Appaloosa, deuxième long métrage d’Ed Harris, est, selon l’expression de Viggo Mortensen, un "Jules et Jim au Far West".

Dès le début de la conférence de presse à laquelle assistaient des journalistes triés sur le volet au Festival International du Film de Toronto, on a bien cru qu’Ed Harris allait manger tout crus certains membres de la presse: "Je ne cherche pas à vous contredire, lançait l’acteur-scénariste-réalisateur à la question nébuleuse d’une journaliste sur la nature du western et du personnage incarné par Renée Zellweger dans Appaloosa, d’après le roman de Robert Parker, je ne comprends pas votre question!"

Se calmant peu à peu, Harris a poursuivi: "Il n’y a pas de place pour la femme dans l’univers western à cause de ses hommes non domestiqués et de ses grands déserts. Cela dit, je crois que le personnage d’Allison French (Zellweger) est intéressant; elle est jolie, elle joue du piano…"

À propos de cette belle intrigante qui débarque subrepticement dans la vie de deux justiciers à la gâchette rapide, Renée Zellweger avance d’une voix douce: "Allison est un mystère complet pour moi, même si j’ai lu le roman. Elle est plus complexe qu’elle n’en a l’air, elle a une morale douteuse. Ce que j’aime tant d’elle, c’est qu’elle est au coeur d’une situation au pluriel. Avec Virgil Cole (Harris) et Everett Hitch (Mortensen), elle va se créer une famille, un nid douillet."

Viggo Mortensen s’est alors prononcé sur la relation unissant les trois personnages d’Appaloosa: "C’est un Jules et Jim au Far West. Plusieurs westerns ont été faits, certains sont même terribles, mais celui-ci est très bien écrit. La langue est directe et les manières, victoriennes. J’aime le fait que Virgil et Everett soient amis, travaillent ensemble depuis longtemps et se fassent confiance. Ils n’ont pas la même façon de communiquer qu’Allison, qui le fait plus directement. Elle est mystérieuse, on ne sait pas vraiment qui elle est. Je la trouve plutôt déterminée, directe et brave pour l’époque. Elle n’incarne pas du tout l’archétype western féminin."

Parlant de western, Ed Harris et son coscénariste Robert Knott n’ont pas pris le genre à la légère: "On a lu tout ce qu’on pouvait sur l’époque et le territoire, se souvient Knott. Appaloosa est un grand roman et le film démontre toute l’étendue du pays."

Le réalisateur de Pollock raconte: "Nous nous sommes inspirés de plusieurs photos de l’époque pour les costumes, les décors et les paysages. Mon film est à voir et à revoir parce qu’il fourmille de détails. J’ai regardé une tonne de films: The Man Who Shot Liberty Valance, My Darling Clementine, High Noon, les films de Clint Eastwood, de Howard Hawks, etc. Je voulais m’immerger dans ses films, car je ne voulais pas seulement être fidèle à l’époque, mais au genre, à son classicisme."

Questionné sur ses connaissances sur le western, celui qui incarne Randall Bragg, bandit sans scrupules et ennemi juré de Virgil Cole, l’acteur britannique Jeremy Irons, conclut d’un ton suave: "Comme plusieurs, j’ai grandi en regardant des westerns, ceux de Leone et de Ford, par exemple, alors de me retrouver dans un western me prouve que la vie est pleine de surprises."

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APPALOOSA

Justiciers ambulants, Virgil Cole (Ed Harris) et Everett Hitch (Viggo Mortensen) descendent dans le petit village d’Appaloosa, au Nouveau-Mexique, où ils ont été embauchés pour faire régner l’ordre. Ils auront bientôt à en découdre avec le rancher local Randall Bragg (Jeremy Irons), soupçonné d’avoir tué l’ex-shérif de sang-froid…

Trame conventionnelle pour un western conventionnel? Oui et non. Certes, le comédien et réalisateur Ed Harris ne manque pas d’exprimer son affection pour les canons du genre. Il s’efforce pourtant de mener son intrigue vers des territoires moins fréquentés. Le lien de franche camaraderie qui unit Cole et Hitch propose une intéressante lecture de la masculinité tranchant avec le sempiternel portrait du cow-boy solitaire. Harris a également tenu à placer son héroïne au coeur de l’intrigue.

L’irruption de l’intrigante jeune veuve campée par Renée Zellweger, très tôt dans le récit, amène ces messieurs à penser à autre chose qu’à tirer du fusil. Dommage que Harris ne pousse pas la psychologie féminine assez loin – un nuage de poussière masquera jusqu’à la fin les motivations profondes de Madame Z.

Reste que le commerce triangulaire affectif qui met aux prises les trois personnages n’est pas le cas de figure le plus fréquent dans une oeuvre du genre. Soulignons enfin, pour les amateurs, la qualité de la photo, qui rend justice aux grands espaces du Nouveau-Mexique, ainsi que le bon goût de la trame sonore, qui se fait toujours entendre quand ça compte. (M. Defoy)

Ne tirez pas sur la pianiste Critique par - 2008-10-02
Cote: 3

Appaloosa

Réalisateur : Ed Harris

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