Leonardo DiCaprio envahit les rêves d’autrui dans Inception de Christopher Nolan, ambitieux film trompe-l’oeil à saveur philosophique portant sur le sens de la vie, la conscience, la mémoire, l’espace et le temps. Entouré de mystère, Inception est aussi un film d’action où des mondes se créent et se détruisent de manière hautement esthétique.

Avec Inception, Christopher Nolan atteint un but très convoité, lequel a rarement été à la portée d’un réalisateur de Hollywood. Ainsi, il a signé un film d’art extrêmement personnel, parfaitement complexe et très obscur doté d’un budget gargantuesque de 160 M$.

Bien que des légions de fans de Christopher Nolan salivent en pensant à la sortie du film, l’un des premiers succès d’Inception réside dans le fait que très peu en savent bien long sur le sujet. Demeurées notoirement non informatives, les bandes-annonces et les affiches montrent seulement les personnages dans diverses scènes d’action et nous préviennent que "notre esprit est la scène du crime". Cela dit, dans cette industrie, le secret peut être une marque de commerce.

"Il est certainement difficile d’équilibrer le lancement d’un film afin de rejoindre tout le monde et d’en préserver la fraîcheur, avance Nolan, rencontré à Los Angeles, à propos de la singulière stratégie de marketing dont a fait l’objet Inception. Lorsque je vais au cinéma, mon plus grand plaisir a toujours été le moment où les lumières s’éteignent et que le film commence sans que je sache à quoi m’attendre. Je veux être surpris, diverti par un film, et c’est ce que nous avons tenté de faire ici pour les spectateurs… Je ne vois pas cela comme quelque chose de secret, mais plutôt d’approprié. Nous invitons le public à venir voir le film en lui dévoilant quelques images et un peu de la prémisse, mais nous ne voulons pas tout lui révéler."

Mélange extravagant de film de casse, de thriller, de drame d’espionnage, de romance néoréaliste et de science-fiction, Inception de Christopher Nolan a plusieurs raisons de séduire de nombreux spectateurs, même si les paresseux n’aimeront pas le fait que ce récit de 148 minutes se déroule en plusieurs endroits en même temps.

De fait, Inception est campé dans un futur pas si lointain où la technologie permet aux intrus de pénétrer dans les rêves des autres, de même que dans au moins sept dimensions des états de conscience du rêve qui existent simultanément pour plusieurs personnages – dans le film, cela a du sens.

HOMME DE RÊVE

"Ce qui était très intéressant pour moi, admet Leonardo DiCaprio, également interviewé dans la ville des anges, c’était de lire le scénario original de Nolan. De toute évidence, la structure de l’histoire était extrêmement ambitieuse dans la mesure où se retrouvaient simultanément différents états du subconscient représentant différents états du rêve, chacun agissant sur l’autre… Ce qui était saisissant pour moi, c’était de le voir, ce qui est la magie du cinéma. On identifie clairement un scénario par rapport à un autre et cela devient une expérience complètement différente… C’était beaucoup plus facile à comprendre que je ne l’aurais cru. Cela atteste à quel point les films et le support visuel peuvent séduire."

"Je suis fasciné par les rêves depuis mon enfance et la relation entre les films et les rêves m’a toujours intéressé, confie Nolan. J’aime l’idée d’essayer d’illustrer les rêves à l’écran… Pour moi, l’intérêt principal dans les rêves, et l’intérêt de faire ce film, c’est la notion voulant que votre pensée, lorsque vous dormez, peut créer entièrement un univers dans lequel vous pouvez aussi évoluer sans vous en rendre compte. Cela en dit long sur le potentiel de la pensée, particulièrement sur son potentiel créateur."

Dans ce monde onirique, l’on retrouve d’abord Cobb (Leonardo DiCaprio), habile "extracteur" d’importants secrets dont le travail consiste à envahir les rêves des autres et à entraîner des détenteurs de secrets, tels des dirigeants d’entreprise, à se protéger des autres "extracteurs" lorsqu’ils rêvent, et Arthur (Joseph Gordon-Levitt), son bras droit. Viennent ensuite la mystérieuse Mal (Marion Cotillard), qui hante le subconscient de Cobb, et Ariadne (Ellen Page), "architecte" pouvant construire des paysages pour Cobb. Enfin, s’ajoute Robert Fischer, Jr. (Cillian Murphy, l’épouvantail dans Batman Begins de Nolan), cible dont le subconscient regorge de richesses à piller.

À propos de son personnage, qui intervient la plupart du temps dans des rêves, DiCaprio explique: "C’était intéressant de tourner ce film parce que je ne suis pas et n’ai jamais été un grand rêveur; je me souviens de fragments de mes rêves. J’ai essayé d’adopter une approche traditionnelle pour ma préparation. J’ai lu des livres sur l’analyse des rêves et celui de Freud sur l’interprétation des rêves… Puis, j’ai réalisé qu’il s’agissait du monde onirique de Chris Nolan, avec sa propre structure et ses propres règles. Alors pendant deux mois, mon travail a consisté principalement à m’asseoir avec Chris et parler de la structure de ce monde."

Aurait-il donc accepté le rôle pour combler ses carences en rêves? "La seule chose évidente que j’ai pu extraire de mes recherches, poursuit l’acteur, c’est que la psychologie des rêves n’est pas une science spécifique. Cela dépend de chaque individu. Chaque jour, nous supprimons des choses, des émotions ressenties, des pensées que nous n’avons pas encore assez fouillées. Durant le sommeil, notre pensée déclenche au hasard dans notre subconscient différentes structures narratives surréalistes, et au réveil, nous devrions porter attention à cela."

AUX FRONTIÈRES DU RÊVE

Pour ceux qui ont aimé le premier long métrage de Nolan, Memento (2000), et ont toujours trouvé chic que plusieurs grands studios l’aient rejeté, Inception s’avère une raison de célébrer. C’est le cas aussi pour ceux qui ont compris que les films sur l’homme chauve-souris de Nolan, Batman Begins (2005) et The Dark Knight (2008), ne tournaient pas nécessairement autour des aventures d’un justicier masqué.

Tourné dans différents lieux, dont la Grande-Bretagne, les Rocheuses et Tanger, Inception agit sur l’esprit tout aussi bien que sur les glandes surrénales. Ainsi, le film évoque par ses traits psychologiques L’Année dernière à Marienbad d’Alain Resnais (Nolan clame toutefois ne l’avoir jamais vu) et The Matrix des Wachowski, et par ses scènes d’action, un film de James Bond de même qu’une poursuite dans un labyrinthe dessiné par M.C. Escher. Évidemment, dans les rêves de Nolan, aussi bien que dans Inception, il s’agit là de son intention absolue.

"Lorsque j’envisage de créer un monde sans frontières et de l’utiliser comme terrain de jeu pour l’action, l’aventure et davantage, je gravite naturellement autour de mondes cinématographiques, admet-il à propos du scénario qu’il a gardé dans ses tiroirs durant une décennie. Sans avoir une trop grande confiance en moi ni de trop grandes intentions, j’ai certainement permis à ma pensée, en cours d’écriture, de vagabonder là où elle irait naturellement, soit vers différents films de casse et d’espionnage. Ma pensée s’appuyait donc déjà sur cet univers", conclut Christopher Nolan.

Le visiteur Critique par - 2010-07-15
Cote: 4

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