Dans Adoration, qui a mérité le prix du jury oecuménique au Festival de Cannes à Atom Egoyan, le texte d’un élève suscite l’émoi chez les internautes.

En 1986, un fait divers a frappé Atom Egoyan: une Irlandaise enceinte s’était fait arrêter à l’aéroport après que les douaniers eurent découvert dans son sac une bombe que son fiancé jordanien avait cachée à son insu. Ce n’est que plusieurs années plus tard que l’histoire est revenue hanter le cinéaste, qui en a fait le point de départ de son 12e long métrage, Adoration, où un jeune garçon écrit, à la demande de son enseignante (Arsinée Khanjian), ce que son père a fait à sa mère.

"Pour moi, c’était la première fois que je réalisais qu’un terroriste pouvait faire abstraction d’un être humain, d’une personne qu’il aime, se souvient Egoyan, rencontré au Festival du Nouveau Cinéma l’automne dernier. Comme le grand-père de Simon (Kenneth Welsh) en a fait autant avec le père de celui-ci, Simon (Devond Bostick) lui recrée un passé afin de le comprendre, de prouver qu’il n’était pas le monstre que son grand-père décrit."

Ce qui ne devait être qu’un travail pour l’école devient bientôt un sujet brûlant dans un forum de discussion sur Internet: "Le film essaie de dire que l’on peut provoquer des discussions incroyables sur Internet, susciter de vives émotions, mais que souvent, celles-ci sont jouées parce que la technologie nous entraîne à créer de la tension. La première partie d’Adoration tourne autour des forums de discussion sur Internet et la structure s’en inspire beaucoup; la seconde partie s’intéresse davantage aux rapports humains, donc les gens se rencontrent pour discuter, se raconter", explique-t-il.

Les fans d’Egoyan l’auront deviné. Ce dernier se penche une fois de plus sur la place de la technologie dans nos vies: "Je suis un auteur dramatique qui s’intéresse aux êtres humains dans notre culture, à notre époque, admet-il. La technologie, c’est ce que nous utilisons pour communiquer entre nous. Dans mes premiers films, elle était utilisée de façon plus privée, en circuits fermés. Dans Adoration, bien que la texture soit la même, soit de montrer des visages sur plusieurs écrans, c’est très différent. La technologie y est largement disponible pour tous. Avant tout, Adoration est un récit d’apprentissage, de passage à l’âge adulte, de recherche d’identité. La quête de Simon dépasse l’univers virtuel, il devra demeurer de plain-pied avec la réalité physique pour découvrir la vérité sur ses origines. Je ne cherche pas à juger la technologie, seulement à en découvrir les limites."

Arsinée Khanjian poursuit: "Ce qui est dangereux là-dedans, c’est lorsque nous ne sommes pas capables de nous situer dans le réel et le virtuel. L’important, c’est de bien comprendre tous les paramètres et de ne pas nous abandonner, de ne pas renier notre sensibilité, notre empathie, nos croyances, nos principes dans cette vie virtuelle, comme s’il s’agissait du monde réel. Il ne faut pas oublier que la technologie nous fournit les outils pour mieux fonctionner dans le monde réel."

Parmi les aspects de la technologie qui intéressent Atom Egoyan, il avouera que c’est la facilité avec laquelle les adolescents se créent des avatars qui le fascine le plus. "Je ne dirais pas que ce sont des mensonges, analyse-t-il, j’appellerais plutôt cela de la schizophrénie acceptée. Dans la réalité, nous pouvons établir des liens avec 200 personnes – enfin, il serait plus juste de dire 150 personnes. Certains programmes nous permettent d’être en contact avec 2000 personnes, des personnes que nous acceptons comme amis, alors que nous ne les connaissons pas vraiment. Nous menons deux niveaux de vie sociale, l’un qui est réel, l’autre, en partie imaginaire. C’est naturel, car c’est ainsi que nous évoluons."

"La technologie ne cesse de multiplier les moyens de communiquer entre nous, mais jamais cela remplacera ce dont nous avons besoin fondamentalement, soit l’intimité des rapports humains", conclut, non sans une pointe d’espoir, la muse d’Egoyan.

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Family Viewing et Speaking Parts d’Atom Egoyan

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ADORATION

À la demande de son professeur de français (Arsinée Khanjian), un adolescent (Devond Bostick) élevé par son oncle (Scott Speedman) à la suite du décès de ses parents recrée son passé de toutes pièces. S’ensuivent de vives et nombreuses réactions dans la communauté Internet.

Après son film le plus commercial, Where the Truth Lies, Atom Egoyan revient avec bonheur à un style plus personnel. Se livrant à une réflexion pertinente sur l’identité et nos rapports à la technologie, le réalisateur signe une mise en scène intimiste où l’utilisation d’écrans d’ordinateur, d’appareils photo ou de portables permet la création d’intéressants cadrages gigognes.

Récit polyphonique captivant où s’entrecroisent réalité et fiction, passé et présent, cultures occidentale et orientale, Adoration se révèle un film d’une froideur clinique où l’émotion se fait discrète mais néanmoins sentie.

Écrire, dit-elle Critique par Voir - . Cote: 3

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