Pour écrire Frisson des collines, Richard Roy a replongé dans ses souvenirs d’enfance, offrant ainsi à Guillaume Lemay-Thivierge, Evelyne Brochu et Antoine Olivier Pilon un voyage en 1969, l’été où Armstrong a marché sur la Lune et où Hendrix a fait courir les foules à Woodstock, tandis que les Stones pleuraient Brian Jones, que la famille Manson terrorisait l’Amérique et que la guerre du Vietnam faisait rage.

Lorsqu’on pense à la filmographie de Richard Roy, Moody Beach, Caboose et une bonne dizaine de thrillers réalisés pour la télévision américaine et européenne, on l’associe difficilement à ce que les Américains appellent un feel-good movie. Certes, Roy a également signé une comédie romantique, Café Olé, et se promet bien d’en faire une autre, mais en découvrant Frisson des collines, on s’étonne qu’il ait pu donner vie à un film aussi solaire.

Plus déconcertant encore, c’est de voir arriver une fois de plus sur nos écrans un film campé à la fin des années 60. Pour mémoire, notons C’est pas moi, je le jure! de Philippe Falardeau, son pendant féminin Ma mère est chez le coiffeur de Léa Pool et Un été sans point ni coup sûr de Francis Leclerc. Plus récemment, Michel Monty proposait Une vie qui commence où un jeune garçon perdait son père. Or, c’est ce qui arrive au jeune héros de Frisson des collines (Olivier Antoine Pilon).

"J’ai écrit le scénario il y a 10 ans, jure Richard Roy. En plus, ce n’est pas un film sur le deuil. La perte du père (ndlr: Patrice Robitaille, qui jouait le papa du héros de Leclerc) est un élément dramatique qui arrive dans la vie d’un petit garçon; mon père, qui travaillait à Hydro-Québec, est mort quand j’étais tout jeune, je me suis donc servi de ça."

"Je n’ai pas du tout pensé à ces films-là, affirme Evelyne Brochu, qui interprète la maîtresse d’école de Frisson. En fait, pour moi, ce film était dans les mêmes codes que les coming-of-age movies américains que j’adore, comme L’été de mes 11 ans (My Girl) et Stand by Me. Je n’avais pas l’impression qu’on jouait dans la même talle que ces films-là; l’époque est la même, mais le traitement est différent. À travers la direction photo d’Yves Bélanger, la direction artistique de Jean Bécotte, les costumes de Michèle Hamel, je sens le souvenir. J’ai l’impression que le filtre du temps qui a passé existe par-dessus le film, qu’il lui donne cette couleur-là."

En plus du deuil, Richard Roy aborde différents thèmes sérieux par la bande, que ce soit l’adultère, la violence conjugale, la violence faite aux enfants, l’alcoolisme et la laïcisation: "J’aimais l’idée de ne pas traiter ces thèmes de façon heavy parce qu’à l’époque, il n’y avait rien de heavy, explique Roy. L’essentiel de ce film, c’est le mouvement intérieur du petit gars dont le problème est de vouloir tout ce qu’il ne peut pas avoir et d’avoir tout ce qu’il ne veut pas. Au fond, ce que Frisson des collines raconte, c’est le désir de liberté."

Le réalisateur poursuit: "Il y a beaucoup d’éléments autobiographiques dans le film, la peinture sur les moutons, le toaster dans le pupitre à l’école, l’oncle vétérinaire, etc. Le deuil fait partie du récit d’un été et vient perturber la vie de Frisson qui fera tout en son possible pour aller voir son idole Jimi Hendrix à Woodstock."

Alors que sa mère (Anick Lemay) passe ses journées au cimetière et que sa soeur aînée (Viviane Audet) travaille au casse-croûte, Frisson se tourne vers son ami Tom Faucher (Guillaume Lemay-Thivierge) dans l’espoir que celui-ci l’emmène au festival sur sa Harley-Davidson. Épris de liberté et souhaitant vivre cet événement historique, ce dernier, qui n’a pu aller à Monterey avec son père, préférerait plutôt avoir Hélène Paradis (Brochu) comme partenaire de voyage… et plus si affinités.

