OEuvre colossale et ambitieuse, Carlos, d'Olivier Assayas, raconte vingt ans dans la vie du célèbre terroriste, de son engagement dans le FPLP en 1973 jusqu'à son arrestation en 1994.

Lancé au dernier Festival de Cannes dans sa version destinée à la télévision de cinq heures trente, Carlos d’Olivier Assayas prendra l’affiche dans sa version abrégée de deux heures quarante-cinq. N’allez surtout pas croire que vous aurez droit à un téléfilm amputé pour répondre aux exigences des salles de cinéma, bien au contraire, car ce film au souffle épique est à Assayas ce que Che est à Soderbergh: une page d’histoire complexe transformée en grand moment de cinéma.

"La structure du film est très particulière, explique le réalisateur rencontré à Montréal. Dès le départ, je l’ai conçu comme un film de cinq heures trente, mais je n’ai jamais pensé télévision et personne ne m’a demandé de le faire. J’avais carte blanche de Canal+; je l’ai donc tourné comme j’ai tourné tous mes films. Il y a toujours eu une ambition visuelle de tourner pour le grand écran; on a donc tourné en 35 mm, en format scope. Comme on ne pouvait présenter un film d’une telle durée au cinéma, sauf dans des occasions exceptionnelles, on a décidé tout de suite d’en faire deux versions."

Secondé au scénario par Dan Franck, en partie, et le journaliste Stephen Smith, qu’il appelle son véritable interlocuteur, Assayas a passé près de deux ans à la scénarisation: "Face à l’ampleur du projet, j’étais terriblement réticent mais très attiré par l’écriture, parce que cette histoire n’avait pas encore été racontée à l’écran. Je me suis donc beaucoup pris au jeu dans la reconstitution historique, dans l’élucidation de points obscurs, dans la recherche du destin des uns et des autres sur Internet. Bref, de me plonger dans une recherche qui chaque fois élargissait la richesse du projet, c’était extrêmement stimulant. Et pourtant, je croyais qu’on allait à tout moment interrompre ce projet…"

Ce ne fut pas le cas, et ce, malgré les menaces de Carlos qui voulait avoir droit de regard sur le scénario. Ce n’est que lorsqu’Olivier Assayas a rencontré l’acteur vénézuélien Édgar Ramírez, découvert dans Domino de Tony Scott, qu’il a su que le projet Carlos allait devenir réalité. Né dans la même région qu’Ilich Ramírez Sánchez, dit Carlos, maîtrisant autant de langues que lui, l’acteur, formé en sciences politiques, a même rencontré les frères de Carlos afin de mieux comprendre le terroriste le plus marquant de l’histoire: "J’ai eu en face de moi non pas un interprète, mais un partenaire, quelqu’un qui a nourri incroyablement intelligemment le personnage avec une capacité de transformation qui est celle d’un grand acteur."

Heureux de l’accueil favorable de Carlos, Olivier Assayas conclut: "J’ai essayé de n’avoir aucun a priori et de construire le film en me basant uniquement sur les faits. Je ne voulais pas être partie prenante d’un débat politique qui n’est pas le mien. Toutefois, si je suis factuel et que je raconte un fragment de cette histoire-là de la façon la plus simple et la plus directe, peut-être que cela contribuera à la clarifier."

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Che de Steven Soderbergh, L’Avocat de la terreur de Barbet Schroeder, Mesrine de Jean-François Richet

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Outre la violence liée au sujet, complexe et prodigieusement raconté, de Carlos, ce qui frappe dans cette magistrale leçon d’histoire que nous propose Olivier Assayas, c’est l’authenticité de sa démarche. Jamais le cinéaste ne donne dans le spectaculaire ou la stylisation. Dans Carlos, exit l’idéalisation ou la kitchisation des années 70, autant que la hollywoodisation d’explosions et de fusillades. Au fil de transitions d’époques finement amenées, les faits marquants du célèbre terroriste, dont la tentative d’assassinat du frère du président de Marks & Spencer et la prise en otage des ministres du pétrole, sont racontés avec une sobriété exemplaire, sans effets de montage effréné ou de caméra hystérique, la tension s’installant d’elle-même. Enfin, Édgar Ramírez incarne avec un aplomb formidable le terroriste, de l’insolent militant jusqu’au mercenaire dépassé par son époque.

L'énigme du chacal Critique par Voir - . Cote: 4

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