Blogue de Catherine Voyer-Léger Détails et dédales RSS
Directrice du Regroupement des éditeurs canadiens-français en poste à Ottawa. Passionnée d'arts, de culture, de littérature et de journalisme. Intéressée par l'espace public, j'interroge souvent les sens communs sur lesquels nous nous reposons et les raccourcis qui nous arrangent. (La première mouture de ce blogue peut toujours être visitée au cvoyerleger.com)
De l’objectivité (impossible) à l’humanisme (souhaitable)
18 avril 2012 · Humeur, Médias · Catherine Voyer-Léger« Mais on observera que les plus sensibles de l’épiderme ne prennent jamais la mesure des blessures qu’ils infligent. » Pierre Assouline Liminaire J’écris ce billet en ne sachant pas sur quoi il porte exactement. Je déteste ça. J’ai parfois une constellation d’idées et d’impressions dont je sais qu’elles ont un lien entre elles, mais je n’arrive pas à l’épingler. Je sais, Foglia fait ça. Mais je ne suis pas Foglia. Ça explique le malaise. L’objectivité Ça a commencé lorsqu’un ami virtuel m’a écrit: « Envers ceux qu’on aime, l’objectivité perd parfois de sa pureté. » L’objectivité étant pour moi une vue de l’esprit, je n’aurais pas dit ça ainsi. Mais il est vrai que si la vie pouvait être compartimentée entre émotions et raison, nous n’aurions pas tous ces doutes quant au fait que notre jugement n’est jamais tout à fait vierge de sentiments. La condescendance La semaine dernière, je me suis choquée publiquement quand La Presse a fait la Une de son cahier Arts avec l’histoire de Geneviève Sabourin et une photo que j’estime digne d’un journal à potins. Hugo Dumas m’a trouvée condescendante. Dans la mesure où, pour être condescendant, il faut assumer qu’en certaines matières il existe des [...]
Métier = Critique / no8 – Aline Apostolska
15 avril 2012 · Médias, Métier = critique · Catherine Voyer-LégerFormation: Formation en histoire Fait de la critique depuis… 1982 Titre: Collaboratrice à La Presse, critique en danse Citation: « On prend d’emblée les gens pour des imbéciles, alors on baisse le niveau. Pour moi, le rôle des médias, surtout écrits et radiophoniques, est de partager des connaissances et d’entraîner des réflexions. » Vice-présidente de la Commission du droit public, écrivaine, éditrice, Aline Apostolska porte plusieurs chapeaux dans le milieu littéraire. Si dans les dernières années elle a concentré son travail critique dans le domaine de la danse, c’est entre autres pour éviter les conflits d’intérêt. Après exactement trente ans de carrière, elle pose un regard sans complaisance sur l’état du journalisme culturel au Québec. Au commencement… … il y avait une jeune française éduquée dans un système qui valorisait plus que tout l’esprit critique. Éditrice et écrivaine dans son pays natal, c’est aussi à Paris que Aline Apostolska a commencé à faire de la critique dans les médias et à animer à France Inter. Elle travaille principalement pour Radio-Canada dès son arrivée au Québec en 1999 et jusqu’en 2004, moment où elle quitte le diffuseur public, alarmée par la [...]
Le prisme de l’image
12 avril 2012 · Médias · Catherine Voyer-LégerVoici un fascinant article paru sur le site Conscientious et concernant le World Press Photo, rebaptisé pour l’occasion le Western Press Photo. Joerg Coldberg analyse la photo de Samuel Aranda qui a remporté les honneurs et explique en quoi son caractère est profondément occidental. À l’époque où j’étais chargée de cours à l’UQAM, j’adorais m’amuser avec mes étudiants autour des images de presse. À l’automne 2006, dans le sillage du drame du Collège Dawson, nous avions accumulé un florilège de photos de presse qui récupéraient des symboles religieux très forts (particulièrement des images liées à l’iconographie de la Vierge Marie). Ce type d’analyse ne vise pas à réduire la portée du drame, mais à prendre conscience du fait que la photographie n’est jamais neutre et qu’elle raconte toujours des histoires, souvent en s’appuyant sur des conventions culturelles. Le premier constat de Coldberg dans l’article est que la photo est plutôt réussie. Additionnant une iconographie chrétienne (la Pièta) à des symboles musulmans, elle dépeint l’universalité de la douleur. (Je m’interroge pour ma part sur la réelle portée de douleur de cette image, surtout pour un public occidental. Il faudrait sonder le public, mais la burqa et les mains gantés [...]
