1981, de Ricardo Trogi, met en scène Jean-Carl Boucher dans le rôle de... Ricardo Trogi à l'époque des walkmans, des K-Way et de la douteuse méthode de lecture du Sablier.
Premier long métrage de Ricardo Trogi écrit tout seul comme un grand, 1981 n’aurait sans doute jamais vu le jour n’eût été d’une panne d’inspiration en cours d’écriture d’un autre scénario de film. Pour le plaisir, Trogi s’est alors mis à écrire en vrac ses souvenirs de jeunesse.
"Les gens me demandent comment j’ai pu me souvenir d’autant d’éléments des années 1980, révélait-il à quelques jours de présenter 1981 en ouverture du Festival des Films du Monde. C’est pas compliqué: en restant devant son ordi pendant deux heures, beaucoup de choses remontent à la surface. Au début, je craignais de ne pas avoir assez de stock, mais rapidement, je me suis rendu compte que j’aurais pu écrire une douzaine de demi-heures pour la télé."
Après s’être livré à un ménage en règle, Trogi s’est donc retrouvé avec un récit fortement autobiographique où il revisite l’année de ses 11 ans, époque où sa famille déménagea à Cap-Rouge, en banlieue de Québec (à ce sujet, lire, sur www.voir.ca, l’entrevue que Ricardo Trogi a accordée à David Desjardins de Voir Québec), alors que la récession commençait à poindre à l’horizon.
Porté par les souvenirs de Ricardo Trogi, 1981 raconte les tribulations d’un jeune garçon avide de tous les nouveaux gadgets figurant dans le catalogue Distribution aux consommateurs, prêt à mentir pour se faire des amis et, à l’instar de Brialy dans Le Genou de Claire, obsédé par une partie de l’anatomie de la jolie première de classe.
C’est à Jean-Carl Boucher, cinéphile averti de 15 ans rêvant d’être réalisateur, qu’est revenue la lourde tâche d’incarner le jeune Trogi. Et à le voir à l’écran, ce choix ne peut sembler qu’évident: "Lorsque nous nous sommes rencontrés, il y a eu tout de suite une connexion entre nous. Beaucoup me prennent pour son fils. C’est drôle parce que si je devais faire un film sur ce que je serai plus tard, c’est lui que je prendrais pour mon rôle!"
Si le désir de raconter fidèlement l’époque se retrouve à l’écran, Trogi ne livre pas pour autant un cours d’histoire: "En fait, je me suis contenté de détails essentiels parce que les gens connaissent bien l’époque. Je ne voulais pas tout montrer et commenter tout ce qui se passait à ce moment-là. J’y suis allé de façon très personnelle."
"Je trouve que dans 1981, l’année n’est pas si importante que cela, explique Jean-Carl Boucher. On retrouve l’esprit de l’époque, mais lorsqu’on porte attention aux émotions, on se rend compte que c’est très actuel, très rassembleur. Contrairement au film de Francis Leclerc, Un été sans point ni coup sûr, dans lequel j’ai joué, il n’y a pas d’événements majeurs qui influencent l’action des personnages."
"J’ai fait le tour des événements de l’époque, poursuit le réalisateur, qui songe déjà à tourner 1987. Je n’aime pas quand il y a des parenthèses dans un film pour nous rappeler que tel politicien a dit telle chose, pour aider à situer le monde dans le temps. Les décors feront la job… Le problème, c’est de miser sur une histoire avec des petits enjeux. On est loin d’un récit d’enfant battu!"
Certes, 1981 ne mise pas sur les rebondissements ni les grands enjeux dramatiques. Heureusement, le récit est raconté du point de vue d’un gamin à l’imagination débordante et à la mémoire parfois défaillante. S’y retrouvent ainsi des souvenirs de guerre de papa Trogi où évoluent des nazis s’exprimant en joual, de même que des personnages du Petit Prince qui y passent un mauvais quart d’heure.
"Je trouve que c’est plus humain de ne pas raconter l’histoire du point de vue d’un narrateur-dieu, avoue Trogi que l’on verra dans Le Baiser du barbu d’Yves Pelletier. Je trouvais ça intéressant d’écrire comme je parle, mais ç’a été plus difficile que je ne le pensais – ça fait parfois de drôles de phrases… Lorsque j’ai fait La Course destination monde, je faisais des narrations plus littéraires, je respectais plus les paramètres. Aujourd’hui, je maîtrise mieux ce que je suis et ce que je peux faire."
À voir si vous aimez /
Histoires d’hiver de François Bouvier, Un été sans point ni coup sûr de Francis Leclerc, A Christmas Story de Bob Clark
Lire la suite des propos de Ricardo Trogi sur le blogue Cinémaniaque.
1981
Narré par Ricardo Trogi, dont le ton informel et les commentaires hésitants amusent à tous coups, 1981 s’avère un voyage dans le temps tour à tour drôle, tendre et touchant. Échappant au piège de la nostalgie bébête, ce film très personnel du réalisateur d’Horloge biologique évoque par de judicieux éléments-clés les "charmes" des lendemains du référendum. Ainsi, certains souriront devant cette enseignante fumant en classe, ces passagers sans ceinture de sécurité ou ces escapades à la roulathèque sur Hard Times de Human League. Si le récit piétine dans l’anecdotique, Trogi ayant eu comme tant d’entre nous une jeunesse banale, force est de constater que nous serons plusieurs à être soufflés par l’authenticité de l’ensemble. Dans le rôle omniprésent de Ricardo, attachant préado matérialiste, manipulateur et menteur, Jean-Carl Boucher s’affirme comme la grande révélation du film, tandis que Sandrine Bisson et Claudio Colangelo s’avèrent très crédibles en parents dépassés par les désirs de fiston.





