Le nombril du Québec me fascine. On adore le fouiller, mais pas trop.

Lorsqu’on a annoncé la venue de l’émission Fidèles au poste! sur TVA, j’imaginais le pire pour mon boy Éric Salvail (on se serre les coudes à Sorel-Tracy, t’sais!). «Avec Les enfants de la télé et des chaînes comme Prise 2, il me semble que le créneau de la nostalgie et des archives est déjà pas mal chargé au Québec», me disais-je à l’époque… avant de me fourrer le doigt dans l’œil jusqu’à l’épaule, bien sûr. Bref, on aime se regarder l’ombilic. Ça nous amuse de le chatouiller, mais on évite tout de même quelques mousses; comme la musique, par exemple. 

Lorsqu’on ne s’attarde pas qu’à quelques sommités sorties des boules à mites – des années après qu’elles eurent «sombré dans l’enfer de la drogue» – pour une Musicographie sur MusiMax, le matériel plus obscur est souvent ridiculisé par les MC Gilles, DJ Georges et autres archivistes des productions de sous-sol (rendons toutefois ce qui revient à César: les vestiges qu’ils exhument sont, ma foi, délicieusement risibles). Pourtant, entre la Bolduc, Félix et les Dears, le Québec demeurait quand même un terreau riche en bonne zizique. Un solo de clavier sur ce patrimoine malmené serait donc de bon ton. 

Chroniqueur et recherchiste à Radio-Canada, Félix B. Desfossés lie justement la popularité des variétés carburant aux VHS à ce dédain-entre-guillemets pour certains volets de la musique locale des années 1960 et 1970. «L’histoire de la musique au Québec a été écrite essentiellement par les boomers, note-t-il, avec leur vision où l’on dénigre la musique des années 1960 pour ne miser que sur celle des années 1970, qui ont vu l’arrivée d’une véritable identité musicale.» Ainsi, contrairement à d’autres marchés où le passé musical est toujours trituré – «Il arrive que des magazines britanniques comme Mojo redonnent des lettres de noblesse à des artistes oubliés», rapportera Desfossés au passage –, la plupart des médias d’ici ne misent que sur les suspects de convenance lorsqu’ils regardent en arrière, ou alors demeurent en surface à la «hé que c’était drôle le yéyé!». Des œillères qui ont contribué à la montée aux barricades d’une certaine résistance. 

Pour les pièces plus obscures de la Belle Province, il faut donc se tourner vers les blogues d’ici à la Psyquébélique, Vente de garage (propriété de Félix, d’ailleurs) et Grosse cantine (qui fait surtout dans le folk et le rock d’hier… et même d’aujourd’hui). Bien que ceux-ci s’improvisent parfois fil-de-féristes en livrant des extraits, voire des albums entiers, en téléchargement sur leurs sites, le mélomane en moi se range de leur côté, souvent parce que les ressources locales pour se procurer leurs trouvailles – autant sur disque qu’en ligne – sont rares, inexistantes ou carrément mal foutues.

Jérôme, de Grosse cantine, déplore qu’on en soit là. «La situation est quand même attristante, on se rend compte qu’il y a beaucoup de stock inoubliable qui semble avoir disparu du monde réel», note-t-il. Chez Félix, toutefois, la diffusion de certaines musiques aura permis de ramener Donald Seward, artiste funk anciennement membre de César et les Romains, dans les bacs – «Je l’ai tout d’abord mis en MP3… puis je les ai enlevés pour vendre sa musique!» soufflera-t-il au passage – sous son label Les Disques Pluton. «Oui, il y a des trucs de pointe pour une certaine niche de gens, mais je crois qu’il y a aussi des disques qui pourraient plaire au grand public. Après tout, la meilleure musique n’est pas nécessairement la plus populaire et elle peut être oubliée avec le temps», conclut-il.

Jour de paie

La première suggestion est aussi la plus évidente: le coup d’envoi de l’édition 2013 de l’Igloofest. Sortez vos plus fluorescents atours et allez vous déhancher au quai Jacques-Cartier. Dans le trio de soirées proposées, j’opterais personnellement pour l’alignement du 19 qui réunit Scott C, High Klassified et KenLo Craqnuques. Informations: igloofest.ca.

Je vous recommande également l’événement organisé à l’Espace Pop (5587, avenue du Parc) ces 22 et 23 janvier, où Arrington De Dionyso (artiste surtout connu en tant que membre du groupe indie rock américain Old Time Relijun) se livrera à une performance de 24 heures – en deux blocs de 12 heures – pendant laquelle il alternera entre la musique improvisée et le dessin. Pour plus de détails sur le happening, consultez le popmontreal.com

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  • 21 janvier 2013 · 10h02 Pierre Laberge

    Je lisais ton article ( Je me souviens… pas du patrimoine..) avec intérêt alors que tu expliques en long et en large pourquoi toi, Éric Salvail et Félix B. Desfossés pensent tous qu’il y a des trésors cachés dans la musique 60 et 70 au Québec, jusqu’à ce que j’arrive à la fin sans que je n’aie pu entrevoir le moindre exemple de ce dont tu parles exactement (???).

    Je suis un baby boomer (1950) un peu nostalgique, j’ai redécouvert mes vieux vinyles récemment, et j’ai quelques « Vos voisins » et autre raretés que j’écoute de temps en temps, et j’aimerais bien en savoir plus sur les découvertes que toi et tes amis, à moins que ce soit un secret partagé seulement entre initiés de la génération X ou Y…

    N’y voit pas de malice, juste de la curiosité et un brin d’agacement, comme avec une fille qui « fait de l’agace » et qui promet beaucoup pour se sauver sans regarder en arrière et sans qu’on puisse savoir si elle a autre chose à montrer…

  • 21 janvier 2013 · 10h08 André Péloquin

    Bonjour Pierre,

    Je mentionnais Éric Salvail à titre de « nouveau venu » dans le marché