Dans Trois temps après la mort d'Anna, Catherine Martin propose une bouleversante réflexion sur le deuil.
En pleine saison des blockbusters, Trois temps après la mort d’Anna s’amène discrètement sur nos écrans après un passage remarqué au Festival du film de Karlovy Vary. Sans doute qu’à l’idée de vivre par procuration la détresse d’une femme (Guylaine Tremblay, prodigieuse de retenue) dont la fille violoniste (Sheila Jaffé) vient d’être assassinée, certains préféreront s’étourdir devant un pétaradant film d’action.
On ne saurait les blâmer de vouloir se divertir; toutefois, force est d’admettre que s’ils prenaient aussi le temps de plonger dans l’univers de Catherine Martin (Mariages, Dans les villes), ils découvriraient que malgré les carences et les confusions de notre système de financement, il se fait encore ici des films portant un regard sensible sur notre société, s’inscrivant parfaitement dans la lignée de nos plus grands cinéastes et dont la portée universelle pourrait très bien leur donner une place de choix dans la filmographie internationale.
Ainsi, en campant l’action de Trois temps après la mort d’Anna à Kamouraska au coeur de l’hiver, la réalisatrice revisite la terre de nos ancêtres tout en évoquant les plus belles scènes de notre cinéma à l’époque où les cinéastes, tels les Perrault, Jutra et Carle, osaient affronter la blanche saison. Qui plus est, par sa volonté d’illustrer frontalement la douleur de la protagoniste, d’adopter un rythme contemplatif et d’économiser le verbe, Catherine Martin semble faire écho à d’illustres artistes d’ailleurs, dont Bergman et Dreyer.
Alors qu’elle cherche réconfort en communiant avec la nature, à l’image des romantiques, cette femme privée à jamais de sa maternité dialogue avec les fantômes de sa mère et de sa grand-mère (Paule Baillargeon et Denise Gagnon, émouvantes), donnant lieu aux scènes les plus touchantes où Martin rend hommage aux femmes du passé. À ces moments d’émotion s’ajoutent les tête-à-tête à fleur de peau avec l’amour de jeunesse qu’interprète avec justesse François Papineau.
Porté par de longs silences introspectifs que vient ponctuer subtilement la musique prenante de Robert Marcel Lepage, Trois temps après la mort d’Anna propose certes un drame des plus sombres, mais à l’instar de la neige – laquelle rappelle le linceul d’Anna et la dépouille pétrifiée de la mère dans Mariages – précédant l’éveil du printemps, la noirceur fera place peu à peu à une lueur d’espoir. En résulte un magnifique hymne à la vie.
À voir si vous aimez /
Mariages de Catherine Martin, La Neuvaine de Bernard Émond, Cris et Chuchotements d’Ingmar Bergman
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