En Espagne, on mange un raisin à chacun des 12 coups de minuit. En Russie, on ouvre les portes et les fenêtres pour faire entrer la nouvelle année. À New York, on se frenche à pleine bouche sur Times Square. Et au Québec, il faut l’admettre : on est losers un peu. On attend le décompte évaché sur le divan devant le Bye Bye diffusé en «faux direct» à la télé.

Ce qui est dommage avec cette tradition-là, c’est qu’on se sert du véhicule pour parler uniquement de culture télé en omettant de traiter de ce qui nous définit comme peuple au-delà du sport et de la politique. La culture ne reçoit que peu de temps d’antenne et la musique québécoise de qualité y échappe, par la force des choses. Sauf qu’il faut bien l’admettre : il y a plus de matière à parodie avec Céline et Brigitte Boisjoli qu’avec les Sœurs Boulay ou Klô Pelgag.

Reste que 2013 a été une année faste pour la musique. Surtout dans la Vieille Capitale.

On pense d’abord à Karim Ouellet, première pop star basée à Québec de toute l’histoire de l’industrie post-Alys Robi. Un succès retentissant parce que les radios commerciales ont embarqué.

Puis, côté critiques, c’est Keith Kouna qui a volé le show. De son album Du plaisir et des bombes, tous retiendront Batiscan, une pièce tire-larmes définitivement intronisable au panthéon (imaginaire) de la chanson québécoise.

Au rayon du rock, Ponctuation sort en mars un album entièrement enregistré sur bande magnétique. S’en suivra un succès enviable sur la scène underground, leur méritant une invitation au très couru happening musical que constitue Osheaga. Chez nous, et toujours en ce qui a trait aux festivals estivaux, il faut souligner l’effort du FEQ, qui a fait une place de choix aux artistes locaux à même sa programmation. Comme un baume sur la plaie vive des organisateurs du Festival OFF qui soufflait cette année ses 10 bougies.

2013, c’était aussi l’émergence de The Seasons, avec leur EP Velvet qui a constitué une carte de visite pour convaincre Universal de leur offrir un contrat de disque. Il y a aussi eu Odile DuPont, rare fille sur la scène indie de Québec, qui nous a charmés avec son premier album (double!) regroupant ses chansons poétiques tragicomiques. Finalement, à la fin de l’année, Dragos est arrivé comme un cheveu sur la soupe avec l’un des albums électro les mieux produits de toute l’histoire du genre à Quoibec.

Et, dans un autre registre, notons les infiltrations hautement réussies de Pascal Asselin (Millimetrik) et Josué Beaucage (Who Are You) dans le monde du théâtre. Avec Jocelyn Pelletier pour Entre vous et moi, il n’y a qu’un mur, dans le cas d’Asselin. Avec Raphaël Posadas pour l’onirique et sublime pièce intitulée Le K-Buster, dans le cas de Beaucage. Des collaborations multidisciplinaires fructueuses dont devraient s’inspirer les autres créateurs de La Cité.

À l’ère du Pantoum et de l’ouverture d’un commerce aussi surréalistiquement génial que le Knock-Out, que nous reste-t-il à espérer?

 

Pour clore l’année, voici une liste de résolutions collectives à prendre pour 2014.

 

Souhait 1: Que cesse l’exode montréalais

Imaginez si Peter Peter et Jimmy Hunt n’étaient pas partis. Nul besoin d’en ajouter.

Souhait 2: Moins de bands de covers et plus de projets originaux

C’est plus émotivement risqué de se mettre à nu. C’est moins payant aussi. Mais il y a des talents fous (allô Thierry Gomez!) qui se perdent. Et de toute façon, I.No a prouvé de par Le Comité que les deux étaient réconciliables. L’un comme travail alimentaire et l’autre pour se réaliser pleinement.

Souhait 3: La résurrection de l’Union commerciale

… ou l’ouverture d’une autre salle all ages avec le même souci d’offrir des spectacles à faible coût. Il faut former la relève mélomane de Québec. Plus les ados y seront exposés tôt, plus le public sera nombreux au Cercle et ailleurs dans les années futures. L’appétit vient en mangeant, comme on dit.

Souhait 4: Que Claude Bégin donne un single radio à I.No

Si quelqu’un peut y parvenir, c’est bien le bras droit de Karim Ouellet, le génie de la pop qui lui a ouvert les portes des radios commerciales de par ses beats et arrangements. Et Dieu sait qu’Amélie Nault a le charisme et la voix qu’il faut pour attirer l’attention du grand public après coup.

Souhait 5: S’offrir un gala local

Il y a le GAMIQ et l’ADISQ à Montréal. Une tonne d’articles dans divers médias s’en suivent et une séance de rattrapage musical en découle pour le commun des mortels. L’idée est utopiste, peut-être, mais pourquoi ne ferions-nous pas pareille chose avec nos musiciens locaux? Je me porte – le plus sérieusement du monde et sans ironie, pour vrai – volontaire à l’organisation d’un tel événement. Qui embarque?

Souhait 6: Prendre les gros médias par la main

Alexandre Martel, de Mauves, le disait sur un plateau télé auquel nous étions conjointement invités à la fin du mois: les médias de Québec sont frileux lorsque vient le temps de parler de groupes locaux. Qu’est-ce qui explique un tel désintérêt? Difficile de dire.

Mais une chose est sûre: les artistes devront eux-mêmes se faire leurs propres attachés de presse s’ils veulent avoir de la couverture. Vos disques méritent d’être couverts au même titre que ceux de Jean-François Breau et Marie-Ève Janvier, mes chers amis. Allez, go, foncez!

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