Notre population étant inversement proportionnelle à la grandeur de notre territoire, le Québec a toujours souffert de l’étroitesse de son marché. Les arts n’y échappent pas et l’ouverture à l’international constitue une nécessité pour les artistes. Un joueur important dans ce domaine travaille ardemment pour la cause depuis 28 ans, et mérite notre attention. Bon an, mal an, quand les gouvernements tombent ou les subventions sont sabrées, CINARS reste debout, créant de précieuses passerelles entre artistes et diffuseurs rassemblés dans ce plus important marché pluridisciplinaire des arts de la scène au monde.

La Biennale CINARS (Conférence internationale des arts de la scène) reçoit pour sa 15e édition 1000 professionnels qui pourront voir 23 spectacles en danse, théâtre, musique, cirque et arts multidisciplinaires. En programmation officielle, le travail de la Compagnie Virginie Brunelle (Complexe des genres), du théâtre Terre des Hommes (Caligula_remix) et de Dulcinée Langfelder & Cie (La complainte de Dulcinée) sera présenté en version intégrale, mais de nombreuses compagnies proposent aussi des extraits. Notons, entre autres, les Trois Tristes Tigres pour l’endiablée aventure de Moi, dans les ruines rouges du siècle, la troupe Mayday pour Junkyard/Paradis, et Gold, de la compagnie Cas public d’Hélène Blackburn. Soixante-dix compagnies présenteront également des spectacles gratuits dans diverses salles montréalaises dans le cadre du volet Off-CINARS. C’est l’occasion de voir ou de revoir le travail exceptionnel de Stéphane Gladyszewski (Chaleur humaine, Corps noir), la décapante proposition de Jérémie Niel (Croire au mal) ou le solo autobiographique de Mani Soleymanlou (Un), mais de découvrir aussi des artistes étrangers qui bénéficient de cette grande foire où une quarantaine de diffuseurs viennent à la pêche pour dénicher des spectacles, créer des coproductions. Quatre mille laissez-passer gratuits sont d’ailleurs mis à la disposition du public pour assister aux représentations.

Le Cirque du Soleil, Marie Chouinard et Robert Lepage (qui fut remarqué par un promoteur de Lourdes avec Les aiguilles et l’opium, puis par des Japonais…) sont tous passés par la Biennale, qui est plus qu’un marché. «CINARS accompagne, crée des délégations québécoises à l’étranger et du soutien aux compagnies», affirme Hélène Blackburn, qui bénéficie de l’aide de CINARS depuis plusieurs années. «Ça m’a permis une meilleure compréhension des autres marchés, dit-elle, et rencontrer les gens sur place, c’est vraiment stimulant.» Grâce à l’événement, la chorégraphe a mis sur pied des coproductions en Chine et des tournées en France. «On a le mandat de soutenir nos créations qui ont un besoin crucial d’être exportées», explique Alain Paré, PDG et cofondateur de CINARS, qui rappelle l’importance des représentations dans les marchés internationaux assurées par l’organisme en marge de la Biennale. «CINARS est comme une école qui fournit une expertise aux artistes qui ne sont pas expérimentés», affirme Lorraine Pintal, porte-parole cette année. «C’est un peu le tremplin qui nous a permis de manière exponentielle de développer un réseau et de nous assurer une diffusion», affirme Nassib El-Husseini, directeur général des 7 doigts de la main. «CINARS est un outil stratégique, mais ça prend quand même l’aide gouvernementale à la tournée, de l’aide à la création et de la patience.»

CINARS est d’une aide d’autant plus précieuse à la suite des coupes dans les subventions fédérales dédiées aux tournées en 2008, combinées à la crise économique européenne. Québec a pallié, en partie, le manque créé par le gouvernement Harper, mais CINARS a certainement fait sa part. «On a l’impression qu’on veut nous couper du monde (évoquant le gouvernement fédéral), affirme Lorraine Pintal. Des tribunes comme CINARS prennent alors tout leur sens.» Contre l’argument qui prétend que l’argent investi dans les tournées étrangères est de l’argent perdu, j’inviterai les défenseurs de ce raisonnement à interroger les compagnies qui s’exportent. Les retombées de la Biennale sont estimées à de 10 à 12 millions de dollars par édition.

Du 12 au 18 novembre, au Monument-National et à la salle Pierre-Mercure

Soupers

Je vous invite à aller voir la reprise de Soupers, pièce écrite et mise en scène par Simon Boudreault, avec Sophie Clément, Alexandre Daneau, Johanne Haberlin et Catherine Ruel. Inspirée des conversations volées à nos voisins au restaurant, celle-ci traite de curiosité et de voyeurisme dans une comédie grinçante où les acteurs mangent pour vrai sur scène. Une expérience théâtrale inusitée.

Du 13 novembre au 1er décembre, à la salle Jean-Claude-Germain du Théâtre d’Aujourd’hui

Les mutants

Autre reprise à ne pas manquer, surtout à cause de la pertinence toute nouvelle que la pièce vient d’acquérir avec les événements du printemps dernier, Les mutants, de la Banquette arrière, reviennent nous visiter avec leur questionnement sur la maturation d’une société fortement marquée par la Révolution tranquille. Mise en scène de Sylvain Bélanger, qui signe la pièce avec Sophie Cadieux.

Du 13 novembre au 1er décembre, à La Licorne

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