Je m’amuse parfois à reprocher à mes parents à quel point ils ont été délinquants dans leur façon de m’élever, prenant pour exemple qu’ils m’ont laissée voir The Birds d’Alfred Hitchcock à cinq ans, alors que ma mère elle-même ne pouvait plus apercevoir l’ombre d’un oiseau sans frémir après avoir vu ce film, et 2001: A Space Odyssey de Stanley Kubrick à six ans. Vous imaginez mon trouble à la vue de ces hommes-singes, de cette stèle noire poussant dans le désert et de ce fœtus cosmique? Et toutes les discussions avec mes parents les jours suivants?

Vous devez vous demander pourquoi je vous ressasse ces souvenirs cinématographiques d’enfance. Laissez-moi d’abord poursuivre dans les confessions avant de vous répondre. N’ayant pas d’enfants, il m’arrive d’emprunter ceux de mes sœurs afin de les emmener au cinéma. Rassurez-vous, je me contente pour l’instant de films destinés à un public de tous âges afin que leurs parents n’aient pas à les rassurer la nuit…

Après la projection, je me fais un devoir de leur demander ce qu’ils ont pensé du film, ce qu’ils ont aimé ou détesté et, surtout, pourquoi. Pour les faire rigoler, je leur demande aussi d’attribuer des étoiles au film. Quelle ne fut pas d’ailleurs mon heureuse surprise de découvrir que mes deux Twihards de nièces avaient trouvé médiocre le dernier volet de Twilight… qu’elles sont allées voir sans moi.

J’ignore ce que le futur réserve à «mes» petits, mais j’ose espérer qu’ils continueront à développer leur esprit critique, leur curiosité, leur envie de découvrir différents univers cinématographiques. Ah! Vous me voyez venir avec mes gros sabots! Eh oui, j’ai encore en travers de la gorge les propos de Vincent Guzzo qui, lors de son passage chez Denis Lévesque, demandait aux cinéastes québécois de «faire des films qu’on aime voir».

Et si l’on enjoignait plutôt aux parents et aux écoles d’encourager les jeunes à découvrir et à apprécier ces films que monsieur Guzzo qualifie de «lamentards» afin de sauver notre cinéma? Vous croyez que je rêve en couleurs? Si c’est le cas, je ne suis pas la seule puisque depuis 2009, Martin Bilodeau et Olivier Lefébure de l’agence de presse Mediafilm, en collaboration avec Mario Fortin du Cinéma Beaubien, proposent aux élèves des écoles montréalaises du cinéma québécois de qualité.

Ainsi, grâce au programme CinÉcole, plus de 600 jeunes ont notamment vu Monsieur Lazhar en présence de Philippe Falardeau et d’Evelyne de la Chenelière. Dernièrement, plus de 400 cinéphiles en devenir ont découvert Rebelle de Kim Nguyen en compagnie de Pierre Magny, premier assistant du film. Chaque projection est suivie d’une période de questions au cours de laquelle les jeunes font montre d’une belle pertinence. Vous me croyez sans doute naïve, mais quand je pense à ce projet, je me dis que l’avenir du cinéma québécois est moins sombre que certains veulent bien nous le faire croire.

Coup de cœur: Jusqu’au 2 décembre, la Cinémathèque québécoise présente les 11es Sommets du cinéma d’animation de Montréal. Parmi les activités à ne pas manquer, j’attire votre attention sur la leçon de cinéma du cinéaste français Franck Dion (29 nov., 14h), dont vous pourrez découvrir l’émouvant et cruel Edmond était un âne dans le programme de Compétition internationale 1 (29 nov., 19h; 30 nov., 17h). Se retrouvent aussi, dans Panorama Québec + Canada, le chef-d’œuvre inspiré d’une chanson de Félix Leclerc de Martine Chartrand, MacPherson (29 nov., 17h; 2 déc., 19h), et dans Compétition internationale 2, Kali le petit vampire de Régine Pessoa, dont les expressives et fluides images sont portées par la voix de Christopher Plummer (30 nov., 19h; 1er déc., 15h). Pour la programmation complète: cinematheque.qc.ca.

Haut-le-cœur: «Fuck you, Hollywood!»: ce n’est pas moi qui l’ai dit, mais le réalisateur Larry Clark lors d’une conférence de presse au Festival du film de Rome, où son dernier film Marfa Girl a remporté le Grand Prix. Ainsi, prétextant que tout le monde est scotché à son écran d’ordinateur ou de téléphone intelligent pour y regarder des films et des séries télé et que les ados draguent sur le Web, Clark a décidé de rejoindre le jeune public en diffusant exclusivement sur son site Internet Marfa Girl pour la somme de 5,99$. Campé à Marfa, Texas, ce drame de mœurs qui met en scène une bande de jeunes en rut et d’adultes paumés possède à peine plus de contenu qu’un film porno. Si l’idée de rejoindre ainsi son public n’est pas bête du tout, on ne peut saluer la qualité de cette curiosité où Clark semble se parodier paresseusement.

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