Foxy Lady

Nouvellement arrivée au village de Sainte-Agathe, Hélène Paradis fait tourner immédiatement les têtes, dont celle de Frisson, qui voit en elle l’éternel féminin: "Je n’ai pas l’impression d’avoir joué le fantasme de tous les hommes, c’est la caméra qui a fait ce job-là pour moi, confie Evelyne Brochu. Je me contentais d’être douce, aimante, passionnée."

Née dans les années 80, l’actrice ne cache pas sa fascination pour les années 60 et 70. Celle qui dévoile avoir dévoré Life de Keith Richards et Just Kids de Patti Smith a même pris le temps de créer un jardin secret pour son personnage.

"J’ai fait de la recherche au niveau de la musique et du cinéma québécois; j’ai notamment vu Entre la mer et l’eau douce. Je me suis demandé quels films elle aurait pu aller voir avec ses amies parce que notre regard sur le monde correspond à nos goûts. Je n’en ai même pas parlé à Richard; je voulais seulement que ce soit imprimé dans la moelle osseuse, dans l’âme de mon personnage. Je ne voulais surtout pas imiter des personnages des films de cette époque-là, seulement m’imprégner de l’ambiance."

Harley-Davidson of a bitch

N’ayant plus de père, Frisson trouve en Tom une figure paternelle; pour créer ce personnage, Guillaume Lemay-Thivierge s’est inspiré des anecdotes de son père: "Je lui ai répété plusieurs fois au téléphone que j’avais l’impression de jouer des bouts de sa vie. Mon père est un bon conteur et tout le piquant de ses histoires s’est passé dans les années 70, alors qu’il était videur de bar et artiste peintre. Il faisait de la moto, il était costaud, batailleur et aimait les femmes."

Sur sa façon de bouger, l’acteur poursuit: "J’ai beaucoup aimé le jeu de Val Kilmer dans The Doors d’Oliver Stone, sa façon de se tortiller comme Jim Morrison. Je ne sais pas pourquoi, mais j’associe cette façon de bouger aux années 70. À l’époque, les hommes étaient plus maniérés sans être efféminés. J’ai l’impression qu’on assumait notre corps, que les gens étaient plus ouverts; c’est que je ressens en voyant des capsules sur Woodstock."

"Pour faire mes personnages, comme celui de Tom Faucher, se souvient Richard Roy, je me suis inspiré de certaines idées de Mai 68, tel le "Nous ne voulons pas d’un monde où la garantie de ne pas mourir de faim s’échange contre le risque de mourir d’ennui" de Raoul Vaneigem."

Né en 1996, Antoine Olivier Pilon n’avait qu’une vague idée de ce qu’était la fin des années 60: "Je savais que l’homme avait marché sur la Lune en 1969, mais je ne connaissais pas vraiment les années 60, ni Hendrix, ni Woodstock. C’est après la première audition que j’ai décidé d’aller voir sur YouTube qui était Jimi Hendrix. Tout de suite, j’ai beaucoup aimé sa musique et des fois, j’en écoute pour aller à l’école."

En plus de pouvoir compter sur le coaching de Louise Laparé, le jeune acteur a trouvé un modèle en Lemay-Thivierge, qui lui servait sa leçon du jour: "Je considère Guillaume un peu comme mon modèle plus que Patrice Robitaille ou Paul Doucet, bien qu’ils auraient pu l’être, parce que Guillaume a commencé un peu plus jeune que moi et sait quels conseils donner à un gars de mon âge. Je crois que d’apprendre des autres comme je l’ai fait sur ce plateau m’a enrichi plus que ne l’aurait fait un cours de théâtre. En prenant des leçons, j’aurais peur de perdre mes instincts."

En salle le 15 avril

Frisson des collines
Réalisateur : Richard Roy

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