The End of the Affair : La belle histoire
Cinéma

The End of the Affair : La belle histoire

À travers la filmographie de Neil Jordan, on retrouve une fascination pour tout ce qui est invisible, secret ou caché; pour les structures temporelles audacieuses et les récits empreints de miracles et d’onirisme; et pour les personnages hantés. Ces thèmes se retrouvent au coeur de The End of the Affair, une adaptation élégante du roman de Graham Greene.

Au fil des 12 longs-métrages qu’il a signés en 17 ans, le réalisateur, scénariste, romancier et poète Neil Jordan s’est avéré – dans ses bons films, comme dans ses mauvais – l’un des metteurs en scène les plus déroutants du cinéma contemporain: un auteur discret, effacé et secret, qui a toujours su rester fidèle à lui-même, qu’il signe des oeuvres personnelles (Angel, The Miracle) ou des superproductions hollywoodiennes (Michael Collins, Interview with a Vampire), des comédies vaguement débiles (High Spirits, We’re No Angels) ou des drames complètement inclassables (The Compagny of Wolves, The Butcher Boy). En somme, un artiste – inégal mais un vrai – capable du meilleur (The Crying Game) comme du pire (High Spirits), parfois à l’intérieur d’un seul et même film (In Dreams).

À travers cette filmographie en dents de scie, on retrouve toutefois une grande cohérence thématique: une fascination pour tout ce qui est invisible, secret ou caché; pour les structures temporelles audacieuses et les récits empreints de miracles et d’onirisme; et pour les personnages hantés (au propre comme au figuré), livrant un combat épique à des forces qui les dépassent.

Ces thèmes se retrouvent aujourd’hui au coeur de The End of the Affair, une adaptation élégante du roman homonyme de Graham Greene, ayant la subtilité, l’ambition et l’intelligence caractéristiques des meilleurs films de Neil Jordan.

À première vue, The End of the Affair semble être un film très classique: une grande histoire d’amour sur fond de Seconde Guerre mondiale (dans le genre Brève Rencontre ou La Valse dans l’ombre), qui raconte l’histoire d’un romancier cynique (Ralph Fiennes) amoureux de l’épouse dévote (Julianne Moore) d’un ami diplomate particulièrement terne (Stephen Rea). Mais si la superbe reconstitution d’époque (méticuleuse mais discrète), la beauté de la photo (élégante sans être affectée) et le romantisme de la musique (signée par un Michael Nyman moins maniéré que d’habitude) rapprochent le film des grandes histoires d’amour d’une autre époque, la brillance de sa construction narrative à la Pulp Fiction, l’utilisation habile de sa voix off, digne de GoodFellas, et le ton de l’ensemble (le film se présente comme une déclaration de haine, adressée à Dieu!) en font un film étonnamment riche, complexe et ambitieux. Une histoire d’amour hantée par la culpabilité, le rachat et le mystère de la foi; une oeuvre qui est à la fois un grand mélo historique à l’ancienne et une réflexion sur l’amour et la haine extrêmement audacieuse et complexe; un drame existentiel intelligent et sensible, qui se situe à mi-chemin entre Kieslowski et David Lean.

Difficile d’en dire plus sans gâcher la révélation cruciale sur laquelle repose le film (un peu comme The Crying Game), ou sans éventer le charme d’une oeuvre qui explore de façon originale une histoire pourtant mille fois racontée. Magnifiquement écrit, interprété et mis en scène, The End of the Affair est à la fois un grand film à l’ancienne et une oeuvre étonnamment contemporaine. Bref, le film de la maturité pour un cinéaste brillant, mais manquant souvent de rigueur, qui semble avoir enfin réalisé son premier véritable chef-d’oeuvre.

Voir calendrier
Cinéma exclusivités