES:
Meilleure critique: Merci au blogueur Samuel Larochelle qui a attiré mon attention sur un papier d’Elsa Pépin paru dans le Voir que je trouve magnifique. Je n’ai pas vu la pièce Tristesse animal noir, mais il y a un souffle certain dans ce que la journaliste en tire. « Cette prose dense et charnelle décrit l’action de l’intérieur, utilisant la deuxième personne, interpellant le spectateur dans son propre rapport au danger, transmettant l’horreur physique à travers des mots d’une puissante évocation. »
Clin d’oeil du mois: Philippe Couture critiquant dans Le Devoir une pièce intitulée Musique pour Rainer Maria Rilke, en profite pour faire un clin d’oeil aux propos bien connus de l’auteur sur la critique. Chute sympathique et juste assez grinçante qui s’accorde avec ce que le journaliste semble avoir pensé de la pièce. « Mais comme le dit Rilke, »les oeuvres d’art sont d’une infinie solitude; rien n’est pire que la critique pour les aborder. Seul l’amour peut les saisir, les garder, être juste envers elles. » D’autres que moi sauront sans doute faire preuve de cet indéfectible amour. »
CHRONIQUES:
Palme d’or: J’ai mes raisons de ne pas être une inconditionnelle de Pierre Foglia. Mais je dois admettre qu’il a commencé l’année 2012 en force avec une série d’articles cohérents et, évidemment, si bien écrits. J’attire votre attention sur les articles « Au DIX30 », « Les bonnes habitudes » et « De colère et d’espoir ». Un extrait sur les gourous: « Les gourous ne méritent pas tous la mauvaise réputation qu’on leur fait, celui-ci tripote des concepts simplistes, mais avec une gravité de philosophe finalement distrayante, et c’est probablement pour se distraire que mes boss assistent à ce séminaire. »
Premier prix de la pertinence: L’émission La Sphère a donné un micro hebdomadaire au chroniqueur Fabien Loszach (que vous pouvez aussi lire sur les blogues Voir). Toujours pertinent, ce dernier s’intéresse aux mythologies du Web. Sa chronique du début de janvier sur le phénomène « Mon père est riche en tab… » valait le détour. Le chroniqueur y fait un lien avec le cirque. À écouter.
Meilleure citation: « Si Jobboom publiait aujourd’hui un palmarès des professions les plus demandées pour les prochains mois, la vedette caracolerait en tête avec grutier, médecin de famille et politicien inspirant. » Hugo Dumas, dans La Presse, fâché par la surabondance des vedettes à la télévision.
MON ÉDITO:
Débat détourné: Au début du mois, une chronique-résolution de Marc Cassivi paru dans La Presse a beaucoup fait jaser. Le journaliste y allait de quelques suggestions musicales pour mieux courir et certains lui ont reproché de ne pas avoir fait assez de place à la chanson francophone. Le chroniqueur a répondu à ses détracteurs quelques jours plus tard, estimant être victime d’un ressac de la « chasse aux anglophones ». Ce deuxième article provoquera une vague de sympathie sur les médias sociaux, les gens se reconnaissant dans cette envie de gérer leur iPod « sans censure ».
J’ai été profondément mal à l’aise tout au long du débat. Tout indique que nous avons de plus en plus de mal à faire la différence entre la vie privée d’un chroniqueur (ce qu’il écoute en courant) et l’acte journalistique qu’il pose (les suggestions qu’il fait à ses lecteurs). Marc Cassivi demandait d’ailleurs dans sa deuxième chronique: « Faudrait-il imposer des quotas de musique francophone à tous les journalistes qui s’adonnent à la course à pied? ». Il me semble que c’est exactement ce sur quoi le débat ne devrait pas porter. Bien entendu, tout le monde est libre d’écouter ce qu’il veut quand il veut.
Le véritable enjeu n’est pourtant pas inintéressant: jusqu’à quel point les journalistes d’influence ont la responsabilité de soutenir la scène locale chaque fois qu’ils parlent de culture sur la place publique?
Je ne veux même pas me prononcer sur cette question, juste souligner que nous avons évité une belle occasion d’en parler en laissant le débat dériver. Quand un chroniqueur fait des suggestions, c’est qu’il a fait des choix journalistiques. C’est de ça dont nous aurions dû discuter. Pas du droit (évident!) de n’importe qui de s’entraîner en écoutant n’importe quoi.
En plus de te lire, il va falloir lire tout ce monde là !?!
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