Renouant avec David Savard et Isabelle Blais pour son deuxième long métrage, Yves Pelletier assume sa nature romantique, sa délicatesse et sa sensibilité féminine en signant Le Baiser du barbu, où il livre sans prétention une légère réflexion teintée de fantaisie sur le couple, l’engagement et l’ambition.

Automne 2006. Les fans et les victimes de RBO reçoivent un choc: celui que l’on aurait imaginé batifoler dans le sillage des frères Coen lance son premier long métrage, Les Aimants. Eh oui, une comédie romantique. En entrevue, Isabelle Blais, qui y tenait le premier rôle, avait même confié qu’avec cette première réalisation, l’interprète de l’inoubliable M. Caron nous dévoilait sa vraie nature. Yves Pelletier, romantique, délicat et sensible? Et quoi encore?

Sans doute que le scénariste-réalisateur avait bien fait de suivre ses instincts car Les Aimants connut le succès auprès du public et de la critique. Qui plus est, le film récolta trois Jutra, dont celui du Meilleur scénario. Six ans plus tard, le voici qui remet ça avec Le Baiser du barbu: "Je savais que ça lui ressemblerait, avance David Savard, le barbu du titre (imberbe lors de la rencontre), même si je trouve qu’il a osé encore plus que dans Les Aimants. Le Yves Pelletier que l’on voit dans ses films, c’est celui qu’on ne connaît pas, ce n’est pas le clown que l’on voit à l’écran, c’est son côté romantique et sensible, et c’est ce que je trouve beau."

"C’est mon karma, jure Pelletier. Je ne sais pas où ça va me mener, mais quelque chose me plaît dans la comédie romantique. J’aime le non-dit, les dialogues badins, les détails. Je me rends compte que c’est un truc qui me correspond et que Les Aimants, ce n’était pas un accident. Je n’ai pas fini de fouiller là-dedans parce que j’aime ça et je trouve que c’est riche."

Isabelle Blais renchérit: "Yves est très romantique même si ce n’est pas à la mode du tout; il se dit d’ailleurs vieux jeu. Il n’a pas la prétention de changer le cinéma; il amène juste sa touche personnelle et originale."

La barbe!

S’il traînait l’idée des Aimants depuis les années 1980, c’est en tournant Camping sauvage de Guy A. Lepage et Sylvain Roy, à l’été 2004, que la trame du Baiser du barbu germe dans l’esprit d’Yves Pelletier. Pour les besoins de son rôle de motard, celui qui se surnomme l’ancien maigre découvre les petits désagréments du port de la barbe.

"Cette situation-là m’intéressait et à un moment donné, en créant les personnages, en amorçant le scénario, je me suis rendu compte que les endroits où j’allais et ce que j’explorais dans chacune des scènes allaient me mener au même type de film. En dirigeant les comédiens, j’ai réalisé que c’était ce qui servait le mieux le propos."

Ayant exploité les chassés-croisés amoureux du point de vue du personnage féminin dans Les Aimants, Pelletier souhaitait cette fois s’intéresser au couple en privilégiant la perspective masculine. Formé de Benoît (Savard), barman et aspirant acteur, et Vicky (Blais), bibliothécaire et dramaturge dans le placard, le couple en question voit son petit bonheur ébranlé lorsque monsieur décide, à la suite d’une suggestion de son frère (Ricardo Trogi), ex-hockeyeur, de se faire pousser la barbe pour le rôle qu’il tient dans un souper-théâtre.

À propos de son personnage, David Savard avance ceci: "Benoît, c’est un rêveur qui se laisse influencer par sa blonde, par son frère, mais en même temps, il fait tout pour les autres jusqu’à ce qu’il se rende compte qu’il peut faire quelque chose pour lui. Ce qu’on a en commun, Benoît et moi, c’est qu’il n’est ni opportuniste ni carriériste. Tout ce qu’il veut, c’est faire son métier d’acteur."

Ce rôle, Savard n’aurait pu le refuser puisque c’est en pensant à lui, sans le lui révéler, que Pelletier l’a écrit: "Lorsqu’est venu le temps du dépôt aux institutions, je lui ai répondu: "Bof… O.K.!" poursuit l’acteur. C’est émouvant d’accepter un rôle en sachant qu’il a été écrit pour soi. D’autant plus que je ne suis pas une vedette… et que ce n’est pas mon but non plus d’en être une. J’ai adoré pouvoir jouer mon personnage à différents niveaux: dans sa vie, sur scène, en audition, dans ses rêves. C’était un vrai plaisir parce que s’il est triste, il est défait; s’il est content, il est fou de joie; s’il est saoul, c’en est presque burlesque à la Olivier Guimond."

"Benoît, c’est la figure christique, sa barbe a un effet magique, contagieux, explique Yves Pelletier. Ce n’est pas pour rien qu’il se fait appeler Jésus par l’itinérant (Daniel Grenier). Il a l’air d’un irresponsable, d’un adulescent, mais sa quête, c’est qu’il n’a pas renoncé à ses rêves et qu’il sauve tout le monde. Dans les faits, il est sur le bord de baisser les bras, mais la situation change à cause d’un élément qu’il croit magique."

