Bride and Prejudice envoie Jane Austen visiter les lieux communs de Bollywood. Assez joli, mais insipide.

Le programme laissait espérer un choc culturel inédit: toute la tradition de l’Angleterre corsetée des 18e et 19e siècles heurtant de plein fouet l’Inde contemporaine, telle qu’entrevue à travers l’éclatant prisme bollywoodien. Thé, scones et traits d’esprit servis entre feux d’artifice, chorégraphies enlevantes et amourettes magiques. Déception: au lieu de la folie promise, on doit se contenter d’une assez morne fantaisie assortie de pétards mouillés, de danseurs qui s’enfargent et d’une romance sentant l’eau de Cologne bon marché.

Jane Austen, auteure de Pride and Prejudice, aurait pu éprouver quelque raideur à voir l’une de ses œuvres soumise à un exercice d’adaptation aussi banal. Pas que la manœuvre ne soit motivée par les meilleures intentions. Simplement, dans sa tentative de réaliser le grand écart, la réalisatrice Gurinder Chadha n’est parvenue qu’à déchirer le fond de sa culotte. Son fait d’armes précédent, Bend It Like Beckham, s’était révélé plus précis.

La famille Bakshi a quatre filles bonnes à marier. La plus mignonne, Lalita (Aishwarya Rai), est une créature sensible et volontaire qui s’amourache d’un bellâtre américain fadasse (Martin Henderson). Maman Bakshi (Nadira Babbar) a d’autres plans pour sa fille. Jouant les entremetteuses, elle tente de la pousser dans les pattes d’un jeune Indien hystérique menant grand train à Los Angeles. Un "prospect" argenté, mais con comme la lune. Pleurs et grincements de dents à l’horizon.

Tout bien pesé, les deux zozos faisant de l’œil à Lalita nous apparaissent parfaitement insipides, et on se demande pourquoi une jeune femme aussi indépendante et sophistiquée ne mériterait pas mieux. Enfin, l’amour, c’est bien connu, est le jeu d’attractions contradictoires.

Arrangés ou pas, les mariages (il y en aura plusieurs…) reposent ici sur des fondements superficiels – on ne charme pas l’autre en parlant d’art abstrait, on le séduit en enfilant son bikini… Ainsi, Bride and Prejudice célébrerait inconsciemment l’artificialité du sentiment amoureux.

Un degré plus avancé de lecture (!) ne changera guère notre opinion. Comme tout commentaire social est présenté sous forme de cliché et que le portrait d’ensemble affiche un profil lissé, on ne trouvera à défendre que quelques pointes d’humour et deux ou trois numéros chantés. Et encore… Bollywood, ouais, mais dépourvu de couleur locale.

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