Fernando Solanas: Le Nuage : Poids de la pluie
Cinéma

Fernando Solanas: Le Nuage : Poids de la pluie

Luttant contre la démagogie et la dictature du «cinéma de marché», FERNANDO SOLANAS conjugue politique et poésie dans l’espoir de susciter la réflexion et de courtiser l’imaginaire. Le plus grand réalisateur argentin sera de passage à Québec afin de présenter son nouveau film, Le Nuage.

Peu de réalisateurs savent raconter des histoires aussi merveilleuses et tragiques que celles mises en images par Fernando Solanas depuis plus de trente ans. Toujours à mi-chemin entre la fable et le discours politique, avec un sens poétique proche du réalisme magique d’un Gabriel Garcia Marquez, le réalisateur sud-américain dépeint les drames quotidiens d’Argentins dont les destins sont intimement liés à celui de leur patrie.

Depuis L’Heure des brasiers, véritable manifeste d’un engagement politique, Solanas n’a effectivement jamais cessé de creuser l’histoire de son pays ni de suivre de près l’évolution – ou la détérioration – de sa situation politique. Cette volonté d’accompagner l’histoire récente de l’Argentine, on la sent tout particulièrement dans les oeuvres réalisées depuis le milieu des années 80.

Dans Tangos: l’exil de Gardel (1985), Solanas évoque la dictature du général Videla et son propre exil en racontant les douleurs d’artistes argentins réfugiés à Paris. Le déchirant combat entre souvenir et oubli est aussi le thème principal du film Le Sud (1988), qui relate les premières heures de liberté d’un ancien prisonnier politique. Le Voyage (1992) fait, quant à lui, le portrait d’une Argentine en ruines, agenouillée sous le poids de sa dette extérieure. La décrépitude de l’Argentine est également au centre du plus récent long métrage de Solanas, Le Nuage, que le réalisateur viendra présenter en personne, dans le cadre du Festival international du film de Québec.

Fantastique, comme dans la réalité…
Dans Le Nuage comme dans les autres films de Solanas, le réel est habilement détourné pour atteindre une dimension poétique. L’histoire se déroule à Buenos Aires dans les années 90, où il n’a pas cessé de pleuvoir depuis 1600 jours. Dans cette ville inondée, des comédiens tentent d’empêcher la fermeture d’un petit théâtre indépendant, qui doit être démoli pour faire place à un centre commercial. Envers et contre tous, la troupe se bat pour avoir droit à un dernier tour de piste…

Même s’il continue à interroger le rapport que l’être humain entretient avec l’histoire et la société, Fernando Solanas considère Le Nuage comme un film «plus social que politique». Il y fait le portrait d’une collectivité qui a subi quelques années de néolibéralisme. «C’est une histoire qui se déroule dans une société qui a tout fait pour aller à reculons», insiste le réalisateur.
«Le film est plein de métaphores, poursuit le cinéaste. Je traite la matière cinématographique comme une peinture; ce qui compte, c’est la succession des images et non pas les dialogues. L’image doit avoir la puissance expressive et poétique d’un tableau.»

Ainsi, lorsque Solanas dit que tout va «à reculons», il faut le prendre au pied de la lettre. «Pendant une partie du film, les gens vont à reculons… comme dans la réalité. Les choses les plus fantastiques, les plus bizarres, se produisent dans la plus grande normalité sans que personne ne s’en étonne», soutient le cinéaste.

«Je cherche à provoquer le spectateur en stimulant ses réflexions et son imaginaire. L’important, c’est d’arriver à une construction «chorale», de parler de plusieurs choses en même temps. Parce que nous, les Latinos-Américains, n’avons pas les mêmes notions d’ordre et de construction que les Anglo-Saxons, qui sont plus pragmatiques. Nous parlons avec des métaphores et sommes très bavards…»

Dès le 4 septembre
Au cinéma Place Charest