Photo: KINADChéri s'est mis en tête il y a quelques mois de se remettre à une activité qu'il pratiquait avec son paternel: la chasse. Un sport que j'ai en horreur. Pas que j'en aie contre ses adeptes, mais jamais je n'arriverai à pointer une arme à feu en direction d'un animal. Capiche? Sans l'encourager toutefois, j'ai dû signer les formulaires de possession d'armes à feu en tant que conjointe avertie. Mais mon adhésion s'arrête là.

J'entends soupirer ma cousine du nord de l'Ontario qui aimerait bien me voir un jour revêtir avec elle l'uniforme bariolé, le dossard orange et la botte de caoutchouc – et attendre docilement qu'un petit gibier se pointe. Pas de mon vivant! Mais mirer un pigeon qui prend l'allure d'un plateau de terre cuite projeté en l'air? Peut-être bien.

Arcade de luxe

C'est ce que je fis le temps d'un petit week-end dans la région natale de Chéri. Profitant aussi des commodités du Château Montebello, le Fairmont Kenauk (diminutif du mot algonquin mukekenauk qui signifie tortue) est une réserve naturelle privée de 265 km2. Depuis le joli village-relais de Montebello, huit kilomètres nous séparent de l'impressionnant domaine. Au chalet d'accueil, on nous remet la clé de notre chalet des Pins et on nous indique sur la carte l'endroit où se trouvent les postes de tir. Trois vacanciers – un père, son fils et son beau-fils – sont à terminer leur circuit, pendant que leurs femmes se prélassent au spa du Château. Le premier me regarde, pince-sans-rire. "Nerveuse?" Pfff, à peine. La vérité: je n'ai pas trop envie de me démanteler l'épaule et je compte sur le guide Bill Nowell pour y voir!

Dix postes de tir de différents niveaux de difficulté permettent de s'exercer aux techniques de chasse au petit gibier (ou de s'amuser dans une arcade de luxe en plein air, comme moi) et d'épuiser 50 cartouches. Après une courte initiation où Bill me montre précisément comment positionner le fusil (dans le creux de l'épaule; la joue collée contre l'arme; le haut du corps figé), je peux enfin tirer mon premier coup. Je mets quelques secondes à placer fermement le fusil de calibre 12, l'oil sur le viseur. "Pull!" Le signal est donné à Bill qui actionne le lanceur. J'aperçois la petite plaquette orange voler devant moi et tire.

Le fusil me bouscule rudement, un bruit strident file dans l'air… le coup est parti. Je me fige, me retourne vers mes deux spectateurs avant d'esquisser un sourire. Whoa, quelle titanesque bébelle! Encore? Je recommence, manque mes cibles, mais suis galvanisée par cette "première fois". Chéri rigole devant mon babillage, prend le relais avec son calibre 20 et performe nettement mieux que moi. Un vrai pro. On épuise ainsi nos cartouches, six à la fois, en alternance. J'échoue lamentablement. Bill essaie de corriger ma position – l'épaisseur de mon manteau me nuit, selon lui -, et puis j'atteins enfin ma cible. Éclats orangés dans le ciel. De la fumée s'échappe du fusil, une odeur forte me prend aux narines. Je pourrais presque entendre la musique du Far West!

En tout et pour tout, j'aurai atteint six fois les faux pigeons. Au final: je ne suis pas ce qu'on pourrait qualifier de "tireuse naturelle".

Pour conclure, on ira s'amuser aux postes de tir Springing Teal (les cibles arrivent de biais) et Mallard Convention (d'en haut). Dans les deux cas, deux projectiles sont lancés différemment: l'un à la suite de l'autre, à la queue leu leu et simultanément. Dans ce dernier cas, il s'agit de tirer deux coups précipitamment! Énervant. Les doigts et pieds gelés, on arrive à nos dernières cartouches. Il est temps d'aller se mettre au chaud.

Tout feu tout confort

Les chalets à une chambre étant tous occupés, on nous a offert une maison pouvant héberger une armée! Dès l'entrée, la cuisine impressionne: deux gros frigos, un four à gaz, un îlot en acier, la vaisselle est fournie, ainsi que la machine à laver! La pièce centrale avec salle à manger, salon et cheminée est spectaculaire et inspire chaleur et confort. Un petit arrêt plus tôt à l'épicerie du village nous a permis de faire des provisions pour un formidable repas. La note sucrée au dessert, je la dois à Chocomotive, la chocolaterie du village tout récemment convertie en économusée. Un délice! Au petit matin, la vue sur la petite rivière qui coule et le calme plat nous incitent à prolonger le séjour, mais le boulot nous rappelle déjà à la ville. Dernier repas au chalet avant de rentrer, penauds… toujours les mêmes, certaines inhibitions en moins.

Album souvenir /

- Fait cocasse: en plus de la détonation qui rend les bouchons d'oreilles indispensables, Bill nous informe d'un autre effet secondaire. L'odeur de nitroglycérine que dégagent les fusils après les coups peut entraîner un effet de nervosité sur l'humain. Un symptôme que le guide ressent au terme d'une journée particulièrement achalandée!

- Les chalets du domaine Kenauk sont entièrement alimentés par énergie solaire, avec lumières au propane au plafond, minuteries aux interrupteurs… Une cohérence appréciable pour un tel logis en pleine nature.

Adresses /

Fairmont Kenauk au Château Montebello: 1000, chemin Kenauk, Montebello, 1 800 567-6845, www.fairmont.com/kenauk

Chocomotive: 502, rue Notre-Dame, route 148, Montebello, www.chocomotive.ca

Tourisme Outaouais: www.tourismeoutaouais.com

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