Au départ, on croirait presque plus un canular qu'une proposition sérieuse: que se passerait-il si on demandait à une demi-douzaine d'écrivains – François Barcelo, Éric Dupont, Serge Lamothe, Catherine Mavrikakis, Hélène Monette et Larry Tremblay par exemple – de collaborer avec des architectes?

C'est l'audacieuse question que lance la galerie d'architecture Monopoli.

À quoi ressemble une galerie d'architecture? Imaginez un espace à mi-chemin entre le laboratoire et la salle d'exposition, où les architectes peuvent (une fois n'est pas coutume) sortir du cadastre, et se concentrer sur la réflexion et la création. Le genre de lieu, en somme, où Léonard de Vinci aurait pu exposer ses idées les plus déjantées.

Ça existe, ça? Oui! C'est rarissime, sinon unique, et ça loge dans une ancienne caserne de pompiers, à l'orée du Vieux-Montréal.

Or, les fondateurs de Monopoli – en particulier sa directrice Sophie Gironnay – n'aiment pas seulement l'architecture: ce sont aussi des lecteurs voraces, et ils ont très rapidement envisagé une collaboration inédite entre des écrivains et des architectes.

Ainsi sont nées les Archi-Fictions de Montréal, un événement qui tient à la fois de l'exposition, du recueil collectif et du spectacle littéraire. La première édition (tenue en 2006) s'articulait autour du très calvinien thème "Villes invisibles", tandis que la seconde édition (fraîchement inaugurée) traite des "Frontières émouvantes".

Alors, comment ça se passe entre les écrivains et les architectes?

Sacrée bonne question.

À première vue, on pourrait croire que la collaboration va s'installer toute seule, spontanément. Après tout, il existe un vaste terrain d'entente entre les deux disciplines: le recours à la métaphore, outil primordial en littérature et technique omniprésente en architecture.

La pratique est néanmoins plus compliquée. Comme l'architecte Philippe Lupien le souligne en préface du catalogue, partager un vocabulaire commun ne suffit pas pour parler le même langage. Il arrive en effet que la culture propre à chaque discipline gêne un peu la conversation.

Tout d'abord, les écrivains sont pires que solitaires: ils sont indépendants – un peu Corses sur les bords, aurait sans doute dit Goscinny. Habitués à ne devoir de compte à personne, ils résistent souvent aux influences extérieures, même dans le cadre d'une expérience à laquelle ils ont consenti.

Les architectes, quant à eux, sont dans une situation contraire: rompus au travail d'équipe, ils passent leur temps à négocier avec les ingénieurs, à déléguer les tâches, à interpréter les demandes fluctuantes du client. Ce sont des professionnels de l'adaptation.

Vu sous cet angle, le dialogue semble soudain moins évident, plutôt unidirectionnel, et possiblement voué à la catastrophe.

Et à quoi ressemble le résultat? Non-lieu ou duo fusionnel?

Ni l'un ni l'autre: il s'agit plutôt d'une rencontre entre un martien et un ornithorynque (je vous laisse le soin de faire les associations qui vous plaisent).

Parfois, les deux larrons se comprennent très vite, dialoguent sans problème, et le résultat a des airs de connivence qui ne trompent pas.

Dans la plupart des cas, en revanche, l'écrivain se campe un peu plus solidement sur ses positions, et il se produit alors une drôle de chose: l'architecte – plus libre qu'à son habitude – ne s'adapte pas à l'écrivain comme il s'adapterait à un client.

Au contraire, il étudie le texte de son vis-à-vis et, plutôt que de docilement l'illustrer, le documenter ou le commenter, lui appose une ouvre dotée de sa personnalité propre, souvent plus facile à photographier qu'à décrire. Le résultat est donc fidèle au texte de départ, mais cherche en même temps à se distinguer vigoureusement du médium littéraire.

Dialogue de sourds? Non: plutôt deux propos qui orbitent l'un autour de l'autre, autonomes mais indissociables, et qui se complètent étonnamment bien. On ne sait pas si ça dialogue, mais ça communique!

Il en résulte des interstices très équivoques (Jean-Pierre Chupin), un échiquier arctique (Michel Langevin), des montagnes emboîtables (Éric Gauthier), une baleine toute en courbes de niveaux (Richard de la Riva), une étrange longue-vue (Anick LaBissonnière) et une maquette magnifiquement synthétique des environs de Sept-Îles (Marc Pape).

Une visite à la Galerie Monopoli vous permettra non seulement de découvrir ces architectes, mais surtout d'écouter une admirable bande sonore: les textes des auteurs participants, rendus par une impressionnante cohorte de comédiens.

Pour trouver son chemin, il suffit de consulter le site Web.

www.galeriemonopoli.com

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+ Ajouter le vôtre Commentaires 1

  • 7 novembre 2008 · 22h42 Claude Perrier

    On peut toujours compter sur vous, étonnant Monsieur Dickner, pour nous arriver avec les histoires les plus invraisemblables.

    Cette fois non seulement ne fait pas exception mais, en plus, comme l’équipage de Star Trek, le sujet « goes where no man has gone before »… Mais, pourquoi? Pourquoi des architectes et des écrivains dans une caserne? Pour créer de l’art pompier?

    Et la mention de cette rencontre entre un extraterrestre et un mammifère ovipare semi-aquatique, à bec corné, à longue queue plate, aux pattes palmées, qui vit en Australie et en Tasmanie (où allez-vous donc toujours les chercher, vos curieux figurants…), cette mention dis-je a-t-elle pour but d’éclairer un propos déjà pesamment obscur?

    Si tel est le cas, vous n’auriez pas pu trouver un exemple un peu plus évident?

    Mais, toute cette affaire s’explique possiblement en paraphrasant Blaise Pascal, à savoir que: l’Art aurait ses raisons que la raison ne connaît point.

    Alors, mystère – et ne cherchons pas à comprendre ce qui n’a jamais eu pour but d’être compris.

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