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Malgré les petits coups de klaxon lancés en passant devant la ligne de piquetage, boulevard René-Lévesque à Montréal, peu de gens appuient réellement les quelque 1200 journalistes, animateurs et recherchistes de Radio-Canada sans travail depuis plus d’un mois.

Les négociations avancent à pas de tortue, leur déroulement demeure secret, et les syndiqués doivent se taire. Pas très transparente, cette façon de faire, de la part d’un organisme public… Mais les gens ont d’autres chats à fouetter. Peu importe l’avenir de la télé et de la radio publiques payées à même leurs taxes. Même les cotes d’écoute ont à peine chuté. Les dirigeants de la Société d’État doivent bien rire: "Ça vous apprendra de vouloir lancer des moyens de pression avant l’été et à la fin des BBM. Bon piquetage, on se reparle en septembre."

J’entends déjà des protestations pour justifier le manque d’intérêt: "Ils se plaignent le ventre plein, les journalistes." C’est déplorable. Parce que cela démontre une mauvaise perception de ces travailleurs que vous pensez, à tort, privilégiés. (Tous les journalistes ne sont pas des vedettes grassement payées et traitées.) Mais surtout, parce que cela témoigne d’une indifférence générale par rapport aux questions touchant à la pratique du journalisme, donc à la liberté de presse.

Depuis le début du lock-out, n’importe quel sujet éclipse le conflit à Radio-Canada dans les manchettes: le lancement du nouveau disque de Céline; les frasques de René; la démission de Charles Dutoit; les séries éliminatoires du hockey; les records de chaleur… Des divas et des jeux, en gros. Sommes-nous, collectivement, blasés à ce point?

On est bien loin des mouvements de masse lors de la grève des réalisateurs de Radio-Canada en 1959. À l’époque, le public se rassemblait en grand nombre au Théâtre Orpheum, rue Sainte-Catherine, pour entendre les René Lévesque, Jean Duceppe, Jean-Louis Roux et Gisèle Schmidt appuyer les grévistes.

Aujourd’hui, sauf le président de l’UDA, Pierre Curzi (solidarité syndicale oblige), peu d’artistes – même les plus grandes gueules – ont osé se prononcer publiquement sur le conflit. Par contre, certains ont déploré le fait qu’il y ait présentement moins d’émissions pour ploguer leurs shows! C’est d’une tristesse.

Je vous entends me traiter de nostalgique de la Révolution tranquille, et me dire que le Québec a bien changé. Eh oui! Mais pas nécessairement pour le mieux. Du moins, en ce qui concerne le monde des communications.

Avec l’équité salariale entre les hommes et les femmes, l’un des enjeux principaux de ce conflit est la précarité d’emploi. Depuis la fin des années 80, les dirigeants de nombreuses entreprises de presse travaillent, en très grande partie, avec des pigistes, des contractuels et autres travailleurs au statut précaire.

En gros, cela signifie que les gens qui décident du contenu des émissions de télé, des émissions de radio et des journaux peuvent être remplacés, congédiés ou réprimandés n’importe quand, n’importe comment, et sans appel. Sans parler de leur traitement.

Ajoutez à la précarité le phénomène de la concentration de la presse, l’augmentation de la publicité, ou encore toutes ces formes de promotion qui se déguisent en shows de variétés ou d’information (la campagne médiatique entourant le disque de Céline en constitue un bon exemple), et vous verrez qu’on n’a pas besoin d’être parano pour craindre le pire quant à l’avenir de la pratique d’un journalisme indépendant des intérêts mercantiles.

Sans tomber dans les théories alarmistes de Noam Chomsky sur le consensus médiatique ou dans le Péladeau-bashing, il y a de quoi s’inquiéter en envisageant les conditions futures des travailleurs de l’information. La qualité du contenu des émissions et des publications offertes à la population risque de s’appauvrir davantage.

En résistant à leurs patrons, les "lock-outés" défendent leurs intérêts, mais ils revendiquent aussi une vision du journalisme que tous les artisans du métier devraient soutenir. Une vision selon laquelle les créateurs de contenu ont droit au même respect que les gestionnaires de l’information.

En refusant d’être solidaires, les Québécois se trahissent un peu eux-mêmes. Car ils ne se privent pas seulement de Bazzo, de Bureau et d’Homier-Roy, mais, à long terme, ils risquent de saborder une télévision et une radio de qualité (qui ont déjà subi coupures et licenciements en masse ces dernières années), fabriquées par des hommes et des femmes qui désirent que leur travail soit pris au sérieux.

Le journalisme, ce quatrième pouvoir, s’est longtemps estimé le reflet des préoccupations d’une société démocratique. Son visage, sa pensée et sa voix. Or, l’image que les médias projettent à l’heure actuelle est celle d’une société intellectuellement déficiente, qui a remplacé les sermons des curés par les pitreries de Céline.

Une société qui a vendu son âme.

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