Mardi dernier, mes confrères du Journal de Montréal Cédric Bélanger et Maxime Demers publiaient un dossier sur les difficultés au box-office du cinéma québécois. On pouvait notamment y lire les propos de Guy Gagnon, président d’Alliance Vivafilm de 1997 à 2008, et de Vincent Guzzo, président de l’Association des propriétaires de cinémas du Québec. Au dire du premier, il faudrait faire plus de comédies et selon le second, moins de films artistiques «lamentards». En résumé, il faudrait produire plus de films pour «mangeux» de popcorn, toujours selon monsieur Guzzo.

Va-t-il donc falloir que Bernard Émond se tourne vers le burlesque, que Rafaël Ouellet prenne en main la franchise Nitro et que Podz ajoute du rose dans sa palette? De grâce, épargnez-nous ça! Au bout du fil, Pascale Dubé, directrice exécutive de Cinéac, me rassure: «Dans ces propos, on spéculait sur ce que les gens veulent voir; alors est-ce que ça implique des comédies? Pas nécessairement puisque Incendies de Denis Villeneuve, film soi-disant ”lamentard“, a très bien marché au box-office, de même que Monsieur Lazhar de Philippe Falardeau.»

«Là, on a connu un petit problème de perception, poursuit-elle, comme en 2005 lorsque les parts de marché ont été très élevées. On pensait qu’on avait une recette pour aller aux Oscars chaque année; on a donc décidé d’aller vers ça pour donner de la visibilité à notre cinéma. Cela dit, il ne faut pas oublier que 2012 est une année atypique, comme 2005 l’était, donc il ne faut pas tout baser là-dessus.»

Serions-nous en train de sonner l’alarme trop tôt? «Il y a une inquiétude de la part des exploitants de salles et des distributeurs. Le milieu change énormément et l’industrie est en mutation très rapide; on a un tout petit marché, et nécessairement, cela a un gros impact quand vient le temps de parler de box-office. Et lorsque l’offre est moins grand public, c’est certain que le box-office va s’en ressentir.»

Ainsi, en 2005, l’année de C.R.A.Z.Y. de Jean-Marc Vallée et Aurore de Luc Dionne, lesquels ont dépassé chacun six millions de dollars au box-office, le cinéma québécois occupait 18,2% du marché. En 2012, celui-ci atteint à peine 5,5% et Omertà de Luc Dionne demeure le grand succès de l’année avec 2,8M$ – succès relatif lorsqu’on pense qu’il a bénéficié d’une sortie dans 98 salles…

En revanche, Camion de Rafaël Ouellet et Rebelle de Kim Nguyen, sortis sur quatre écrans lors de leur premier week-end, sont parvenus à faire plus de 125 000$. Pas si mal pour des films «lamentards»! «En effet, il y a un public pour ces films-là, mais si on inonde ce public avec 10 ou 15 titres du même genre, au prix du billet, il n’ira pas tous les voir. Pour qu’un titre québécois fonctionne bien, il faut qu’il fonctionne bien en région; c’est le cas de Camion

Ésimésac de Luc Picard, chaleureusement accueilli la semaine dernière à la 16e édition du Cinéma du Québec à Paris, et Les pee-wee 3D d’Éric Tessier sauveront-ils la mise? Rien n’est moins sûr… «On sait que le public se désintéresse tranquillement du 3D. Le momentum n’est vraiment pas pour le cinéma québécois; en fin d’année, ce que les gens attendent surtout, c’est le dernier Tarantino, The Hobbit, Les misérables…»

Mais alors que faire pour sauver notre cinéma? «C’est une question industrielle: il y a des questions à se poser sur toute la chaîne, pas simplement au niveau de la production ou de la distribution, mais également de la mise en marché ou même de la sortie en salle», conclut Pascale Dubé. Espérons qu’à la suite de ces réflexions, l’on ne force pas les cinéastes à formater leurs œuvres en fonction des risibles fantasmes cinématographiques de messieurs Gagnon et Guzzo.

Coup de cœur: Avant d’aller sous presse, j’ai appris que Chef de meute, court métrage hilarant de Chloé Robichaud mettant en vedette l’irrésistiblement drôle Ève Duranceau, allait précéder Le prénom d’Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte (voir critique dans nos pages) dans 25 salles à travers le Québec. Une belle initiative de la part des Films Séville! Parlant de courts métrages, le Centre Phi et Prends ça court! en présenteront une douzaine le mardi 20 novembre à 19h. Courez-y! Info: phi-centre.com.

Haut-le-cœur: Alors que le Festival de films francophones Cinemania vient de se terminer et que les RIDM se poursuivent jusqu’au dimanche 18 novembre, le Festival de cinéma LGBT image + nation célébrera ses 25 ans du 22 novembre au 2 décembre. La même semaine, pas moins d’une douzaine de films prendront l’affiche… Trop, c’est comme pas assez.

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  • 16 novembre 2012 · 07h57 andré martin

    Personnellement, la bande-annonce de DUMONT ne me donne pas envie d’aller le voir. Il m’était arrivé la même chose avec POLYTHECHNIQUE: une réalisation lourde, appuyée, le regard hanté du craquepote, sur fond musical Moby, etc… Même aversion épidermique, sensitive, auditive avec DUMONT.
    On devrait trouver des cinéastes moins affectés par l’usine à saucisses « gros pathos » à la Fabienne Larouche, ou tout est souligné, expliqué, hurlé, formaté.
    Nos cinéastes, jeunes et plus vieux — et producteurs également,devraient retourner en arrière et apprendre comment des Krzysztof Kieślowski (Les 10 commandements, Trois Couleurs) et Tarkovsky (The Sacrifice) travaillaient, ou comment s’y prennent maintenant les frères Cohen, Anderson, Nicolas Winding Refn (Drive) etc…
    On a déjà assez à subir les téléromans à la télé, on a pas besoin de se les taper sur un écran de cinéma, il me semble.

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