La création, toujours fertile, occupe une belle place dans nos théâtres en cette rentrée d’hiver aux côtés de relectures de classiques et d’adaptations d’auteurs étrangers qui laissent entrevoir de belles rencontres avec des metteurs en scène d’ici. Voici quelques-uns de mes plaisirs pressentis.

Théâtre de création: l’aliénation dans la mire

Une des pièces qui m’intrigue le plus est la nouvelle création musicale d’Olivier Choinière: Mommy (en février aux Écuries), où une momie revient pour se venger de ses enfants en rappant?! Sous la forme d’un show hip-hop qui intègre des extraits de Pauline Julien, René Lévesque et Paolo Noël, la création interroge les dérives nostalgiques du Québec dans une forme encore une fois réinventée. Après le trépidant Moi, dans les ruines rouges du siècle, Olivier Kemeid revient deux fois plutôt qu’une avec Furieux et désespérés (en février au Théâtre d’Aujourd’hui), sur le voyage, inspiré de son séjour en Égypte, d’un fils d’émigrés qui découvre, sur fond de printemps arabe, le combat déchiré de ceux qui sont restés dans le pays natal. Puis, il renouvelle sa collaboration avec Eric Jean avec Survivre (en avril au Quat’Sous), qui explore l’aliénation du travail comme nouvelle forme d’esclavage.

Différentes aliénations hantent d’ailleurs plusieurs créations cet hiver, dont Scalpée d’Anne-Marie Olivier, sur une gardienne de prison cyberdépendante et déconnectée d’elle-même (en janvier à l’Espace libre). Guillaume Corbeil traite de la communication formatée par les réseaux sociaux avec Cinq visages pour Camille Brunelle (en février à l’Espace Go), mise en scène par Claude Poissant. Parions aussi que le collage de textes de Nelly Arcan conçu par Sophie Cadieux sous le titre de La fureur de ce que je pense traitera d’aliénation, thème majeur dans l’œuvre de l’écrivaine (en avril à l’Espace Go). Sarah Berthiaume dépeint quant à elle quatre survivants solitaires dans la vastitude du Yukon avec Yukonstyle (en avril au Théâtre d’Aujourd’hui).

Autres créations attendues cet hiver: le second volet de la fresque historique amorcée par le NTE l’an dernier, Les chemins qui marchent, écrit par Alexis Martin et mis en scène par Daniel Brière (en février à l’Espace libre), qui aborde notre rapport aux rivières et au fleuve; Enfantillages, de François Archambault (en mai à La Licorne): 16 histoires sur la parentalité mises en scène par Frédéric Blanchette; et Portes (en avril à La Licorne), de David Paquet (Porc-épic), une comédie existentielle sur l’influence du monde extérieur. Aussi, le solo de Philippe Soldevila Les trois exils de Christian E., inspiré de la vie de l’interprète Christian Essiambre. D’autres auteurs à surveiller: Sébastien David (Les morb(y)des, en mars au Quat’Sous), Annick Lefebvre (Ce samedi il pleuvait, en avril aux Écuries), et, à la Salle intime du Prospero: Simon Boudreault (Hypno) et Simon Boulerice (Pig), et à la salle Jean-Claude-Germain: Sorel-Tracy d’Emmanuel Reichenbach, Gars de Marie-Ève Perron et (e) de Dany Boudreault.

Grosses pointures étrangères

La saison s’ouvre sur un grand Ionesco mis en scène par Frédéric Dubois (Le roi se meurt, au TNM), mais d’autres adaptations laissent entrevoir d’heureuses rencontres. Le dernier feu de Dea Loher (auteure de Manhattan Medea), sur le choc d’une petite communauté témoin d’un drame, sera mis en scène par Denis Marleau (en janvier à l’Espace Go). Après Blackbird, La Veillée propose un autre texte de David Harrower, Des couteaux dans les poules, ancré dans le terroir écossais, mis en scène par Catherine Vidal (en février au Prospero), alors que Dennis Kelly (Orphelins) revient à La Licorne en avril avec Amour/Argent, série de sketchs sur notre rapport tordu à l’argent mis en scène par Geoffrey Gaquère. D’autres pièces d’auteurs étrangers à suivre sur nos planches: Pervers de Stacey Gregg (en janvier à La Licorne), L’Ouest solitaire de Martin McDonagh (en janvier à la Salle intime du Prospero) et Quartett de Heiner Müller, mise en scène par le Français Florent Siaud (en avril à La Chapelle).

D’attirantes relectures

On a hâte de voir la Jocaste reine de Nancy Huston incarnée par Louise Marleau et mise en scène par Lorraine Pintal (en mars au TNM), mais l’événement du printemps risque fort d’être Le chant de Sainte Carmen de la Main (en avril au TNM). Après l’immense succès de Belles-sœurs, René Richard Cyr et Daniel Bélanger unissent à nouveau leurs talents pour mettre en musique le texte de Michel Tremblay. Je suis curieuse de voir la mise en scène de Martine Beaulne des Muses orphelines de Michel Marc Bouchard (en février chez Duceppe) et le Frankenstein mis en scène par Jean Leclerc (en mars au Théâtre Denise-Pelletier). Bonne rentrée! 

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Elsa Pépin