La danse: C’était un vidéoclip, mais ça passait comme un court métrage entre deux émissions. La blonde, la brune, la danse. L’idée d’un mouvement brut, industriel. Même à cette époque où l’iconographie de princesse avait plus d’impact sur moi que l’art actuel, la rencontre entre Carole Laure et Louise Lecavalier me bouleversait. Au-delà de tous mes repères, j’étais fascinée. Le populaire: Émotion de voir Maxime Le Forestier débarquer à En direct de l’univers samedi dernier pour saluer Michel Rivard. Émotion souvenir d’avoir entendu Le Forestier et Rivard chanter à la télévision d’État: »Un bateau de bois emporte papa tout au bout de la terre… » J’avais eu les larmes aux yeux en entendant cette chanson sur le départ d’un père. Comme j’avais été bouleversée de découvrir Louise Forestier qui interprétait une chanson de Dufresne: « J’ai 12 ans môman, j’ai pas peur du sang, j’suis plus une enfant… » ou de laisser Starmania entrer dans ma vie. C’est d’ailleurs en discutant de Michel Rivard que ma mère m’a appris ce qu’on entendait par « chanson populaire ». La télévision, c’est aussi un vecteur de conversations. Derrière la caméra: Mes premières lectures de « grande » ont été motivées par la télévision. De Lucy Maud Montgomery à Arlette Cousture, j’ai lu la version intégrale de ce que la [...]
C’était dans une assemblée générale étudiante. Quelqu’un que j’aimais bien (et que j’aime encore) m’a envoyé une vacherie. Pas un argument, une attaque. Quand l’assemblée s’est terminée, cette personne a voulu aller prendre un verre. J’ai refusé. Je n’ai pas cette capacité à lever l’assemblée et à redevenir copains dans la minute comme si on ne m’avait pas traitée juste avant d’intello déconnectée, de gauche caviar, d’instrument du système, d’ouvreuse de porte à l’islamisation de la société ou que sais-je encore. C’était une époque où le débat m’usait. Comme ces jours-ci. C’est que le débat peut être un cirque. Ses petites cases noires et blanches et son sens de la formule nous occupent tellement que son aspect rhétorique, stratégique, ludique parfois, prend le pas sur le contenu. Ainsi, toi mon ami qui pense noir, moi ton amie qui pense blanc, nous laissons se dire n’importe quoi sur notre ami d’en face. J’ai pourtant la conviction que chaque argument vicieux, chaque détournement de sens, nous éloignent de ce que nous cherchons vraiment: la démocratie. Je crois profondément que nous devrions être préoccupés au moins autant par l’environnement qui permet au débat de prendre sa grandeur que par le débat lui-même.
J’ai voulu éviter d’ajouter ma voix. Parce que c’est douloureux. Simplement. Par lâcheté. Pour ne pas gratter la plaie. Vous direz: pourquoi douloureux? Ça ne te concerne pas. Tu es une « pure laine ». Ça me concerne directement, au contraire, parce que quand quelqu’un pose un débat en termes d’identités fermées (Nous vs Eux), je suis incluse dans un Nous dont je n’ai rien à foutre. Je me sens donc interpellée. Ça me concerne aussi pour des raisons presque historiques. Parce que de tout temps cette question m’interpelle. J’en ai parlé ailleurs. Est-ce que tous ceux qui s’opposent au halal sont xénophobes? Bien sûr que non. C’est un débat multiple et complexe. Il n’y a pas deux clans tranchés et rien ne peut nuire plus que le sens de la formule. Mais en estimant que l’enjeu en est un de « valeurs québécoises », le député André Simard posait la question en termes d’identité, bien avant de la poser en termes d’enjeux industriels, d’agriculture, de traçabilité ou même, de droits des animaux. On me convaincra que les gens sont si sensibles à la qualité de ce qu’ils mangent quand je sentirai un tel emballement pour l’achat local ou l’étiquetage des OGM. [...]
