Avec Un prophète, Grand Prix du jury à Cannes, Jacques Audiard signe sans doute son meilleur film et Niels Arestrup y trouve l’un de ses plus grands rôles.

"T’es sûr?" aurait répondu Niels Arestrup à Jacques Audiard lorsque celui-ci lui a demandé d’incarner le parrain corse César Luciani dans Un prophète. Il est vrai qu’avec sa blondeur et ses yeux liquides, l’acteur français d’origine danoise n’a pas du tout la gueule de l’emploi. Cependant, le réalisateur avait vu juste: Arestrup est stupéfiant et terrifiant dans ce rôle.

"L’important, c’était de raconter un parcours, se souvient Niels Arestrup rencontré à Paris, en l’occurrence celui d’un type en prison depuis longtemps et qui n’a pas d’espérance sur une sortie possible. À partir du moment où la "corsitude" ne me paraissait pas extrêmement importante, même si je devais faire un effort particulier pour apprendre la langue, pour entrer dans la sonorité et le rythme corses, à partir du moment où Jacques n’avait pas peur, je n’avais pas à avoir peur. D’ailleurs, beaucoup de Corses m’ont joint sur Facebook pour me remercier de parler aussi bien le corse."

Interprète du père truand de Romain Duris dans De battre mon coeur s’est arrêté, Arestrup ne cache pas que cette deuxième collaboration avec Audiard fut, quoique formidable, bien différente de la première: "Jacques était beaucoup moins présent sur le plan affectif; il nous laissait dans notre solitude, nos angoisses, nos questions. Chez les prisonniers, le sentiment de solitude est très fort, même si on a des copains. Je crois que Jacques faisait le maximum pour que l’on s’approche, même d’une manière inconsciente, de certaines conditions propres à l’incarcération."

Arestrup se rappelle les conditions du tournage: "Il y avait une centaine de figurants, dont beaucoup avaient vécu la prison. Cela ne faisait que renforcer mon sentiment de responsabilité, de ne pas trahir et de respecter la situation particulière de l’enfermement. Tout ça était un petit peu angoissant… Il faisait très froid, on était dans un bâtiment en béton, sans murs coulissants pour installer les caméras. Jacques voulait que le spectateur soit dans une situation de regard équivalente à celle qu’on a dans une cellule."

Pour son premier rôle important au cinéma, Tahar Rahim incarne le jeune Malik que César prendra sous son aile afin de mieux contrôler ce qui se passe intra et extra-muros. Cependant, Rahim n’a pas eu le même traitement de la part d’Arestrup qu’il qualifie de mythe: "Une vieille mite, ouais… Tahar était un peu en demande de conseils. Je ne voulais pas jouer les mentors et j’ai tout de suite compris qu’il n’en avait pas besoin. C’est un danger, se faire conduire par d’autres."

Quant à la polémique entourant le film dès sa présentation à Cannes à cause de sa représentation jugée raciste des Corses, Niels Arestrup n’en fait pas grand cas. "À partir du moment où un artiste a envie de parler de quelque chose, il doit avoir le maximum de liberté et de tranquillité dans son rapport avec ce qu’il est en train d’écrire. Il y a eu des réactions des Corses et des intégristes musulmans. C’est inévitable, mais ça ne doit pas interdire l’oeuvre puisque l’on peut considérer qu’une oeuvre est bonne quand il y a nécessité de la faire. Et c’était une nécessité pour Jacques, qui est assez libre pour ne se priver de rien."

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Regarde les hommes tomber de Jacques Audiard, Hunger de Robert Steve McQueen, Midnight Express d’Alan Parker

Les frais du voyage à Paris ont été payés par Unifrance.

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UN PROPHÈTE

Analphabète de 19 ans, Malik (Tahar Rahim, prodigieusement nuancé) est condamné à six ans de prison. Dès son arrivée, le chef des Corses (Niels Arestrup, colossal) lui offre sa protection à fort prix. D’après un scénario original d’Abdel Raouf Dafri et Nicolas Peufaillit, Un prophète propose une intrusion percutante et hypnotique dans les couloirs labyrinthiques d’une prison où chaque tournant se fait le théâtre de violence verbale et physique. Ponctué de forts moments oniriques, ce drame carcéral de Jacques Audiard s’avère aussi puissant dans sa réalisation recherchée que par son récit complexe illustrant brillamment la cruauté implacable régnant entre les murs. Fort d’un choix musical audacieux, d’un casting de gueules plus vraies que nature, Un prophète fait fi de toute morale et offre une conclusion à scier les jambes.

Un héros très discret Critique par - 2010-02-25
Cote: 4.5

Prophète, Un
Réalisateur : Jacques Audiard

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