Film d'ouverture du FNC, 101/2, de Daniel Grou-Podz, s'intéresse au destin d'un garçon mal aimé pris en charge par un éducateur dévoué.
Par son souci d’authenticité, son esthétique réaliste et son approche sans fard de l’horreur quotidienne d’une jeunesse en détresse, 10 1/2, deuxième long métrage de Daniel Grou-Podz, évoque tour à tour Entre les murs de Laurent Cantet, le cinéma des frères Dardenne et Les Sept Jours du talion, d’après le roman de Patrick Senécal.
Visiblement nerveux à quelques heures de la soirée d’ouverture du FNC, Podz a tout de même pris le temps d’expliquer patiemment sa démarche: "Le film qu’on a beaucoup regardé, c’est 4 mois, 3 semaines, 2 jours de Cristian Mungiu parce que j’y trouve la caméra admirable. Elle n’est pas froide mais respectueuse; on n’est pas dans la pornographie de l’émotion comme chez Lars von Trier. Comme on tournait 10 1/2 en 235, on faisait attention de ne pas faire de belles prises parce que je ne voulais pas qu’on porte de jugement, d’où la lumière naturelle et l’absence de musique."
"Je voulais montrer la réalité, poursuit-il, mais sans tomber dans le cliché du documentaire comme on en voit trop aujourd’hui, plutôt dans l’esprit des années 70, comme le cinéma des frères Maysles ou de Gilles Groulx, du cinéma-vérité sans manipulation."
Écrit par Claude Lalonde (coscénariste des 3 p’tits cochons et de Filière 13 de Patrick Huard) d’après son expérience comme éducateur auprès de jeunes de 10 à 18 ans, 10 1/2 confronte le spectateur dès le début à des moments forts et difficiles. Laissé à lui-même, le jeune Tommy (Robert Naylor) regarde une scène de fellation tirée d’un film pornographique; par la suite, il exige la même chose d’un garçon de sept ans, ce qui provoquera son entrée dans un centre d’accueil où il sera pris en charge par Gilles (Claude Legault), éducateur d’une patience exemplaire.
"En lisant le scénario, explique Podz, je me suis demandé comment j’allais mettre cela en scène. La scène de fellation est une entrée en matière assez raide, mais qui fait comprendre que ce garçon manque de supervision, qu’on fait face à une enfance inhabituelle. Au début, c’était très oblique, puis je me suis dit que j’allais la montrer. J’ai compris par cette scène-là pourquoi on était venu me chercher…"
"Évidemment, tu te sens coupable de tourner une telle scène avec des jeunes, se souvient-il, mais en même temps, c’est bon pour le film – et les mères ont assisté au tournage de ces séquences. Je trouvais ces scènes nécessaires parce qu’elles démontrent où Tommy est rendu dans sa vie. Je ne voulais pas de compromis, alors il fallait garder la tête froide. Le scénario était déjà frontal, mais je voulais que la caméra soit un peu en retrait, tout en observant l’action. Ce que je voulais aussi, c’était ne pas montrer les yeux de Tommy jusqu’à ce qu’il parle à sa mère (Félixe Ross), où on le voit en gros plan parce qu’il se révèle un peu à Gilles."
Se basant principalement sur l’expérience de Lalonde, Podz a aussi passé une journée d’observation dans un centre pour jeunes, en plus de pouvoir compter sur la collaboration d’un éducateur sur le plateau. S’il voulait s’approcher de la vérité, sa volonté n’était pas pour autant de faire de 10 1/2 un film à fonction pédagogique ni de changer le monde.
"Lorsque j’ai choisi ce projet, je ne me disais pas que j’allais faire un film social, engagé. Ce qui m’intéressait, c’était le côté humaniste, comment amener le spectateur à comprendre ce garçon. Maintenant qu’il est fini, je reconnais que c’est cool de mettre un visage sur les statistiques. Des travailleurs sociaux m’ont raconté des choses horrifiantes; on n’a pas idée de ce qui se passe. Ce que le film montre, c’est la pointe de l’iceberg. Je pense qu’il y a des films qui doivent montrer ce qu’est notre monde. En fait, ce que 10 1/2 nous dit, c’est de prendre soin de nos enfants", conclut-il.
À voir si vous aimez /
Les Sept Jours du talion de Podz, Le Fils de Luc et Jean-Pierre Dardenne, L’Enfant sauvage de François Truffaut
Véritable électrochoc qui promet de laisser plus d’un spectateur K.-O., 10 1/2 de Daniel Grou-Podz, d’après un scénario crédible de Claude Lalonde, relate la rencontre entre un jeune garçon au lourd passé familial, interprété par le prodigieux Robert Naylor, et un éducateur déterminé à le sauver, qu’incarne solidement Claude Legault. Raconté à la manière d’un documentaire avec une caméra discrète et attentive aux réactions des jeunes et des éducateurs, 10 1/2 fait mal tant sont palpables la détresse du jeune garçon et celle de ses parents, Félixe Ross et Martin Dubreuil, criants de vérité. Bénéficiant du montage fluide de Valérie Héroux, de la sobre photo de Bernard Couture et d’une mise en scène favorisant de longues scènes peu découpées, ce deuxième film du réalisateur de Minuit, le soir s’avère une lente mais percutante illustration d’un fait de société douloureux.






