Grand Prix du Festival de Cannes et grand succès au box-office français, Des hommes et des dieux, de Xavier Beauvois, relate les derniers jours des moines de Tibhirine, dont la mort demeure à ce jour auréolée de mystère.

En mars 1996, alors que la guerre civile fait rage, sept moines français du monastère de Tibhirine (Algérie), parmi lesquels le prieur, frère Christian (Lambert Wilson), et le médecin, frère Luc (Michael Lonsdale), sont enlevés par une vingtaine d’hommes armés. Deux mois plus tard, leurs têtes sont retrouvées à Medea. Jamais leurs corps ne le seront. Qui donc les a assassinés? Le Groupe islamique armé, les services secrets algériens ou l’armée algérienne? Le mystère plane toujours.

Bien qu’il admette pencher du côté d’une bavure de l’armée algérienne, le réalisateur Xavier Beauvois a opté pour une fin ouverte, préférant ainsi mettre l’accent sur l’harmonie régnant entre les moines et les villageois musulmans. Le lauréat du Prix du jury pour N’oublie pas que tu vas mourir, en 1995, expliquait en conférence de presse à Cannes qu’à la première lecture du scénario d’Étienne Comar, il s’était épris de ce récit allant au-delà de la religion.

"Je me suis plongé dans la vie de ces frères et tout de suite, j’ai été séduit, étonné, a-t-il dit. Dès qu’on commence à s’intéresser à eux, et c’est arrivé à toute mon équipe, on se laisse habiter par ces frères. C’est rare dans une société égoïste de voir des gens qui s’intéressent aux autres, à la religion des autres, des gens intelligents, passionnés, qui sont dans le "être" alors que nous sommes beaucoup dans le "faire"."

"Pour moi, a lancé Michael Lonsdale, l’histoire de ces moines me rappelle cette phrase de l’Évangile: il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Il y a une histoire d’amour entre ces moines et cette communauté musulmane. Ils sont arrivés à un point de rencontre et de partage très impressionnant, de confiance, d’écoute; le monastère est un lieu de paix et d’accueil."

Afin de s’imprégner d’un mode de vie dédié à la prière, le réalisateur et les acteurs ont fait une retraite monastique: "Là, des éléments de mise en scène se sont imposés, a dévoilé Beauvois. En fait, c’était déjà une mise en scène qu’il fallait mettre en scène. Il n’était pas question de faire des travellings. J’ai pris des principes moraux et je m’y suis tenu pendant tout le film. J’avoue que j’ai craqué à la fin et que je me suis acheté un western avec Russell Crowe…"

"Cette fusion qu’ont vécue les moines, affirmait Lambert Wilson, nous l’avons vécue aussi. En fait, nous avons commencé à fusionner dans les retraites puis en faisant du chant liturgique. Le chant a ce pouvoir extraordinaire d’unir dans l’élévation. Je pense que nous avons chacun étudié nos rôles, qui sont devenus nos gardiens; en voulant rendre hommage aux familles, être le plus proche dans la sensation. Nous sommes devenus frères."

À propos de la foi et de la religion, l’acteur, qui a incarné le rôle-titre dans Hiver 54, l’abbé Pierre de Denis Amar, a conclu ainsi: "Je suis non croyant et je ne supporte pas les religions ni les dogmes. Je suis un homme de foi; certes la religion aide les gens à traverser des périodes difficiles de leur vie. En revanche, je pense que le film a le pouvoir d’aider les gens véritablement, car il sort du contexte petit de la religion et montre que nous sommes sur terre uniquement pour nous apporter de l’amour les uns aux autres, de la compassion. Il montre aussi la chose la plus essentielle, soit la communion, l’échange entre les êtres. Le message du film, c’est que la politique ne doit jamais entrer dans la religion, c’est fondamental."

À voir si vous aimez /
Thérèse d’Alain Cavalier, L’évangile selon saint Matthieu de Pier Paolo Pasolini, La passion de Jeanne d’Arc de Carl Theodor Dreyer

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Des hommes et des dieux

Par son admirable mise en scène sans esbroufe, où sont privilégiés de longs plans fixes savamment étudiés, et son esthétique dépouillée, Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois évoque d’abord le magnifique film qu’Alain Cavalier consacra à Thérèse de Lisieux. Dans certains gros plans, alors que la caméra cadre respectueusement le visage tantôt serein, tantôt terrifié de ces hommes de foi (tous interprétés avec grâce, Lambert Wilson en tête), c’est le sublime visage de Falconetti tel qu’immortalisé par Dreyer qui nous revient à l’esprit. Par ce voeu de simplicité volontaire, le réalisateur rend compte avec une étonnante justesse de l’austérité de la vie monastique, comme l’a dévoilée patiemment Philip Gröning dans Le grand silence.

Au-delà de la véracité se dégageant de l’ensemble, il faut saluer l’approche humaniste et sociale, qui rappelle celle de Pasolini racontant la Passion du Christ, du scénariste Étienne Comar et du réalisateur qui ne déifient ni n’idéalisent ces moines. Mentionnons cette scène touchante où frère Luc (Michael Lonsdale) s’entretient avec une jeune fille (Sabrina Ouazani) à propos de l’amour. Par la justesse des dialogues économes se devinent les tourments qu’a dû vivre chaque frère devant l’adversité. Dévoilant l’horreur ambiante et maintenant le film sous tension, Xavier Beauvois gratifie cependant le spectateur d’instants de pure beauté. Resteront gravés à jamais dans notre mémoire le moment où les frères écoutent avec ravissement Le lac des cygnes et ce solennel dernier plan où la blancheur hivernale offre un apaisant linceul à ces hommes de bonne volonté.

Des hommes de bonne volonté Critique par - 2011-02-24
Cote: 4.5

Des hommes et des dieux

Réalisateur : Xavier Beauvois

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