Trois ans après y avoir gagné le prix du meilleur court métrage, Hans Van Nuffel remportait avec Adem (Oxygène) le Grand Prix des Amériques au dernier FFM.

Hans Van Nuffel ne s’en cache pas: s’il a situé l’action de son premier long métrage dans un hôpital et décidé de suivre les tribulations de personnages souffrant de la fibrose kystique, c’est qu’il est lui-même atteint de cette maladie et qu’il a mille fois fait le découpage virtuel de tels lieux lorsqu’il y était retenu par la force des choses. Le personnage de Tom (Stef Aerts, saisissant), ce jeune homme un peu rebelle qui ne sait trop quoi faire de sa propre vie puisqu’il en aperçoit déjà trop bien les limites, faute d’une greffe de poumon, Van Nuffel l’a évidemment imaginé à partir de ses propres préoccupations, avant de l’abandonner à la fiction.

"Pratiquement tous les éléments du film ont été mis en fiction, confirme le réalisateur, parce que je ne souhaitais pas faire une oeuvre biographique. Je dirais quand même que la plupart des personnages ont un petit quelque chose de moi, qu’ils représentent tous, chacun à leur façon, les pensées contradictoires qui m’habitent par rapport à cette maladie."

Du nombre, il faut surtout mentionner Xavier (Wouter Hendrickx, très juste), un combattant à l’énergie contagieuse, dont l’influence salvatrice s’exercera, pendant un certain temps au moins, sur Tom. L’amitié entre les deux hommes, parfois douloureusement bousculée par les circonstances, n’en restera pas moins solide, un peu comme s’ils étaient liés par le sang.

"Il est vrai que leur relation est assez complexe, explique Van Nuffel, parfois passive, parfois agressive, comme cela est souvent le cas entre deux frères. En raison des circonstances, je pense qu’il fallait même vraiment douter de la possibilité de leur amitié puisque, d’une certaine façon, ils sont engagés dans une même course pour leur survie. D’entre toutes, je dois dire que c’est l’exploration de cette dynamique qui m’a le plus intéressé."

Profitant de ses nombreuses heures passées dans les centres hospitaliers, Hans Van Nuffel a composé, en filigrane du récit principal, une critique pour le moins acerbe du système de santé belge, laquelle s’applique aussi à la majorité des autres systèmes du genre, à travers le monde.

"Il est vrai qu’au cours des années, raconte-t-il, j’ai souvent eu l’impression que les hôpitaux étaient comme des industries et les patients, des morceaux de viande. Le travail des docteurs y est bien plus de vous remettre sur patte que de vous réconforter psychologiquement. C’est une vision mécanique ne laissant aucune place à l’empathie et aux rapports humains. La vérité, c’est que lorsque les gens se sentent bien, ils guérissent mieux et plus rapidement."

Plus le film progresse, plus l’hôpital prend de l’importance, au point de devenir littéralement l’un des personnages du récit. "Les lieux deviennent plus étouffants, les murs blancs et désincarnés appellent au vide et à l’indifférence. Comme le film se déroule principalement entre ces murs, il m’a fallu lutter contre la nature même des lieux afin d’y construire quelque chose de plus incarné, de plus respirable. Cette lutte, que j’ai livrée de mon côté contre la matière, c’est un peu celle que mes personnages doivent livrer contre la mort. Essentiellement, Oxygène est un film de survie."

À voir si vous aimez /
Son frère de Patrice Chéreau, Comme une étoile dans la nuit de René Féret, Helen de Sandra Nettelbeck

ooo

Il aurait été aisé, pour le cinéaste flamand Hans Van Nuffel, de verser bêtement dans le mélodrame afin de plaquer ce récit d’un jeune homme atteint de fibrose kystique qu’il avait en tête, et qui s’inspirait assez librement de sa propre expérience. Heureusement, avant d’être une simple "victime", Van Nuffel est d’abord et avant tout cinéaste, et le récit qu’il élabore en conséquence a bien davantage d’ambition que simplement celle de susciter la pitié chez son spectateur. En traitant ses personnages comme les êtres complexes qu’ils sont et en refusant de faire d’eux des martyrs, Van Nuffel élève son discours et réfléchit plus justement et largement à la nécessité pour l’homme d’évoluer dans l’illusion de son immortalité afin de mieux vivre sa vie. Un premier film tout en maîtrise, qui laisse présager le meilleur pour la suite.

La survie Critique par - 2010-11-04
Cote: 3

Adem
Réalisateur : Hans Van Nuffel

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