Funkytown

Réalisateur
Daniel Roby

Bande annonce

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Écrit par Steve Galluccio, réalisé par Daniel Roby et mettant en vedette Patrick Huard, Funkytown nous fait revivre la fièvre du disco dans le Montréal des années 1970.

En cette ère où l’on aime que nos vedettes soient humbles, près des gens et irréprochables, on imaginerait mal une de nos stars, Patrick Huard par exemple, s’arrêter devant le club le plus couru en ville au volant d’une grosse décapotable rouge, passer devant tout le monde qui attend en file, puis courir les jupons et faire de la poudre toute la nuit avec une attitude du type: "Fuck you! Je suis le king du disco, je peux faire ce que je veux!"

Dans les années 1970, par contre, la démesure et l’arrogance semblaient de mise, du moins pour les personnages comme Bastien Lavallée, le populaire animateur de radio et de télé qu’interprète Huard dans Funkytown. "C’était le début du stardom à l’américaine au Québec, avec tout le côté tacky de la bébelle, estime le comédien. Et les gars comme Alain Montpetit [ndlr: dont le personnage de Bastien est librement inspiré] ont été les premiers à l’assumer, à avoir des gros chars et des lunettes fumées et à jouer la game."

"Oui, poursuit Huard, il y avait quelque chose de défoulant à jouer ça, mais en même temps, fallait pas trop en mettre, fallait que ça ait l’air naturel. Le type d’animation que ces gars-là faisaient, par exemple, il n’y a plus personne qui anime comme ça aujourd’hui. J’arrivais à imiter Alain Montpetit pas mal proche, mais le problème qu’on avait, c’est que c’est tellement loin de ce qu’on fait aujourd’hui que ça avait l’air d’un sketch de RBO! Fallait donc que je diminue ça, tout en gardant quand même un feeling de ces années-là."

D’abord un euphorique party quasi ininterrompu, l’existence de Bastien glisse tôt ou tard vers le tragique, alors que sa vie familiale s’effondre et que sa consommation de drogues devient incontrôlable. "D’habitude, quand un personnage dérape comme ça dans un film, on va essayer de le justifier par son enfance, par quelque chose qui lui est arrivé, etc. Dans le cas de Bastien, ce n’est pas ça pantoute. Il a pris le mauvais virage, c’est aussi simple que ça; il a essayé de piloter un bolide bien trop rapide pour ses capacités. Il n’y a pas d’autre raison fondamentale à sa chute que son ego qui n’était pas "focussé" sur les bonnes affaires. Il était concentré sur le fait d’être une star, de faire du cash… Mais pendant que tu penses à ça, tu n’es pas le père, le mari et l’artiste que tu devrais être."

OEuvrant comme réalisateur depuis quelques années (Les 3 p’tits cochons, Filière 13, la série Taxi 0-22), Huard a par ailleurs apprécié de redevenir simple acteur pour ce film: "C’est fou comme je me laisse diriger plus facilement depuis que je réalise, parce que je le sais que le réal’, il a une vision dans sa tête, puis ton job comme acteur, c’est d’essayer de la livrer. Tout le monde pense que j’aurais peut-être tendance à vouloir en mener large sur le plateau, mais c’est le contraire: depuis que je réalise, je me mêle plus de mes affaires qu’avant!"

Les derniers jours du disco

C’est à la suite d’une discussion avec le vétéran animateur Guy Aubry, en 2003, que le producteur exécutif Simon Trottier a eu l’idée de faire un film sur la période disco à Montréal. Après trois années à éplucher les journaux et magazines de l’époque, à consulter des documents d’archives et à interviewer divers intervenants, dont Yvon Lafrance, propriétaire du mythique Limelight (une discothèque montréalaise qui a ouvert ses portes en 1973, soit quatre ans avant le Studio 54!), Trottier a convaincu Maxime Rémillard de Remstar d’embarquer dans le projet, suggérant au passage que Steve Galluccio (Mambo Italiano, Surviving My Mother) et Daniel Roby (La peau blanche) seraient les candidats idéaux pour respectivement scénariser et réaliser Funkytown.

