Monumental. Austère et probablement plus imposant que son architecte ne l'aurait souhaité initialement. De l'extérieur, ses mornes façades de béton marron se révèlent à mes yeux surannées; de l'ensemble, toutefois, se dégage cette douce prestance qui a permis au bâtiment de définir, depuis plus de 60 ans, le paysage architectural du carrefour Elgin et Wellington, en plein cour de notre capitale. On y pénètre comme on le ferait à l'église, en silence, comme pour se prosterner béatement sous les denses nuages spectraux de rencontres culturelles ayant marqué un pays, la culture d'une nation entière. L'envie d'enlever notre couvre-chef hivernal nous chatouille vaguement l'esprit. On y résiste, évidemment.

«Le Centre national des Arts renoue avec le passé en voulant devenir le haut lieu où nos artistes et ceux d'autres pays viendront exalter les esprits et charmer les cours.» 

Tel est ce qu'on peut lire sur l'un de ses murs de béton. Charmant, n'est-ce pas? Depuis son ouverture en 1969, le mandat culturel du CNA s'est vu maintes fois assujetti à de saines métamorphoses. Sa plus récente étant la création de la toute scintillante bannière Le CNA présente…, une façon pour le centre de diversifier son offre culturelle, ainsi qu'il le définit dans son mandat: «Le CNA se veut un chef de file et un innovateur dans chacune des disciplines artistiques qu'il embrasse – musique classique, théâtre français, théâtre anglais, variétés et programmation régionale.»

«C'est Peter Herrndorf, le président et chef de la direction du CNA, qui a toujours exprimé l'intérêt de développer un pilier culturel – après la danse, le théâtre anglophone et francophone et la musique classique – qui nous permettrait de proposer une programmation axée sur la variété: la musique dite populaire, l'humour et même le cirque», explique Simone Deneau, productrice à la section des variétés de même qu'à la programmation régionale.

«Avec le temps, le CNA s'est imposé dans l'offre culturelle régionale. On sait que le public vient ici pour entendre le meilleur de la musique classique, voir le meilleur de la danse. On voulait recréer ce même esprit d'excellence dans les variétés. Un endroit pour découvrir, hors des bars, nos auteurs-compositeurs-interprètes canadiens et leur offrir, à ces artistes, une occasion de joindre un public différent.»

Près d'une vingtaine de concerts ont déjà été présentés sous cette bannière inaugurée l'automne dernier. On pense au grand succès à guichets fermés de Royal Wood et Hannah Georgas. «Nous amorçons notre première année avec principalement des auteurs-compositeurs, mais nous avons la ferme intention de bonifier l'offre dès la saison 2011-2012 avec du cirque et de l'humour», affirme Deneau, en ajoutant également que la bannière proposera une poignée de spectacles francophones – dont celui de Louis-Philippe Robillard – au fil des prochains mois. «Il est primordial que le CNA contribue à l'essor phénoménal que nos artistes musicaux connaissent présentement», termine Deneau.

***

Soit. Il coule de source que le CNA veuille majorer son offre culturelle et, jusqu'à présent, les concerts présentés sous cette ambitieuse bannière ont pour la plupart été couronnés de succès. Et les prochains mois risquent de donner raison à sa fort sympathique équipe. Toutefois, l'envie d'aller prendre le pouls des producteurs de la Ville de Gatineau (qui se chargent de la salle Jean-Despréz et du cabaret La Basoche), du Raw Sugar Café ou même de l'Auberge du Mouton noir de Wakefield, qui se tournent eux aussi vers ces auteurs-compositeurs dits «émergents» pour bâtir leur programmation, me titille les méninges. La façon dont ces – relativement – plus petits joueurs pourront tirer leur épingle du jeu culturel sera assurément un défi de taille, et cela rendra, d'après moi, la scène régionale encore plus excitante. Vous ne trouvez pas?

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