D'une certaine façon, la modernité nous rapproche de l'homme des cavernes.

Prenons le couple. On s'imagine avoir évolué en tant que société. Parce que l'émancipation des femmes. Parce que des amants peuvent divorcer sans que cela ne devienne une affaire d'État. Parce que des parents peuvent choisir d'avoir (ou pas) des enfants sans qu'aucun curé d'aucun village ne vienne les accuser d'empêcher la famille.

Parce qu'au cours du dernier demi-siècle, on s'est débarrassé d'un million de carcans sociaux, on se pense moderne. La société moderne… c'est bien ainsi qu'on l'appelle, non?

Soyons honnêtes et disons plutôt qu'on régresse dans le bon sens du terme. Nous sommes à l'ère de la régression tranquille.

Plus on s'affranchit des diktats qui régissaient jusqu'à récemment l'existence humaine, plus on renoue avec les anciennes habitudes des hommes primitifs.

Du côté conjugal, on se laisse guider par nos instincts. Aujourd'hui, un gai n'a plus besoin de ravaler ses désirs. Des jeunes aux hormones dans le tapis ne laisseront pas passer une occasion de one-night. Un vieux peut s'accoupler avec une jeune. On a des relations interraciales. On baise avant le mariage.

"Nous réduisons en charpie les traditions qui ont émergé pendant la révolution agricole et retournons aux modèles sexuels et romantiques qui ont évolué sur les plaines d'Afrique il y a des millions d'années", écrit la professeure en anthropologie Helen Fisher dans une récente édition du magazine The Futurist.

En effet, on sait maintenant que nos lointains grands-parents n'étaient pas des brutes épaisses.

Ils nous ressemblaient beaucoup plus qu'on ne pourrait le croire. Par exemple, le mariage arrangé n'ayant pas encore été inventé, les partenaires se choisissaient en toute liberté. Tout comme aujourd'hui. Et lorsqu'ils n'étaient plus heureux ensemble, les couples se séparaient. Tout comme aujourd'hui.

Certains anthropologues croient qu'il y a un million d'années, nos ancêtres comptaient deux ou trois relations conjugales significatives au cours de leur vie. Le couple qui dure n'était pas non plus la norme au temps des cavernes.

"Par contre, la plus profonde tendance vers le retour en arrière, souligne Helen Fisher, c'est l'essor de ce que les sociologues nomment le compagnonnage, ou le mariage entre égaux."

Celle qui a étudié les origines biologiques de l'amour rappelle que les familles patriarcales sont une invention des sociétés agraires: l'homme était alors chef de famille et pourvoyeur unique, alors que la femme lui était totalement soumise.

En revanche, dans les tribus de chasseurs-cueilleurs, les femmes rapportaient au campement entre 60 % et 80 % du souper. Elles travaillaient à l'extérieur du foyer. Les familles à double revenu étaient courantes. Du coup, les femmes partageaient avec les hommes le pouvoir économique, sexuel et social.

"Aujourd'hui, écrit la professeure, nous retournons à ce mode de vie, laissant dans la "corbeille de l'Histoire" la famille patriarcale traditionnelle."

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À la lueur de tout ceci, je suis tenté de tirer quelques conclusions, étant donné que c'est tout de même ce pour quoi on me paie.

J'en conclus donc qu'en l'absence de contraintes extérieures, l'humain retourne à ses racines.

C'est ce que nous enseigne l'histoire du couple. Une fois libre comme l'air, l'Homme se comporte en Cro-Magnon. À la différence qu'on préfère aujourd'hui communiquer par téléphone cellulaire plutôt que par gourdin. Pour le reste, c'est pareil.

Mais revenons à la liberté. Pour une société, la liberté en tant que valeur cardinale est considérée comme un signe de modernité, du moins sous nos latitudes. On pourrait aussi y voir un paisible retour à la case départ.

On a testé au cours de l'Histoire un paquet d'idées pour organiser les sociétés. Or, toutes celles qui ne fonctionnaient que grâce au contrôle des Hommes, toutes celles qui ont forcé les peuples à ne croire qu'en un seul Dieu ou à se fondre dans un moule ont frappé un mur.

Car la bête humaine est indomptable. Chassez le naturel, il revient au galop.

Les dictatures finissent tôt ou tard par imploser, comme ce fut le cas pour l'Union soviétique, comme ce sera le cas pour la Chine socialiste. "La modernisation sans démocratie est une farce", écrivait d'ailleurs, au sujet de la Chine, la philosophe Thérèse Delpech (Magazine Philosophie, janvier 2011).

Parmi toutes les idées qu'on a testées au cours des 10 000 dernières années, la société démocratique est probablement celle qui consent à ses citoyens le plus de libertés individuelles.

Or, si la démocratie a réussi une chose, c'est peut-être celle-ci: mieux que n'importe quel autre système, elle permet à notre homme des cavernes intérieur de s'épanouir.

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+ Ajouter le vôtre Commentaires 2

  • 23 janvier 2011 · 00h26 Maxime Bedard

    Habituellement, j’aime bien lire vos articles et les commentaires qui y sont reliés, mais je dois dire que ce dernier est désolant. Plusieurs généralisation, plein de raccourcis et de multiples anachronismes dans votre analyse. Dommage, mais continuez votre bon travail. Votre cachet sera plus mérité la semaine prochaine, espérons le.

  • 23 janvier 2011 · 20h14 Steve Proulx

    M. Bébard.

    Évidemment, certains sujets peuvent moins vous toucher que d’autres. C’est parfait. Cela dit, vous déplorez « plusieurs » choses qui se trouveraient dans ce texte « désolant ».

    J’aurais aimé avoir un peu plus de détails. Dans l’état actuel, votre critique comporte beaucoup trop de généralisations et de raccourcis pour être prise au sérieux. Désolé.

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