Adaptation stylisée d’un boulevard de Barillet et Grédy, Potiche, comédie féministe et socialiste de François Ozon, met en scène Catherine Deneuve en ménagère opprimée qui s’émancipe en se retrouvant à la tête d’une usine de parapluies.

L’une des plus charmantes surprises au dernier Festival international du film de Toronto fut sans contredit Potiche, de François Ozon, d’après la pièce de Pierre Barillet et Jean-Pierre Grédy (Fleur de cactus, 40 carats), que le réalisateur compare à Lubitsch et Wilder. Alors que le premier rôle de ce boulevard de 1980 avait été taillé sur mesure pour la regrettée Jacqueline Maillan, surnommée "la de Funès en jupon", François Ozon n’avait qu’une actrice en tête pour incarner Suzanne, ladite potiche: l’impériale Catherine Deneuve. Le réalisateur, qui avait eu le bonheur de la diriger dans 8 femmes, la souhaitait si ardemment dans le rôle qu’il était prêt à mettre fin au projet ou à attendre 10 ou 20 ans avant de rencontrer sa potiche.

"Je ne pouvais imaginer personne d’autre que Catherine dans le rôle", avançait-il au Festival de Toronto. "Potiche a eu beaucoup de succès en France, mais l’idée n’était pas de trouver une seconde Jacqueline Maillan. Je savais que Catherine allait être très concrète, touchante, et qu’on pourrait éprouver de l’empathie à l’égard de son personnage. Pourriez-vous imaginer une autre actrice dans ce rôle?"

De l’aveu de l’actrice elle-même, faire une comédie avec François Ozon est un cadeau. Et un tel cadeau, si surprenant soit-il, ça ne se refuse pas: "De François Ozon, rien ne me surprend, racontait l’actrice aussi rencontrée à Toronto. Jacqueline Maillan est une actrice que j’adore, mais je n’ai pas vu la pièce parce que je n’aime pas le boulevard, et je n’ai pas voulu voir la version télé avant de tourner. François l’a beaucoup modernisée, adaptée, y a ajouté un petit côté subversif, des petits éléments qui n’étaient pas dans la pièce."

Retrouvailles

Pour incarner Babin, le communiste qui aidera Suzanne à s’émanciper, Ozon avait également jeté son dévolu sur celui avec qui Deneuve forma le couple mythique du Dernier métro de Truffaut: "Je ne pouvais imaginer personne d’autre que Gérard Depardieu dans ce rôle parce qu’il s’agit d’une ancienne histoire d’amour, je savais que cela marcherait. Il existe une telle chimie entre eux. Quand on travaille avec des acteurs, on ne pense pas qu’on travaille avec des légendes parce qu’on se soucie du bon fonctionnement des scènes. C’est au montage qu’on se rend compte que c’est merveilleux de les avoir dans le même plan."

"Depuis 25 ans, je tourne assez régulièrement avec Gérard, j’ai donc toujours beaucoup de plaisir à le retrouver parce que c’est un acteur vraiment merveilleux, d’une grande générosité. Il est très instinctif, très animal, et même lorsqu’il n’est pas dans les rails de son personnage, il sait très vite s’y remettre", confie l’icône du cinéma français.

Lors de la scène où Deneuve et Depardieu dansent en s’échangeant des regards tendres ou lorsque Deneuve déambule parmi les parapluies colorés, ou encore lorsqu’elle fend la foule à qui elle chante C’est beau la vie de Ferrat, le cinéphile ne peut s’empêcher d’être ému tandis que Potiche prend l’allure d’une lettre d’amour au cinéma: "Les parapluies faisaient déjà partie de la pièce, raconte Ozon, et c’est amusant parce que les Japonais m’ont demandé la permission de changer le titre et ont appelé le film Les parapluies du bonheur. Je voulais faire une comédie avec des moments mélodramatiques parce qu’il s’agit d’un film où un homme et une femme se demandent s’ils ne sont pas trop vieux pour s’aimer."

Devant l’opulence des décors, costumes et coiffures, on imagine aisément le plaisir qu’a eu François Ozon à revisiter l’époque de son enfance. À l’instar de Deneuve, qui ne se dit pas particulièrement marquée par cette décennie, le réalisateur ne souffre toutefois pas de nostalgie.

"Politiquement, la situation n’était pas idyllique, explique-t-il. En France, il y avait beaucoup de chômage. En fait, je trouvais qu’il y avait des ressemblances avec la situation actuelle. Giscard d’Estaing est d’une certaine façon proche de Sarkozy dans sa façon de vouloir gouverner la France en provoquant une rupture avec Pompidou et de Gaulle, comme Sarkozy l’a fait avec Chirac. Les gens croyaient que la gauche allait prendre le pouvoir en 1978, mais c’est arrivé en 1981 avec Mitterrand. J’ai même prêté des mots de Sarkozy au personnage de Luchini."

"Ce n’est pas un film politique, mais c’est un film qui, aujourd’hui encore, a une certaine résonance par rapport à la situation des femmes dans la société, surtout dans le monde du travail… et en politique aussi", conclut Catherine Deneuve.

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Campé en 1977, Potiche raconte l’histoire de Suzanne (sublime Catherine Deneuve), épouse potiche de Robert Pujol (hilarant Fabrice Luchini), le misogyne directeur d’une usine de parapluies fondée par le père de Suzanne, et mère d’un garçon de gauche (Jérémie Renier, maniéré à souhait) et d’une fille de droite (Judith Godrèche, véritable chipie sous sa crinière à la Farah Fawcett). Lorsque Robert tombe malade après avoir été attaqué par les employés en grève, Suzanne, avec la collaboration d’un ancien flirt, le communiste Babin (Gérard Depardieu, touchant), et de la secrétaire de son mari (Karin Viard, amusante), prend les rênes de l’entreprise.

Jouissive adaptation d’une pièce de boulevard de Barillet et Grédy, à laquelle François Ozon a ajouté un troisième acte, Potiche bénéficie d’une distribution de haut calibre qui joue avec un plaisir contagieux des situations loufoques. Si Ozon est demeuré fidèle aux répliques pleines d’esprit du tandem et hélas! encore justes quant aux injustices sociales et au machisme persistants, il s’est permis d’en glisser quelques-unes inspirées de Sarkozy – dont le célèbre "Casse-toi, sale con!" -, lesquelles pimentent parfaitement l’ensemble.

Avec sa direction artistique époustouflante illustrant avec un kitsch pleinement assumé l’époque, sa mise en scène réglée au quart de tour et la jolie musique mélancolique de Philippe Rombi, Potiche échappe à la banale transposition théâtrale tout en évoquant les grands mélodrames de Douglas Sirk dont raffole Ozon. En résulte un film délicieusement décalé sur la libération de la femme et le prolétariat où l’émotion côtoie discrètement les fous rires.

Madame au foyer Critique par Voir - . Cote: 3.5

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