Üç maymun

Réalisateur
Nuri Bilge Ceylan

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Les Trois Singes (Üç Maymun), de Nuri Bilge Ceylan, remportait le Prix de la mise en scène l’an dernier à Cannes.

En pleine campagne électorale, Servet (Ercan Kesal) frappe mortellement un homme avec sa voiture. À sa demande, son chauffeur Eyüp (Yavuz Bingöl) prend le blâme. Durant son emprisonnement, son fils Ismail (Ahmet Rifat Sungar) réclame à Servet de l’argent pour l’achat d’une auto. Sa femme Hacer (Hatice Aslan) va chercher l’argent chez le politicien avec qui elle entretiendra bientôt une liaison. Quelques mois plus tard, Eyüp revient à la maison.

S’inspirant de la fable des trois singes de Confucius (ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire), le cinéaste turc Nuri Bilge Ceylan propose un mélodrame aussi esthétique qu’émouvant où il erre savamment entre réalisme, onirisme et surnaturel. D’emblée, on reconnaît la signature de ce poète de l’image, laquelle peut provoquer l’agacement, voire l’ennui, si l’on ne tombe pas sous l’envoûtement de la grande plasticité des plans (gracieuseté de Gökhan Tiraky, qui secondait Ceylan sur le plateau d’Iklimler), de la force d’évocation des couleurs délavées ou encore de l’efficace économie des dialogues.

Pas de place pour les propos psychologisants dans ce portrait d’une famille dysfonctionnelle écrit par Ceylan, Kesal et Ebru Ceylan. De fait, le réalisateur d’Uzak préfère capter la souffrance des êtres dans leur rapport avec les éléments – le vent, la lumière du soleil, le bruit de la mer – et les lieux (comme cette maison décrépite jouxtant une voie ferrée), leur incommunicabilité et leurs émotions qu’ils cachent aux autres. Qu’il les cadre impudiquement de près ou de très loin, rien de leur mal-être ne lui échappe.

C’est ainsi qu’une banale idylle, placée sous le signe d’une ballade sirupeuse servant de sonnerie de portable, devient chez Ceylan l’expression du drame prenant d’une femme victime de son statut social, devenue, à l’instar de son mari et de son fils, un vulgaire jouet entre les mains d’un homme de pouvoir. Poussant l’audace jusqu’à faire entrer en scène le spectre d’un enfant, ce qui aurait pu faire sombrer Les Trois Singes dans l’horreur ou le ridicule alors que ces apparitions spectrales, évoquant davantage Bergman que Shakespeare, dévoilent les protagonistes dans toute leur vulnérabilité, le cinéaste transcende l’intrigue première en la doublant d’une réflexion métaphysique sur la fatalité.

À voir si vous aimez /
Les Climats (Iklimler) de Nuri Bilge Ceylan, La Nuit (La Notte) de Michelangelo Antonioni, Cris et Chuchotements d’Ingmar Bergman

Secrets et mensonges Critique par - 2009-04-30
Cote: 4

Üç maymun

Réalisateur : Nuri Bilge Ceylan

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