Dans Le Grand départ, le premier film de Claude Meunier en tant que réalisateur, Marc Messier quitte son épouse pour une femme plus jeune.

"Ça fait 3000 ans qu’on est ensemble; on n’est plus un couple, on est une famille!" Cette réplique de Céline (Guylaine Tremblay) à son mari des 28 dernières années, Jean-Paul (Marc Messier), résume bien la teneur de ce premier long métrage de Claude Meunier, qui s’intéresse à la façon dont la passion tend à disparaître des relations amoureuses avec le temps, ce qui, dans bien des cas, pousse un des conjoints à être infidèle. De fait, Jean-Paul ira se réfugier dans les bras d’une femme plus jeune (Hélène Bourgeois-Leclerc), non sans ressentir une certaine culpabilité…

"Jean-Paul, curieusement, c’est lui qui est le plus romantique entre les deux, estime Meunier. Sa vie de couple est vide, et c’est lui qui a besoin de rencontrer quelqu’un d’autre. Sa femme n’est plus en amour avec lui, elle non plus, mais elle ne le sait pas…".

Guylaine Tremblay abonde dans le même sens: "En quelque part, je suis sûr que Céline aussi aurait le goût de sacrer son camp, mais c’est une femme trop prise dans les conventions, dans le paraître… Elle est devenue une femme très plate, mais Jean-Paul en est en partie responsable. Ils ne se regardent plus, ils ne se parlent plus, leur vie sexuelle n’a plus l’air très olé olé…"

La routine et l’amenuisement du désir semblant être le lot de nombre de mariages, est-il inévitable d’aller voir ailleurs tôt ou tard? "Mon point de vue personnel, confie Meunier, c’est qu’on va de l’avant dans la vie, mais pas à tout prix, et c’est jamais facile. Quelqu’un qui est le moindrement sensible ne peut pas laisser femme et enfants du jour au lendemain. C’est ça mon sujet: est-ce que c’est possible de refaire sa vie impunément, sans conséquences?"

LES COMPERES

Bien qu’il ait une longue et riche carrière comme auteur derrière lui, Claude Meunier n’avait pas encore tâté de la réalisation avant Le Grand départ, et il a hésité quelque peu avant de faire le saut. "Au début, j’ai pensé peut-être ne pas le réaliser, admet-il. J’avais déjà beaucoup d’expérience à diriger les comédiens sur mes projets, mais la chose que j’appréhendais, c’était tout le côté technique, la caméra, les lentilles… Finalement, j’ai parlé à des gens, dont Denys Arcand, qui a été conseiller au scénario d’ailleurs, puis il m’a dit: "Non, non, non, let’s go, t’as du monde qui s’occupe de ça autour de toi." Et en effet, j’ai pu compter sur le directeur photo Bruce Chun, qui est un gars avec un talent exceptionnel."

Pour tenir le rôle principal de son film, il était tout naturel que Meunier fasse appel à Messier, avec qui il collabore depuis une trentaine d’années. "On s’est connus au milieu des années 1970, se rappelle l’acteur. Il y avait une émission pour enfants à Radio-Canada qui s’appelait La Fricassée; Claude était auteur là-dessus, moi, j’étais comédien. Après ça, j’ai joué dans les pièces que Claude a écrites avec Louis Saïa [ndlr: Broue, Appelez-moi Stéphane, Les Voisins]… Puis un moment donné, il y a eu La Petite vie, qui a été un peu le paroxysme; ça a vraiment marché fort, et ça marche encore fort d’ailleurs!"

"En lisant le scénario du Grand départ, poursuit Messier, tu vois très bien que Claude m’avait en tête comme acteur lorsqu’il l’a écrit, le rôle de Jean-Paul; j’avais l’impression de m’écouter parler! Je suis toujours bien content de jouer ses textes. C’est pas tout le temps que tu peux jouer dans quelque chose que toi, en tant que spectateur, tu aimes aussi, mais ça a toujours été le cas avec Claude. Dès la première fois où j’ai lu un sketch de lui, c’est quelqu’un qui m’a toujours rejoint."

À voir si vous aimez /
L’univers de Claude Meunier, American Beauty de Sam Mendes, L’Âge des ténèbres de Denys Arcand

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LE GRAND DEPART

Pour ce premier long métrage en tant que réalisateur, Claude Meunier demeure en terrain connu sur le plan des thèmes abordés (le couple, la famille, la banlieue, etc.), mais le ton diffère quelque peu de ce à quoi il nous a habitués. En effet, bien que quelques passages fassent très sitcom, le film se veut généralement plutôt comico-dramatique et fait preuve d’une certaine sobriété, à des lieues de l’absurdité débridée de Ding et Dong, le film, par exemple. Malgré quelques maladresses ici et là, Meunier se débrouille plutôt bien derrière la caméra, et on doit au moins lui accorder qu’il sait bien s’entourer, notamment en ce qui a trait aux acteurs. Outre les toujours fiables Marc Messier et Rémy Girard, Patrick Drolet nous offre plusieurs moments savoureux. Guylaine Tremblay et Hélène Bourgeois-Leclerc font toutefois moins bonne figure, en partie parce que les rôles féminins du film sont plutôt ingrats.

Minou, c'est fini Critique par Voir - . Cote: 2.5

Grand départ (Le)
Réalisateur : Claude Meunier

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