Paris: ta tête, ton cul
28 mars 2012 · Humeur · Catherine Voyer-LégerQuand j’ai décidé de partir vivre à Paris à la fin de l’été 2001, c’était pour rédiger un mémoire de maîtrise sur l’image de l’Islam en Occident. J’aurais pu aller n’importe où. D’autant plus qu’au début de la session, mon sujet de mémoire se précisait autour des déjà incontournables événements du 11 septembre. Allez à Paris quand ton mémoire porte sur des quotidiens new-yorkais… est une objective mauvaise décision. Mais j’étais tombée en amitié avec des Parisiens croisés en Tunisie l’été précédent: je voulais Paris. Point. J’étais à l’époque dans un état psychologique assez fragile, je pense que mon département a décidé de me donner raison en espérant que je reviendrais requinquée. Pour ma part, je ne pensais pas revenir. Je partais à Paris pour la vie. Je partais à Paris pour la vie parce que j’espérais y trouver une reconnaissance du travail intellectuel qui me manquait ici. Voilà donc une société où je me reconnaîtrais enfin. La déception fut sans doute à la hauteur de mes attentes. Dans mon esprit binaire, il semblait logique qu’une société qui donne plus d’importance à la vie intellectuelle en donne moins aux questions d’apparence. Pourtant, Paris est obsédée par l’apparence et si une [...]
La pauvreté est un phénomène culturel. C’est sans doute bien banal de le dire. Phénomène culturel parce qu’il est relatif, d’abord, et qu’un pauvre d’ici n’est pas un pauvre de Delhi, cela va de soi. Mais aussi parce que la pauvreté prend des visages divers, même dans des lieux aux conditions économiques similaires. Ça m’a frappée quand j’ai emménagé à Ottawa. Les itinérants d’ici ne sont pas ceux de Montréal. Il n’est pas simple d’expliquer pourquoi, mais si je tente l’exercice, ça ressemble à ceci. D’abord, à Ottawa, ils parlent anglais. Ça semble fou, mais vu mon bilinguisme approximatif, ça augmente ce sentiment « d’inquiétante étrangeté » pour utiliser une expression freudienne. À Ottawa, ils sont aussi plus souvent en groupe, aux coins des rues. Certains disent que les itinérants d’ici ont les sens plus altérés. Je n’ai pas enquêté… Peut-être aussi que l’itinérance à Ottawa est d’autant plus frappante qu’elle est concentrée, à quelques mètres des lieux touristiques, dans une ville reconnue pour sa propreté maniaque, ses pelouses parfaites et sa droiture institutionnalisée. Chose certaine, moi qui croyais savoir entrer en contact avec les itinérants, Ottawa m’a prouvé mes limites. J’étais loin d’être parfaite avant! J’ai toujours trouvé que mon attitude d’ouverture était un [...]
La salle des bagages est surchargée. Trop de vols en même temps? Ou simplement un aéroport Charles-de-Gaulle bondé et mal organisé? Le vol en provenance de Toronto et celui en provenance de Varadero attendent leurs valises sur un même tourniquet trop petit. Tout le monde est épuisé. La tension est palpable. En m’éloignant avec ma valise, une des premières arrivées, je tombe face-à-face avec des militaires en treillis, carabines au poing. La routine ou alors c’est que le tourniquet voisin attend les valises d’un vol de Tel Aviv? Ma première pensée est pour le sentiment d’insécurité. Deux militaires armés dans une salle bondée où les gens sont impatients et survoltés, non, ça ne me rassure pas. Dans le RER B qui me mène vers le coeur de Paris, j’assite à une intervention: contrôle d’identité. Je n’ai pas suivi toute l’histoire, mais a priori, les deux jeunes interpellés n’ont rien à se reprocher… à part ne pas avoir payé leur passage. La question est d’ailleurs vite réglée « J’imagine que vous n’avez pas de titres de transport? ». Ce sera un avertissement pour cette fois… mais pas si vite. L’intervention s’étire sur plusieurs stations. Ce qui frappe, c’est le ton des gardiens (je [...]
Contexte: la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) reproche à Fabienne Larouche de véhiculer une mauvaise image de leur profession dans Trauma. C’est plus fort que moi, dès qu’il est question de l’impact de la culture populaire sur les images collectives, j’ai une fibre qui frétille. Marc Zaffran a réagi aux propos de Fabienne Larouche dans une chronique de Marc Cassivi. Il a tout à fait raison quand il dit qu’on ne peut pas tout excuser sous couvert de fiction comme semble le défendre Mme Larouche. « Toute fiction a un point de vue moral » dit-il, et j’applaudis! Par contre, il a tort quand il affirme: « L’auteur de fiction a le devoir de dire la vérité. » La vérité et la morale, de toute façon, font rarement très bon ménage… à moins qu’on croit qu’il n’y a qu’une morale acceptable. Les premiers propos de Marc Zaffran laissent croire, au contraire, que c’est justement parce que la morale est mouvante et multiple qu’un auteur ne peut se dissocier du contenu de son oeuvre sous prétexte que ce n’est que de la fiction. Que Trauma, comme d’autres émissions avant elles, ait un impact sur l’image que les gens ont du milieu de [...]
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