La chasse est ouverte. Le chevreuil s’appelle Mario Dumont et le chasseur en chef est Jean Charest. C’est que si l’Action démocratique ne chute pas, Charest pourrait voir un gouvernement majoritaire lui échapper.

Et si les appuis à l’ADQ venaient à dépasser les 25 %, Dumont pourrait même livrer un gouvernement minoritaire… péquiste! Pour les libéraux, c’est simple, Dumont est l’homme à abattre.

Si vous vous demandiez pourquoi Charest concentrait son tir sur Dumont et ignorait André Boisclair, vous avez votre réponse. Mais si Charest refait une autre bourde comme déterrer le fantôme de la partition, il pourrait la perdre à lui seul, sa majorité.

Charest a d’abord tenté de coincer Dumont sur sa position constitutionnelle "autonomiste" en le traitant de crypto-séparatiste. Mais le tir a raté. Si la chose intéresse quelques éditorialistes, on sent que dans l’électorat, le débat est plutôt ésotérique, et ce, pour deux raisons.

Premièrement, s’il y a des électeurs qui appuient l’ADQ par conviction, il est clair que sa montée traduit autre chose. Pour le moment, on ne choisit pas tant l’ADQ, incluant son "autonomisme", qu’on dit NON aux autres.

Vous croyez vraiment que dans les chaumières, l’"autonomisme" de Dumont est un gros sujet de conversation au souper? La raison principale de la montée actuelle de Dumont, c’est qu’il n’est ni André Boisclair, ni Jean Charest! Dans le Québec réel, l’exégèse de l’autonomisme, ça passe 300 pieds par-dessus la tête des électeurs.

Deuxièmement, le débat même sur la "question nationale" – autonomisme, mode d’accession à la souveraineté ou "fédéralisme d’ouverture à la sauce Harper" – a de la difficulté à lever. C’est que la majorité des électeurs, à tort ou à raison, ne croient pas que le PQ puisse gagner. Et même s’il gagnait, combien croient vraiment qu’il ferait un référendum?

2007 n’est pas 1994. La question nationale était alors un enjeu central parce que le PLQ était en fin de deuxième mandat, que le PQ s’en allait vers le pouvoir et que les Québécois croyaient que s’il était élu, Jacques Parizeau ferait rapidement son référendum, tel que promis.

MON CANDIDAT EST MOINS FOU QUE LE TIEN

Donc, après avoir manqué son coup, du moins pour le moment, en attaquant Dumont sur son autonomisme, son manque d’équipe et son cadre financier inexistant, voilà que le chasseur Charest dégaine à nouveau. Incapable d’atteindre le chef adéquiste, il s’en prend à ses candidats.

L’objectif: faire en sorte que Dumont arrive affaibli au débat des chefs. Parce que s’il arrive au débat aussi fort qu’il l’est maintenant, les libéraux craignent qu’il sera trop tard pour l’arrêter, qu’il continuera son petit bonhomme de chemin jusqu’au 26 mars. Et qui sait ce qui arriverait alors?

Dans une campagne où la lutte est serrée et où les résultats sont imprévisibles, les coups peuvent porter bas. La tactique de Charest est classique: pour tenter de faire déraper la campagne d’un adversaire menaçant, on déterre les déclarations embarrassantes de candidats tout aussi embarrassants.

De nos jours, elles doivent préférablement être de type sexiste ou xénophobe. Ça passe mieux sur YouTube et ça se repère plus vite sur Google… Ça distrait et ça fait plus Entertainment Tonight.

Le problème, c’est que si ça fonctionne parfois, ça dégénère la plupart du temps en séance généralisée de "garrochage" de boue. Parce que des loose cannons, il y en a dans TOUS les partis.

Pour un adéquiste qui semble banaliser la violence contre les femmes, mais qui a très peu de chances d’être élu, on rappellera ce candidat libéral vedette qui, sans s’être excusé après coup, a comparé Dumont à Jean-Marie Le Pen – pourtant une banalisation de la xénophobie.

On rappellera que Charest a traité une jeune députée péquiste de "chienne", dans ce cas-ci, avec excuses. On radotera que Thomas Mulcair avait qualifié un éminent péquiste de "vieille plotte", qu’il avait hâte de voir en prison. D’autres vont se scandaliser de ce candidat péquiste qui s’est moqué des facultés intellectuelles de sa rivale libérale ou de cette candidate libérale qui pense qu’on n’a pas tous besoin d’un médecin.

LA PRIME AUX IDÉES, C’EST POUR QUAND?

Vous l’aurez deviné, pendant ce temps, on dirige l’attention des électeurs sur des vétilles, des éléments accessoires d’une campagne, plutôt que sur les plateformes et sur le leadership.

On savait que cette campagne, cette lutte à trois, allait être féroce. Mais on espérait qu’elle le soit sur le plan des idées…

Alors, messieurs, si vous ne voulez pas alimenter le cynisme déjà solide des électeurs et voir le taux de participation continuer de baisser d’élection en élection, vous feriez mieux de remiser votre boue et de proposer aux Québécois de vraies raisons de voter pour vous.

On parle de la "prime à l’urne" des libéraux et de la "prime à la victime" d’André Boisclair. Et la "prime aux idées", c’est pour quand?

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