Le Jeu de la mort, de Christophe Nick et Thomas Bornot, revisite la controversée expérience de Milgram sur l’obéissance.

L’être humain est-il soumis au pouvoir de la télé au point d’accepter de causer la mort d’un autre être humain en direct aux heures de grande écoute? Voilà la question provocante que pose Le Jeu de la mort, de Christophe Nick (producteur et auteur) et Thomas Bornot (réalisateur), dont les conclusions sont alarmantes. Si l’on en croit leur expérience, 80 % d’entre nous sommes prêts à perpétrer des actes cruels si une autorité puissante, en l’occurrence la télévision, nous y contraint.

Ainsi, ils ont créé un jeu télévisé inspiré de l’expérience de Milgram de 1960, dans le cadre de laquelle des candidats étaient invités à administrer, sous l’oeil d’une autorité scientifique, des décharges électriques de plus en plus puissantes à d’autres candidats quand ces derniers ne répondaient pas correctement à des questions de mémoire. Le scientifique Milgram cherchait par là à mesurer le degré de soumission de l’être humain à l’autorité. Évidemment, les électrochocs étaient faux et le candidat interrogé était un acteur.

De nos jours, croient Nick et Bornot, le pouvoir est entre les mains de la télé, ou plutôt des mécanismes de marketing que la télé commerciale a mis au centre de sa pratique en misant sur les pulsions de l’être humain.

"Le marketing, dit le producteur, s’est rendu compte que l’expression des pulsions et de la cruauté est un moyen extraordinaire pour capter l’attention. Ça a dérapé jusqu’à rendre l’humiliation de l’être humain parfaitement télévisuelle, et les participants des émissions de téléréalité y perdent de plus en plus leur libre arbitre."

Soumis à l’autorité d’une animatrice insistante et d’une foule bruyante, 80 % des questionneurs sont allés au bout du Jeu de la mort malgré leur malaise grandissant. C’est 20 % de plus que les candidats de Milgram, selon les résultats analysés par une équipe de spécialistes dirigés par le psychosociologue Jean-Léon Beauvois.

"Pour pouvoir comparer les deux expériences, dit Bornot, il fallait s’appuyer sur un protocole scientifique rigoureux. On s’est rendu compte que le fait de placer quelqu’un sous le contrôle d’une autorité sur un plateau de télé était plus fort que dans n’importe quel autre contexte. On est tous devenus des êtres télévisés. Il faut sourire, il faut que le show continue."

"Personne ne nous a appris à dire non, ajoute Nick. Nous vivons dans une société où l’illusion de liberté est grande, mais l’obsession de la sécurité et de l’encadrement est telle que nous ne savons plus désobéir pour sortir de ces cadres-là s’il s’avère nécessaire de le faire."

Les cinéastes rêvent d’un vrai débat au sein de la profession. Pas évident, car le film traite du pouvoir de la télé au sens très large et remet par là en question le travail de tous ses artisans. "Notre film, explique Nick, est insupportable pour beaucoup de journalistes qui refusent de prendre conscience de leur place dans l’engrenage de la télé. Ça les renvoie au fait qu’ils ont un énorme pouvoir sur les téléspectateurs, alors que la communauté journalistique, qui se prétend neutre, refuse de se voir exercer ce pouvoir."

À voir si vous aimez /
I… comme Icare d’Henri Verneuil, 1984 de George Orwell, La Mort en direct de Bertrand Tavernier

ooo

LE JEU DE LA MORT

Même si leur expérience semble scientifiquement fondée et qu’elle s’articule autour d’objectifs intellectuels très précis (réfléchir à l’emprise de la télé mais aussi, et surtout, à notre incapacité à désobéir aux lois de la masse et du commerce), il est clair que Christophe Nick et Thomas Bornot ont d’abord cherché à faire un documentaire-choc. Ça fonctionne à merveille. Le documentaire est percutant et ne laissera personne indifférent. Mais à trop insister sur leur faux jeu télévisé, que l’on voit agir sur un grand nombre de participants, les documentaristes manquent de temps pour approfondir leur pensée sur la société du consentement et pour expliquer les parallèles dérangeants qu’ils évoquent entre le pouvoir de la télé et celui des régimes totalitaires, par exemple. Dommage.

La société du consentement Critique par Voir - . Cote: 3

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