L'automne vous donne les jetons?

Mettez un peu de jaune et de rouge dans vos blues. Et je ne parle pas d'une balade en forêt.

Les 11 et 12 septembre aura lieu à la Place Bonaventure le Comiccon Montréal, foire annuelle consacrée aux comic books, à la SF, à l'horreur, aux superhéros de tout poil et autres vilains.

Au programme: un concours de costumes moulants, des matchs de lutte entre Batman et Spiderman, une conférence de Barbara Canepa, cofondatrice du célèbre magazine W.I.T.C.H., mais aussi la possibilité de serrer la patte de Peter Mayhew (Chewbacca dans Star Wars) ou de se faire photographier au volant de la DeLorean de Retour vers le futur. La vraie de vraie, oui.

Comiccon, une contraction de "comic books convention" – donc littéralement "congrès de comic books" -, rassemble chaque année depuis quatre ans les fans de superhéros, gamins de 7 à 77 ans dont la vie serait impensable sans Wonder Woman et Wolverine. Une grand-messe geek à la popularité exponentielle, comme me l'indiquait récemment Oscar Yazedjian, l'un des organisateurs: "Notre première édition a attiré environ 1000 personnes. Quatre ans plus tard, en se fiant aux entrées des deux dernières années, on en attend près de 10 000!"

Ce fana, qui collectionne les BD depuis tout petit, a eu l'idée de fonder Comiccon Montréal après avoir goûté à la folie du Comiccon de San Diego, il y a quelques années. "Là-bas, c'est 250 000 personnes qui se réunissent pour partager leur passion! En fait, Comiccon San Diego est le plus gros congrès en Amérique du Nord, tous domaines confondus…"

Les super ont la cote, il faut dire, comme en témoignent les succès des adaptations pour le septième art des Spiderman, X-Men et autres Batman.

Simple buzz?

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En 2008, on fêtait les 70 ans de Superman. À cette occasion, plusieurs ont étudié la carrière de l'inoxydable personnage et établi des parallèles entre sa trajectoire et celle de la société en général.

Parmi eux, Mikaël Demets, qui publiait sur le site Evene.fr un texte passionnant, dans lequel il rappelle que le superhéros apparaît à la sortie de la Grande Dépression, alors qu'on assiste en Europe à la montée du fascisme, à une période où la population américaine a grand besoin de croire en un avenir meilleur.

Demets rappelle que dès les premiers épisodes de Superman, publié à compter de juin 1938 dans le magazine Action Comics, le scénariste Jerry Siegel et le dessinateur Joe Shuster font du superhéros le défenseur de la veuve et l'orphelin. Superman vient par exemple en aide à des mineurs travaillant dans des conditions effroyables, forçant leur patron à mieux les traiter.

Peu à peu, le héros venu de la planète Krypton met ses pouvoirs au service de l'humanité entière, de plus en plus sensible aux tensions politiques mondiales. On le verra se mêler de conflits armés, anéantissant d'un coup de poing un bombardier ou un porte-avions.

Fait historique: Superman va bientôt participer à l'effort de guerre américain, ni plus ni moins. Quand les États-Unis entrent en guerre, en 1941, l'armée américaine devient le plus gros acheteur de comics de l'époque, son état-major étant convaincu que leur lecture aide au moral des troupes. La Marine va jusqu'à inclure des épisodes de Superman dans la liste des fournitures obligatoires!

L'écrivain Umberto Eco s'est lui aussi intéressé au phénomène. Dans De Superman au Surhomme (1), il veut cerner ce à quoi répond, chez l'individu, la fascination pour ces êtres plus grands que nature: "[...] le héros positif doit incarner, au-delà du concevable, les exigences de puissance que le citoyen commun nourrit sans pouvoir les satisfaire."

Reconnaissant le génie des créateurs de Superman, dont le double civil, Clark Kent, est un homme gauche et complexé, Umberto Eco écrit encore: "Par un évident processus d'identification, n'importe quel petit employé de n'importe quelle ville d'Amérique nourrit le secret espoir de voir fleurir un jour, sur les dépouilles de sa personnalité, un surhomme capable de racheter ses années de médiocrité."

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Dans un monde en quête de nouveaux repères, polarisé comme jamais le monde ne l'a été depuis la guerre froide; dans un monde où l'individu a souvent l'impression de ne pas avoir son mot à dire sur les grands mouvements mondiaux, est-il bien étonnant de voir triompher, en librairie, à la télé ou au box-office, des êtres mieux que nous, qui balaient les difficultés du revers de la main?

Au fait, vous savez ce que veut dire en hébreu "Kal-El", le nom kryptonien de Superman?

"Semblable à Dieu".

1. De Superman au Surhomme, d'Umberto Eco. Éd. Grasset, 1993.

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