$9,99, premier long métrage d'animation de l'Israélienne Tatia Rosenthal, s'interroge sur le sens de la vie.
S’inspirant de son propre court métrage A Buck’s Worth, Tatia Rosenthal s’impose avec force dès la première scène de $9,99, conte urbain pour adultes aux doux accents surréalistes co-écrit avec le romancier Etgar Keret. Armé d’un revolver, un mendiant menace un passant de se suicider s’il ne lui donne pas un dollar pour un café. Le premier deviendra à son corps défendant l’ange gardien d’un veuf esseulé et bavard, tandis que le second essaiera de reprendre le cours normal de sa vie en compagnie de son fils chômeur, qui vient de s’acheter une brochure de $9,99 sur le sens de la vie. Vivent autour d’eux dans le même building un gamin ayant pour ami sa tirelire en forme de cochon rose au sourire perpétuel, un étudiant noyant sa peine d’amour en compagnie de minuscules fêtards et un mannequin pour qui le petit ami sera prêt à d’étonnants sacrifices par amour.
Porté par une réflexion sur le sens de la vie somme toute bien secondaire et pour laquelle l’intérêt s’étiole graduellement à mesure que se dessine le destin de chaque personnage, $9,99 s’avère d’une singulière et envoûtante poésie. Ainsi, il y a fort à parier que ce film d’animation pourrait séduire les cinéphiles affectionnant plus ou moins le genre. Nul doute que bon nombre de ceux-là oublieront même que les personnages sont faits de silicone tant la talentueuse réalisatrice a su leur insuffler une vie propre, une âme. À cela s’ajoute la prestation naturelle des acteurs leur prêtant leur voix, Geoffrey Rush et Anthony LaPaglia en tête. Plus encore, c’est le parfait équilibre entre le souci du réalisme et la recherche de l’étrangeté de cet univers à la fois insolite et familier qui ravira quiconque aime ou non l’animation.
Grâce à ses très nombreuses qualités techniques et visuelles, $9,99 passe tout près de faire oublier le lourd pessimisme qui y règne en maître, de même que les dialogues des personnages, souffrant tous de solitude, quand ce n’est pas de pur égoïsme, qui se révèlent bientôt redondants et, surtout, offrant bien peu de réponses à leurs questions existentielles. Heureusement, Rosenthal et Keret livrent une conclusion où point l’espoir, sans pour autant dénaturer ce qui fait la particularité de leur monde morose et déroutant.
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