Je règle mon pas sur le pas de mon père : Cours toujours…
Cinéma

Je règle mon pas sur le pas de mon père : Cours toujours…

Le plaisir de voir Jean Yanne est toujours renouvelé. On le découvre ici dans son rôle le plus exigeant, celui de bon acteur. Je règle mon pas sur le pas de mon père est un bon titre, longuet mais évocateur. Il y a le mot «pas» – on y parlera peut-être de route, de cheminement -; et le mot «père», qui indique qu’on va peut-être faire dans le filial. Gagné! Le premier long métrage de Remi Waterhouse marie le road movie à la recherche du père. Waterhouse, le scénariste de Ridicule de Patrice Leconte et celui des films de Yannick Bellon, offre, avec Je règle mon pas…, une œuvre bien écrite, vive et précise mais sans grande surprise. Bref, un soufflé qui ne monte pas.

Sauveur (Guillaume Canet) vient d’apprendre qu’il a un père. Il est apprenti cuisinier, mais décide de tout lâcher pour suivre les traces de ce papa peu banal. Ce dernier, interprété par Jean Yanne, est un escroc à la petite semaine, le genre très organisé, qui s’arrange pour passer dans les trous du système et ne jamais se faire prendre. Sa combine est simple et sournoise, mais elle ne rapporte pas gros. Il faut, entre autres, faire tomber une fille en pâmoison pour finir par lui extorquer des sous. La femme en question est une photographe d’Abbeville (Laurence Côte). Pour la séduire, un dragueur professionnel est engagé (Yves Régnier), mais Sauveur, le fils, a déjà pris de l’avance.

Les magouilles sont intéressantes, mais pas autant que le personnage central. On ne sait jamais où Jean Yanne veut en venir; on sent seulement qu’il n’en est pas à sa première opération du genre et qu’il en a vu d’autres. Étrangement, il n’évolue jamais: il commence et termine le film comme un pourri, fatigué des hommes depuis toujours et salaud fini envers les femmes, qu’il traite comme des tabourets portant la jupe. Un misanthrope d’aujourd’hui, cynique et fin psychologue, mais sans autre morale que sa propre survie. Et l’arrivée d’un fils ne le réjouit guère… Et c’était là le piège qui aurait fait basculer le film dans le conventionnel: le père et le fils se tombant dans les bras. Or, à aucun moment ne vient l’instant de rédemption, celui de la découverte de l’amour paternel. Le père s’en fout et s’en est toujours foutu. Guillaume Canet (tout en rage intérieure) et Jean Yanne forment un bon duo et les personnages secondaires, rayonnante Laurence Côte et Yves Régnier en play-boy sur le retour, complètent bien le tandem.

Malgré tout cela, la sauce ne lève pas. On ne va pas plus loin que le parcours initiatique du road movie. Avec son côté Les Ripoux, la fin n’est cependant pas ratée. En voyant le film, on aurait aimé un Chabrol derrière la caméra, quelqu’un pour animer et faire vivre les petites gens, les petites histoires, les mesquineries et les faces de mi-carême qu’on retrouve dans les hôtels sans étoiles. On aurait aimé un petit trait de peinture sociale. Ici, on trouve seulement un vieux bouc solitaire et mal élevé face à un bum esseulé et non élevé. Leur dialogue finit par lasser, mais on ne s’y ennuie tout de même pas trop, parce qu’on veut connaître le déploiement de la combine qui unit le père et son fils; et parce que Yanne, en très grande forme, a vraiment une façon inimitable de lancer les mots. Comme s’il les crachait à la figure de l’autre, avec une morgue infernale! Rien que pour lui, l’effort vaut le coup.

Dès le 5 novembre
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