Godin

Réalisateur
Simon Beaulieu

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Le documentariste Simon Beaulieu signe avec Godin un saisissant hommage à celui qu’on surnommait le député-poète.

On a beau fouler jour après jour la place Gérald-Godin, agripper des yeux quelques mots du Tango de Montréal avant de se laisser avaler par la bouche du métro Mont-Royal, le député-poète glisse peu à peu parmi ces noms que l’on côtoie sans connaître.

Heureusement qu’il y a en ce monde quelques Simon Beaulieu pour nous empêcher d’oublier l’inoubliable. Le film Godin, dont il a assumé la recherche, la scénarisation et la réalisation, est d’ailleurs né de son propre constat de méconnaître ce personnage pourtant peu banal de notre histoire récente. "Au fil de recherches menées dans le cadre d’un autre projet, un documentaire consacré au peintre Serge Lemoyne, je me suis rendu compte qu’il y avait de grands trous dans ma connaissance de l’histoire du Québec", se souvient le documentariste de 32 ans. "J’ai voulu mieux comprendre d’où je viens, je me suis mis à lire toutes sortes de choses, et je suis tombé sur ce Gérald Godin, que je ne connaissais à peu près pas mais qui m’est vite apparu fascinant."

Simon Beaulieu réalise que Godin, sans être sur le devant de la scène autant qu’un René Lévesque ou qu’un Jacques Parizeau, est à peu près partout où ça compte durant les années 60 et 70. "En littérature, il participe avec d’autres à ce qu’on peut appeler la réappropriation de notre langue, dans les poèmes des Cantouques, par exemple. En politique, c’est quand même lui qui bat Bourassa dans Mercier, et qui va s’investir corps et âme dans le projet national. Raconter Godin, c’est inévitablement raconter le Québec de ces années-là, et inversement."

C’est d’ailleurs ce qui frappe en visionnant le film de Beaulieu: la trajectoire de son sujet, depuis ses années de journalisme à Trois-Rivières jusqu’aux banquettes de l’Assemblée nationale – il a représenté le comté de Mercier de 1976 jusqu’à sa mort, en 1994 -, enlace le Québec tout entier, ce Québec qu’il a aimé de tout son coeur, de tous ses vers et de tous ses discours.

À hauteur d’homme

Réussi, le film de Simon Beaulieu l’est pour plusieurs raisons. Qualité des images et des éléments d’archives – le principal intéressé parle, et on le croit sur parole, d’une recherche "monstrueuse", étalée sur cinq ans -, pertinence des témoignages insérés (ceux de Denys Arcand, Jacques Godbout, Brigitte Sauriol…), et surtout, faculté d’entrecroiser tout ce qui fait la trame d’une vie, sachant que dans celle de Godin, tout était intimement lié. "C’est là qu’il m’inspire le plus, dans la manière dont les choses cohabitent en lui, nous dit Beaulieu. La poésie, la politique, l’amour… Pour lui, vivre, c’est embrasser tout ça à la fois. Je ne peux pas m’empêcher de voir en lui quelqu’un de profondément sain."

Indissociable de ce parcours, Pauline Julien, qui fut sa compagne pendant une trentaine d’années et qui traverse le film de sa voix, de son sourire et de ses idées. Complice des beaux jours comme des plus sombres. Jusque dans la maladie, quand Godin développe ce cancer du cerveau qu’il combattra avec un humour et une détermination qui forcent le respect.

Parti trop vite, à 55 ans, Godin aura eu le temps de léguer beaucoup. Simon Beaulieu voudrait qu’on se souvienne surtout de son attachement aux petits, aux sans-voix, à ceux qui ne l’ont pas facile. "En fait, il nous donne une leçon de démocratie. Pour lui, l’élu est d’abord là pour écouter, puis pour porter les préoccupations des simples citoyens jusqu’à l’Assemblée nationale."

À bon entendeur…

Godin
À compter du 18 mars, au Cinéma Beaubien
À noter: le 18, Bernard Landry et Simon Beaulieu seront présents pour répondre aux questions.

Godin

Réalisateur : Simon Beaulieu

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