Ensemble, c’est tout

Magique ou non, la barbe de Benoît déplaira tant à Vicky que celle-ci finira par développer une allergie et devenir pogonophobe (phobique de la barbe). Si Yves Pelletier avait exploité sa beauté lui rappelant La Jeune Fille à la perle de Vermeer dans Les Aimants, Isabelle Blais n’a rien de l’ingénue romantique ni de la Kiki de Borderline dans Le Baiser du barbu: "Isabelle, tu peux la tremper dans le goudron et l’éclairer avec une lampe de poche, elle est tout le temps bonne et belle", assure toutefois le réalisateur.

"Disons que c’était un bel exercice d’humilité, admet l’actrice. C’est l’fun de me glisser tour à tour dans la peau de ces filles-là, mais comme ça faisait cinq mois que j’avais accouché, je ne me sentais pas super bombe sexuelle! Vicky collait bien à ce que je ressentais à ce moment-là. Personnellement, j’aime me retrouver dans un projet différent du précédent."

Isabelle Blais ajoute: "Ce n’est pas tout noir et blanc chez les personnages d’Yves. Normalement, les personnages principaux d’une comédie romantique doivent être attachants. Là, Vicky se plaint tout le temps d’avoir un peu mal quelque part, elle est douillette, elle a toujours une petite doudoune… Il ne fallait pas qu’elle soit trop énervante parce qu’on devait comprendre pourquoi Benoît et elles sont ensemble."

Alors qu’il exploitait les jeux de masques à la Marivaux dans son précédent film, cette fois, Yves Pelletier s’amuse avec des jeux de miroirs en opposant différents couples, tels ceux que Benoît forme avec sa consoeur (Brigitte Pogonat) au théâtre, avec la star Mélissa Morin (Bénédicte Décary) lors d’une audition, le couple que celle-ci forme avec le producteur (Benoît Gouin) et, surtout, le couple d’amis (Hélène Bourgeois-Leclerc et Pierre-François Legendre) chez qui Vicky trouve refuge.

"Je suis le premier à ne pas le respecter, confesse Yves Pelletier, mais de nos jours, l’engagement amoureux n’a pas vraiment de poids. Je voyage beaucoup et je me rends compte qu’il n’y a pas que des mariages arrangés, il y a des couples heureux qui se basent sur la parole donnée. Peut-être que ça représentait le Québec il y a quelques années, mais ça n’a pas beaucoup de poids aujourd’hui. De nos jours, on est autonome, on est chacun dans sa bulle et sur Twitter. On est dans le règne de l’accomplissement du moi."

"Benoît et Vicky ont des positions opposées et s’affrontent, c’est La Guerre des Rose sur le gros, gros, gros dimmer. J’avais la volonté d’illustrer une antagonisation des rapports intimes. Je trouve qu’au niveau social, il n’y a pas beaucoup d’affrontements, de discussions. J’aime mettre la résolution plutôt que l’observation d’un conflit. Je trouve qu’on a souvent tendance à faire des constats d’opposition, mais c’est rare qu’on prenne la parole pour proposer une solution. Alors voilà, c’est ma petite solution… qu’il est temps que j’applique moi-même!" conclut Yves Pelletier.

À voir si vous aimez /
Les Aimants d’Yves Pelletier, Barefoot in the Park de Gene Saks, Ma femme est une actrice d’Yvan Attal

ooo

Le Baiser du barbu
Sur les conseils de son frère (Ricardo Trogi, sympathique), un acteur (David Savard, attendrissant) se fait pousser la barbe. Or, si ce changement de look lui apporte de bonnes critiques et, du coup, l’attention d’un réalisateur survolté (Louis-José Houde, amusant), ce dernier voit son couple mis en péril lorsque sa copine (Isabelle Blais, convaincante), dramaturge dans le placard, se découvre allergique aux poils.
Serait-ce qu’Yves Pelletier ait mis la barre haut avec Les Aimants pour que le coup de foudre ne soit pas cette fois aussi foudroyant? Il y a sans doute un peu de cela. Si l’on y retrouve avec grand plaisir la douce folie de l’ex-RBO dans la direction artistique de Francis Tremblay (portez une attention particulière aux affiches et aux jaquettes de livres), Le Baiser du barbu paraît pourtant quelque peu terne à côté du pimpant précédent film.
Il est vrai que Pelletier a privilégié une palette de couleurs terre, laquelle ne met pas en valeur la beauté du couple Savard/Blais (mais en ont-ils vraiment besoin?), et qu’on ne retrouve pas ici de charmantes chansons mémorables comme celles de Carl Bastien et Dumas. Cela dit, le scénariste-réalisateur n’a pas perdu la main pour autant.
Hormis quelques scènes fantaisistes ressemblant à des sketchs pour la télé, Le Baiser du barbu bénéficie d’un rythme soutenu, de répliques d’une gentille drôlerie, de personnages attachants et d’un casting au diapason. Qui plus est, Yves Pelletier a beau emprunter les sentiers battus de la comédie romantique, jamais on ne sent dans cette désarmante radiographie d’un couple en crise que celui-ci se moque du spectateur.

Qui s'y frotte s'y pique Critique par Voir - . Cote: 3

Baiser du barbu, Le
Réalisateur : Yves Pelletier

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