Deuxième film de Daniel Grou-Podz, 10 1/2 s'intéresse au destin d'un garçon mal aimé pris en charge par un éducateur dévoué.
Par son souci d’authenticité, son esthétique réaliste et son approche sans fard de l’horreur quotidienne d’une jeunesse en détresse, 10 1/2, de Daniel Grou-Podz, évoque Entre les murs de Laurent Cantet, le cinéma des frères Dardenne et Les Sept Jours du talion, d’après le roman de Patrick Senécal.
"Le film qu’on a beaucoup regardé, c’est 4 mois, 3 semaines, 2 jours de Cristian Mungiu parce que j’y trouve la caméra admirable, explique le réalisateur. Elle n’est pas froide mais respectueuse. On faisait attention de ne pas faire de belles prises parce que je ne voulais pas qu’on porte de jugement, d’où la lumière naturelle et l’absence de musique."
Écrit par Claude Lalonde (coscénariste des 3 p’tits cochons et de Filière 13) d’après son expérience comme éducateur auprès de jeunes de 10 à 18 ans, 10 1/2 confronte le spectateur dès le début à des moments forts et difficiles. Laissé à lui-même, le jeune Tommy (Robert Naylor) regarde une scène de fellation tirée d’un film pornographique; par la suite, il exige la même chose d’un garçon de sept ans, ce qui provoquera son entrée dans un centre d’accueil où il sera pris en charge par un éducateur d’une patience exemplaire (Claude Legault).
"En lisant le scénario, je me suis demandé comment j’allais mettre cela en scène. C’est une entrée en matière assez raide, mais qui fait comprendre que ce garçon manque de supervision, qu’on fait face à une enfance inhabituelle. J’ai compris par cette scène-là pourquoi on était venu me chercher…"
Se basant principalement sur l’expérience de Lalonde, Podz a aussi passé une journée d’observation dans un centre pour jeunes, en plus de pouvoir compter sur la collaboration d’un éducateur sur le plateau. S’il voulait s’approcher de la vérité, sa volonté n’était pas pour autant de faire de 10 1/2 un film à fonction pédagogique ni de changer le monde.
"Des travailleurs sociaux m’ont raconté des choses horrifiantes; on n’a pas idée de ce qui se passe. Ce que le film montre, c’est la pointe de l’iceberg. Je pense qu’il y a des films qui doivent montrer ce qu’est notre monde. En fait, ce que 10 1/2 nous dit, c’est de prendre soin de nos enfants", conclut Podz.
Le 30 et 31 janvier
Au Ciné-Club d’Alma
À voir si vous aimez /
Les Sept Jours du talion de Podz, Le Fils de Luc et Jean-Pierre Dardenne, L’Enfant sauvage de François Truffaut
Véritable électrochoc qui promet de laisser plus d’un spectateur K.-O., 10 1/2 de Daniel Grou-Podz, d’après un scénario crédible de Claude Lalonde, relate la rencontre entre un jeune garçon au lourd passé familial (prodigieux Robert Naylor) et un éducateur déterminé à le sauver (solide Claude Legault). Raconté à la manière d’un documentaire avec une caméra discrète et attentive aux réactions des jeunes et des éducateurs, 10 1/2 fait mal tant sont palpables la détresse du jeune garçon et celle de ses parents (Félixe Ross et Martin Dubreuil, criants de vérité). Bénéficiant d’un montage fluide, d’une photo sobre et d’une mise en scène favorisant de longues scènes peu découpées, ce deuxième film du réalisateur de Minuit, le soir s’avère une lente mais percutante illustration d’un fait de société douloureux.