"De prime abord, un film sur le disco, ça ne me disait pas grand-chose, admet Roby. Mais en consultant le dossier de recherche de Simon, j’ai découvert tout un univers qui a existé pendant quatre, cinq ans à Montréal, ainsi que des drames que je ne soupçonnais pas. Il y a eu une espèce de bulle d’effervescence à Montréal dans les années 1970, puis une espèce de crash monumental au début des années 1980, et je me suis dit qu’il y avait forcément des histoires à raconter là-dedans."

S’inspirant de films choraux tels que Boogie Nights et Magnolia de Paul Thomas Anderson, Galluccio a voulu raconter une foule de ces histoires parallèlement dans son scénario: "Dans mes autres scénarios, il y avait aussi beaucoup de personnages, mais il n’y avait qu’une seule trame dramatique, alors que dans Funkytown, il y en a vraiment plusieurs. Ça a été un grand défi pour moi, tout comme le fait que ce ne soit pas une comédie. J’ai écrit beaucoup de comédies pour le cinéma, la télé et le théâtre, et je voulais prouver que je pouvais écrire autre chose."

Mêlant réalité et fiction, le scénario de Galluccio aspire avant tout à capter la frénésie de l’époque, qu’a vécue l’auteur alors qu’il était adolescent. "Dans tous les partys où on allait, c’était le disco qui trônait, se rappelle-t-il. Et ce qui m’a toujours fasciné, c’est qu’un jour, le disco n’était soudainement plus à la mode, c’était: "disco sucks", il ne fallait même plus prononcer ce mot-là!"

Ayant à leur disposition un budget de 8 millions $, ce qui n’est pas négligeable au Québec, les artisans du film ont tout de même dû faire des miracles pour transposer à l’écran le récit imaginé par Galluccio, comme l’explique Roby: "Funkytown, c’est ambitieux sur plusieurs fronts: la reconstitution d’époque, les costumes, les décors, la musique dont il fallait acheter les droits, le grand nombre de comédiens et de figurants nécessaire… Alors c’est sûr qu’au final, il a quand même fallu faire des compromis et resserrer le scénario de Steve."

Casting bilingue

Pour le casting du film, le cinéaste s’est tourné vers des valeurs sûres pour certains rôles, mais a dû chercher plus loin pour d’autres. "On a fait beaucoup d’auditions à Montréal, puis à Toronto et à Vancouver, et finalement à Los Angeles", résume Roby, qui a ainsi déniché Justin Chatwin et Sarah Mutch, deux acteurs canadiens-anglais faisant carrière aux États-Unis. "Pour le personnage de Jonathan, qui est fortement inspiré de Douglas Leopold, un jet-setter anglophone qui travaillait dans les médias francophones, trouver un acteur capable de faire ça n’était pas évident. Mais Paul Doucet est arrivé en audition et c’était déjà exceptionnel, il n’arrêtait pas d’improviser, il prenait toute la place, le côté excentrique du personnage lui venait naturellement et c’était drôle, touchant, attachant… C’était une révélation, surtout qu’on est habitué de voir Paul dans des rôles bien straight!"

La distribution inclut aussi Raymond Bouchard, Geneviève Brouillette, François Létourneau, Sophie Cadieux et, bien sûr, Patrick Huard. "Il s’imposait pour le rôle de Bastien, un gars de 40 ans, charismatique, bilingue… Puis il fait des choses dans le film qui ne sont pas nécessairement faciles à accepter pour le spectateur, alors ça prenait un acteur qui a un capital de sympathie assez fort pour qu’on ne juge pas trop le personnage", conclut Roby.

Sexe, drogues et boules en miroir Critique par - 2011-01-20
Cote: 3

Funkytown

Réalisateur : Daniel Roby

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